I. SicanJ, o/i. cit., U. i'i
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M. de Jaigné à l'Assemblée.
Depuis un mois que durait le conflit sur la vérification des pouvoirs, on s'épuisait à trouver quelque solution moyenne, conciliant des prétentions contradictoires, ou tout au moins réservant l'avenir, et ces projets tombaient les uns après les autres, comme impraticables ou comme contraires aux prétentions de l'un ou de l'autre coté de TAssemblée. La Cour hésitait, encoura<îeail un jour ceux qu'elle devait abandonner le lendemain, suivant les influences qui avaient dominé momentanément l'esprit indécis de Louis \Yl, la Reine ou Necier, Luxembourg ou Liancourt, le c/>mte d'Artois ou l'archevêque de Bordeaux.
Le i3 juin, trois curés poitevins, Jallet, Ballard et Lecesve, passant des discours aux actes, se présentèrent dans la salle des députés du Tiers, oii ils furent reçus avec des explosions d'enthousiasme : — le lendemain, rinq de leurs confrères les imitaient; — le i8, ils étaient quinze curés ayant quitté la salle de leur ordre pour siéger avec les Communes *.
Le K) juin, Tarchoéque de Paris présenta à la Chambre du clergé une motion aflirmant l'autonomie dos trois ordres, et maintenant, sauf l'avis du roi, la ^é^ifîcation des pouvoirs par ordre. Après plusieurs heures de discussion, et un scrutin qui montra combien t'tnient profondément divisés les membres ecclésiasliques de l'Assemblée, on >ota sur la réunion au Tiers-
1. Darc'^lc, Histoire de France, VU, iG'|. — SicarJ, op. c//.. iji.
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Ktat, qui fui adoptée par 1^9 voix, c'est-à-dire par une assez fiiible majorité *.
Ce vote n'était pas tenniiié, mais le résultat eu était déjà connu, que le cardinal de Rouen el l'archevêque de Paris se rendaient au château de \larly, afin de rendre compte au roi de la défection du premier ordre de l'Etat.
Personne ne sait au juste ce qui fut dit dans cette entrevue : des représentants de la \ohlesse et du Parlement y assistaient. Thiers rapporte qu'on supplia le roi de renvoyer les députés et de prendre des mesures énergiques pour rétablir la monarchie absolue dans toute son intégrité : le Parlement aurait été jusqu'à promettre par la voix de ses représentants, qu'il enregistrerait sans discussion tous les édits de finance qui seraient jugés nécessaires pour parer aux dilTicultés «pii avaient motivé cette malencontreuse convocation des Ktats-Généraux. Ce qu'on sait, c'est que rien ne fut fait, au moins ce jour-là. Les mesures énergiques qui eussent peut-être sauvé la situation ou du moinsajourné la crise, furent renvoyées à plus tard, et. quand on y recourut, il n'était plus temps. Une séance royale fut
I. Deux propositions otaiont en prôsonco : l'adoption do la vrrificalion en coniiniin, c>st-à-diro Tunion an\ (ioninninos, ol un projol tr.'iiisactionncl, dit a plan do conciliation. » Snr 171) votanl'i. i^T) voix so prononceront pour le plan do conciliation, ce (jui revenait à dire que le dorjré entendait réserver l'avenir quant à l'union avec le Tiers-Ktat, i^ô pour la réunion pure ol simple, el 19 députés pour des opinions diverses. La majorité absolue étant de k'io voix, il n'y avait pas de majorité; on proclama coi>endanl l'ailoplion du projet de conciliation ; mais les partisans de l'union réclamèrent le même soir lui second \ote ol triomphèrent par 1 V.» voix contre i38 (Journal errlésiastitjuc, p. '.\oi).
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seulement décidée pour le aS juin, et le roi déclara qu'il parlerait avec fermeté.
Il parla en efîel, mais on ne l'écouta pas ; il ordonna, mais on ne lui obéit pas. Il fallait des actes et on s'en linl aux paroles. Louis était un violent timide, a dit Maloiiet *.
l>o voyage de M. de Juigné à Marly a>ail été connu, il avait été commenté avec d'autant plus de détails qu'on n'en connaissait aucun ; on racontait qu'il s'était présenté de\ant le roi un crucifix à la main, l'adjuranl au nom de Dieu de sé\ir contre la rébellion naissante : mais ce que nous savons de M. de Juigné permet ditïîcilement de lui attribuer cette attitude de ligueur. (]ela n'empêchait pas les commentaires de marcher : c'est alors que se forma cette légende de l'archevêque de Paris complice des accapareurs qui voulaient aiTamer ses diocésains, en payant les meuniers pour qu'ils ressassent de moudre afin d'amener le renchérissement des farines. C'était bien mal reconnaître la charité de celui qui s'était ruiné pour nourrir les malheureux !
Le 2^4 juin, comme M. de Juigné quittait 1' Vssemblée pour se rendre à la maison des Lazaristes, où il avait pris domicile^, une foule énorme l'attendait; des cris hostiles sont poussés, des pierres sont lancées sur la voilure, des hommes armés de bdtons, des femmes hurlantes se jettent au devant des chevaux ; le cocher osl assez adroit pour se dégager et gagne à toute bridé