Aulard, op. cit., p. 5ao
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dins » et les « incroyables » dans les théâtres ou les lieux publics faisaient plus de mal que de bien à uno cause qu'ils servaient par des ntioyens qu'il n'est pas possible d'approuver ^.
Le clergé fut assez longtemps à sentir le bienfait de la tranquillité renaissante; deux mois après la
I . Pendant quelques mois, l*ordre fut troublé par les manifestations tapageuses organisées parles jeunes gens de la classe bourgeoise. C'étaient des rixes dans les cafés et les promenades ; au théâtre» on forçait les acteurs à interrompre le spectacle pour chanter le <( Réveil du peuple », une sorte d'anti-Marseillaisc : les femmes même n'échappèrenl pas à d'odieuses brutalités renouvelées des scènes scandaleuses de 1791, mais cette fois exercées contre les a tricoteuses » et contre les femmes ou compagnes des jacobins. Les plaisanteries auxquelles se li>Taient le*< « muscadins » ne brillaient pas toujours par un atticisme raffiné; le 31 janvier 1796, on promena dans les rues un mannequin burlesque ayant la prétention de représenter un jacobin ; on le brûla dans le jardin du Palais-Royal et les cendres, recueillies dans un pot de chambre, furent ensuite jetées dans Tégout de la rue Montmartre.
L'animosité qui poursuivait les terroristes ne ménageait naturellement pas les prêtres apostats et surtout ceux qui avaient joué un rôle dans la politique montagnarde. Bernard, l'ancien vicaire de Sainte-Marguerite, avait été guillotiné le 10 thermidor, comme membre de la Commune; — Pignard-Duplessis, de Saint-Gervais, fut arrêté à Vitry-sur-Marnc où il s'était enfui, et resta en prison jusqu'à l'amnistie qui fut votée par la Convention avant de se dissoudre. — Un des journaux du parti « modéré», le Courrier républicain, dressait, en brumaire an III, une véritable liste de proscription, où figuraient Pex-tîvêque de l'Oise, Massieu, le lazariste Bassal, l'cx-clianoine Monesticr, les curés Chasles, Lcbon. Lapl anche, tous anciens terroristes.
Il était l)on, bans doute, que le peuple, après avoir été sinon complice, du moins spectateur complaisant des atrocités jacobines, se ressaisit et séparât sa cause de celle de tous ces misérables, mais il eût pu le faire avec plus de dignité et avec plus de suite, et. dans ce cas, il en serait sorti autre chose qu'un prétexte à représailles.
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chute de Robespierre on avait encore guillotiné à Paris des prêtres accusés d'émigration ^ ; ce furent les prêtres qui sortirent les derniers de prison : on trouve dans leurs dossiers des demandes de mise en liberté où ils exposent que c'est illégalement qu'ils sont retenus et qne rien ne justifie la prolongation d'une incarcération abusive;, en marge de la demande, on lit ces seuls mots : « ajourné comme prêtre >). A de rares exceptions près, ce n'est que trois mois après le 9 thermidor que l'on commence à les élargir : les premiers au com-
I. Cet arrêt de la persécution ne sig^nific pas la cessation absolue et immédiate de toutes les poursuites et procédures, car il subsistait un grand nombre de lois punissant de mort diverses catégories de délits. En province, il y eut encore des condamnations motivées par des accusations antérieures au 9 thermidor. A PaHs même, après la révolution qui l'obligea à suivre les formes légales, le Tribunal Révolutionnaire jugea encore des prêtres et en condamna plusieurs. Le a 2 août (5 fructidor au II), comparaissait Mitre Gonard, ancien religieux minime et curé constitutionnel dans les Bouches-du-Rhone ; bien qu'il eût abandonné son état pour se faire soldat, il fut poursuivi comm6 impliqué dans les affaires du Fédéralisme ; il avait publiquement regretté ses égarements et mourut en protestant de sa fidélité à la religion qu'il avait si gravement offensée. — Pierre Le Forestier, ancien chapelain de l'Hôtel-Dieu de Paris, n'avait pas prêté serment et avait réussi à se cacher pendant la Terreur : après la chute de Robespierre, il essaya de gagner la Suisse et se laissa arrêtera la frontière. Ramené à Paris, il fut poursuivi pour crime d'émigration et guillotiné le h vendémiaire an III (a5 septembre 1794.) — Le dernier prêtre exécuté à Paris fut un curé constitutionnel du Loiret, François Beauiîis, dénoncé XK>ur avoir parlé trop librement do la vente des biens nationaux à une époque où toute parole imprudente pouvait mener à la guillotine. Il avait de plus refusé de lire en chaire les mandements do révéque assermenté. Il fut exécuté le i5 octobre 179^.
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mencement de Tan 3, quelques-uns seulement dans le courant de l'année 1796 ^
La raison, c'est que modérés ou jacobins, le> membres de l'Assemblée se trouvaient d'accord quand il s'agissait des questions religieuses : les riches, les émigrés, les royalistes eux-mêmes jouissaient d'une tolérance, précaire sans doute, mais préférable au régime terroriste et les prêtres continuaient à être hors la loi.
Je sais bien que dans beaucoup de pays, la volonté nettement affirmée des populations rurales avait pratiquement aboli la loi : dans tout l'Ouest, dans une partie de la Normandie, dans les départements du massif central, en Franche-Comté, dans quelques parties du Midi, on avait rouvert les églises, rappelé les anciens curés et le culte s'exerçait comme par le passé. Mais il n'est pas exact de dire qu'à cette époque la liberté religieuse était rétablie ; si certaines populations, de foi particulièrement agissante, ont tenu comme nonavenues les lois persécutrices ; si les représentants en mission ont cru prudent de fermer les yeux ou impos-
I. Nous savons que M. Emery ne fut mis en liberté que le !i brumaire an UI (a5 octobre) ; en novembre, nous voyons délivrer MM. Delaleu, de Saint-Eustache, Brugièrc, curé constitutionnel de Saint-Paul, Foumier, curé de Saint-Maur- les- Fossés, Ramond-Lalande, qui avait exercé jusqu'en messidor dans Toratoire de Madame Bergeron. A la môme époque, l'abbé Sicard, rinstituteur des Sourds-Muets, sortit de la citadelle de Bayonne. M. Trianon. curé constitutionnel de Saint-Jacques-la-l)oucherie, resta on prison jusqu'en décembre 179^ ; MM. Duclaux, de Saint- Sulpice, et Leraaire, de Sainte-Marguerite, jusqu'en janvier 1793; M. Fcrnbach, de Saint-Philippe, jusqu'en mars, et M. Parent, curé non-assermenté de Saint-Nicolas-des-Champs, ne rocou\Ta sji liberté que le i5 juillet, presque un an après le 9 thermidor.
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sible de les ouvrir, la Convention, loin de s'inspirer de ces manifestations de l'esprit public, inclinait de plus en plus vers les lois oppressives : c'est révolution qu'il nous faut examiner.
En novembre 1793, l'Assemblée n'avait pas supprime les traitements ecclésiastiques ni fermé les églises ; elle avait seulement reconnu aux communes le droit <le renoncer, si elles le jugeaient bon, au culte catholique : les garanties légales qui protégeaient l'existence de l'église constitutionnelle étaient supprimées, et la Constitution civile du clergé se trouvait ainsi partiellement abrogée. Les communes qui abolissaient le culte se trouvaient exonérées de l'obligation de rétribuer les curés et vicaires, dépense qui jusque-là était obligatoire et ne pouvait être biffée des budgets municipaux. Aux prêtres réduits à l'inactivité la loi assurait une compensation sous forme de pension de retraite, et ce ne furent pas seulement les apostats et abdicataires qui en profitèrent^, mais tous les ecclésiastiques qui, spontanément ou non, se trouvaient sans emploi. Pendant la Terreur, on imposa à la plupart des pensionnés une renonciation, et là où le prêtre avait encore son traitement, parce que la commune où il était curé n'avait pas renoncé au culte, il en fut de même : les délégués
1. Dès avant la période critique de novembre 1793. la Convention avait vote des mesures destinées à favoriser le maria fi^e des prôtres : le 18 juillet, elle décida que si un curé marié était expulsé par ses paroissiens, il continuerait à toucher le traitement qui lui était dû par la commune ; le 12 août les destitutions de curés mariés sont déclarées nulles. Enfin le iG novembre, un véritable privilège est créé en leur faveur : ils continuent à être payés sans être obligés à la résidence.
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des sociétés populaires le faisaient venir et l'obligeaient à souscrire à l'abandon de tout ce qu'il était en droit de réclamer, que ce fût un traitement ou une retraite. L'abandon fut à peu près unanime : il ne s'agissait pas d'ime abdication qui eût été assimilée à une apostasie, mais une renonciation aux sommes d'argent qu'on disait plus nécessaires pour la défense nationale. Il n'y avait d'ailleurs pas moyen de se dérober à cet acte de générosité : celui qui aurait résisté risquait la prison. sinon la guillotine. L'acte était d'autant moins méritoire, qu'on savait bien que ceux qui ne renonceraient pas ne toucheraient rien tant que les révolutionnaires seraient au pouvoir, et on pensait que, quand les choses tourneraient autrement, les renonciations seraient regardées comme nulles, pour avoir été extorquées par la menace et la violence. Malgré tout, la dette de l'Etat envers les prêtres i^ensionnés n'en subsistait pas moins et la Convention, à trois reprises, le 3o septembre 1792, les 1 1 janvier et 27 juin 1798 K l'avait affirmé expressément. Le 3 frimaire an 11. (23 novembre 1793), le principe fut reconnu une fois de plus quand furent votées les pensions viagères aux prêtres qui renonçaient à leur caractère et à leurs fonctions sacerdotales 2. Au moment donc où sévissent le plus violeuHuent les fureurs déchristianisa triées. l'Etat n'est pas déchargé de ses obligations pécuniaire> en>ers le clergé, et il le reconnaît.
Il n'avait pas manqué cependant, pendant cette