‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 218 sur 364 · VERS LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

VERS LA LIBERTÉ

la Constitution civile, ces élections furent dénoncées comme séditieuses et ce ne fui qu'à la longue que le gouvernement directorial consentit à fermer les veux sur des actes qui, aux termes de la loi, pouvaient être poursuivis*. Cette église constitutionnelle, dont le propre était d'être une église d'Etat, n'avait plus aucun titre officiel, et c'est en étendant singulièrement le sens des mots qu'en 1796 on pouvait voir en elle quelque chose de constitutionnel *. En réalité, c'était une église gallicane par ses principes et schismatique en ce qu'elle n'accordait pas au Pape la plénitude des pouvoirs de juridiction que tout catholique est tenu de lui reconnaître. Cette question de mots vidée une fois pour toutes, je suivrai l'usage en donnant aux

1. I^es prî^tres de Versailles s*éUnt assemblés en synode dè^ i7<)5 pour c'iire un évêque, furent poursuivis {Ann. delà Beligion, 1, 3o7-3ii ; II, /i5.'»-^.'i55 ; 5oa-5o3). Dans l'Eure la réunion synodale fut également empêchée (i6id. III, 35i).

2. M. Aulard, (Révolution française y t. LU, Janvier 1907, p. ^^), s'est scandalisé parce que j'avais dit dans l'introduction de mon volume sur Tépiscopat consiilutionnel que la ConsUttition civile avait clé abolie par les lois de 1793 (p. 3^). Qu'importe que le mol n'y soit pas si nous y trouvons la chose? Un évêque constitutionnel écrivait en 179O : (( La Constitution civile ne fait plu:: loi de l'Etat en France... » et en note : a I^ Constitution civile n'existe donc plus, et je ne crains pas de le dire, moi qui l'ai signée et qui .m'en glorifîe, plût à Dieu qu'elle n'eiU jamais existé ». Ann. de la Beligiont III, i3. — Dans son discours i>rononce devant le corps Législatif le i5 germinal an \, Portali» disait : « La Constitution civile décrétée par l'Assemblée constituante ne met aucun obstacle (à une entente avec Rome) puisqu'elle n'existe plus. » Et n'est-ce pas absolument ce que dit M. Aulani lui-même dans son Histoire politique (p. SSg) : n Le clergé constitutionnel n'a plus d'existence légale ». Sur ce x)oint, nous paraissons d'accord.

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membres de cette église le nom de constitutionnels.

Bien que les dispositions générales du pays fussent à la tolérance et à la conciliation, la Convention ne paraissait pas avoir pris définitivement son parti de renoncer aux mesures vexa toi res, et le 22 nivôse an III (i I janvier 1795) les atténuations apportées à la loi sur les émigrés se trouvaient annulées : c'était un coup de barre donnée à gauclie, et les pénalités les plus sévères étaient renouvelées contre quiconque, étant inscrit sur la liste des émigrés et déportés, serait rencontré sur le territoire national. Une pareille mesure causa un grand émoi parmi les prêtres bannis : beaucoup de ceux qui venaient de rentrer durent reprendre le chemin de l'exil, ceux qui se disposaient à revenir s'arrêtèrent en route, c'est ainsi que M. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, nous raconte dans ses mémoires récemment publiés que des bords du Rhin où il était parvenu, il rebroussa chemin et retourna en Autriche, où il resta encore cinq ans *.

Le caractère impitoyable des nouvelles lois contribua à en rendre l'exécution irréalisable ; il y eut quelques arrestations, mais on répugnait à appliquer la peine de mort à des êtres inoffensifs et la loi tomba en désuétude avant d'avoir sérieusement fonctionné.

Aussi bien, malgré certaines violences, divers indices montraient que la pacification était nécessaire et que les idées exprimées par Grégoire avaient fait leur chemin. « La Convention s'aperçoit, dit M. Aulard,

I. Souvenirs de Vabhé Martinant dp Préneuf.,, publics par il. Vanel. Paris, Pcrrin, 1908.

17a RAPPORT DE BOISST D AMGLAS

« que rien n'a été fondé dans l'onlre religieux, que le a peuple est toujours catholique et qu'il réclame à <( grands cris la réalisation du décret sur la liberté des « cultes. )) — Ainsi, dit en se résumant le même auteur, « la Révolution n a pu ni assimiler le catho- « licisme, ni le détruire. Elle n'a pu vivre ni pcu\ ni « contre le catholicisme : instruite et forcée par l'expé- « rience. il lui faut bien se résigner à vivre avec le <( catholicisme, c'est-à-dire côte à côte, à considérer « les religions comme des sociétés particulières qui M ont le droit d'exister sous les lois, sans faire partie « de l'État, lequel restera laïque ^ »

On comprend dès lors comment la Convention qui n'avait pas voulu écouter Grégoire, applaudit au rapport présenté en ventôse par Boissy-d'Anglas 2. Le tou général était d'ailleurs tout différent : inspiré par l'esprit philosophique, il présentait la religion catholique comme intolérante, dominatrice, sanguinaire, puérile. absurde et funeste. L'idéal, ce serait qu'au lieu d'une religion, « les hommes s'éclairassent des lumières de a la raison et s'attachassent les uns aux autres par les (( seuls liens de l'intérêt commun, par les seuls prinu cipes de l'organisation sociale, par ce sentiment <c impérieux qui les porte à se rapprocher et à se ché- « rir... bientôt, on ne connaîtra plus que pour les <( mépriser ces dogmes absurdes, ... bientôt, la reli- « gion de Socrate, de Marc-Aurèle. de Gicéron sera la <( religion du monde ! » 11 ne faut pas attacher a

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