‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 23 sur 364 · Moniteur, 1, loa · texte numérisé non relu

Moniteur, 1, loa

94 LE l4 JCILLET

le 12 juillet, le renvoi de Necker et de ses amis, remplacés par des hommes qui passaient pour les ennemis de toute réforme. Le 1 3 juillet, la maison des Lazaristes au faubourg Saint-Denis fut investie, envaiiie et pillée sous le prétexte que cei> Messieurs avaient accumulé des quantités énormes de blé. Ce qu'on trouva ne dépassait pas la quantité nécessaire à l'approvisionnement d'une communauté de 3oo personnes. On enleva les grains, on prit l'argent de l'économe et celui des pensionnaires, et on dévasta ce qui ne pouvait s'emporter*.

Pour s'attaquer à des adversaires moins inolTensifs, le peuple n'avait pas d'armes. 11 s'agissait de s'en procurer : au Garde-Meuble, qui fut visité le i3,on trouva non des armes, mais des armures. On arrêta sur la Seine des bateaux cliargés de poudre : on en emporta le contenu a l'IIotel de Ville, où se tenaient en permanence, comme une nnuiicipalilé impro>isée. les électeurs nommés au mois d'avril. Pour avoir des fusils, on s'introduisit sans trop de peine aux Im al ides, et on en trouva une grande (juantité.On fabriqua des piques et le i3 au soir Paris était sous les armes.

Pendant ce temps, les troupes stationnées dans la Ville se retiraient à N'ersailles, car les otliciers déclaraient qu'ils n'étaient pas sûrs de leurs hommes. Le régiment des (mrdes-Franraises. fort de 3.Goo hommes, a\ail passé tout entier du coté du peuple-.

i. Lainom-cllo, iJt'saslre de la maison clt' Saint-Lazare. ParU, 1-89 (Bibl. Nal., Lb ^\ 11,^42).

■2. Le nVil de la prisedc la Haslilln oiivro le recueil rédijré par Prudhoinnie el inliliilé : les liêvolulions de Purisy îiiiciuel iiou» aurons à faire de nuiubreux emprunts.

LE l4 JUILLET 90

L'Assemblée assislait avec stupeur à ces événements : c'élail donc une révolution? Le soir du i4 juillet, la réponse n'était plus douteuse ; la Baslille était aux mains des insurgés. 11 y avait là de quoi dépasser les craintes des uns et les espérances des autres, et tous attendaient avec anxiété l'événement imprévu qui allait confondre encore une fois les calculs de leur inexpérience. Les députations faisaient la navette entre Versailles et Paris, chargées de se rendre compte des t'>ènenients et de calmer les esprits ; elles revenaient sans avoir rempli leur mission. Le i5 juillet, tous les députés de Paris se rendirent à Tllôtel de Ville, comme |)our reconnaître olïiciellement le pouvoir qui venait (le s'y installer*. Là, se passa une scène mémorable: l'archevêque parut ayant à ses côtés Bailly, qui venait dVlro acclamé maire de Paris, en remplacement du j)révôt des marchands, Flesselles, massacré la veille ; Lafa>elle, M ou nier, Lally-Tollendal adressèrent au |)euple des harangues enflammées, et M. de Juigné |)r<)noii(;a lui aussi quekpies paroles de circonslanc.e ; puis, aux applaudissements de l'assistance, l'arche- >é(pie plaça sur la tète de Bailly une couronne de fleurs, récompense ci>iquc de celui qui assumait en ce jour des fonctions particulièrement difficiles. Pour clore reiip émouvante cérémonie par quehpie nouvelle incohérence, on se rendit à >'otre-Dame, où se chanta

I. L'Hôtel (le \ illf» avait élc décoré de bannières et d'inscriplioii!% de rirconstancc. Le cadran de riiorlofçe était recouvert d'un transparent 'inr lequel on lisait ces mots : .1 [.ouis AI"/, Porc des Franruii et Hoy d'un peuple libre. (Ftévol. de Pans, ii" i). Ce bel «Hlliousiasuie était encore sincère, mais qu'il devait pa^^er rapilicinent :

9(5 LA XL'ir UV 4 AOL'T

lin Te Deum, pour le « réfabUsseinent de la paix* î >» Etait-ce donc la paix qu'annonçait la victoire symbolique du peuple de Paris ? Quel était ce nouvel interlocuteur qui, sans en être prié, venait mêler sa grosse voix au dialogue!^ Des actes de rébellion, du sang répandu, des menaces pour le lendemain signifiaient que le peuple était las d'attendre et qu'il voulait des réformes immédiates. La phraséologie pleurarde et vide des débats parlementaires ne lui semblait pas un remède approprié à des maux qu'on ne guérît pas Si\ec de belles paroles. Les tergiversations du gouvernement l'avaient irrité, les déploiements de troupes l'avaient provoqué, et, presque avant d'avoir pris conscience de sa force, il avait brisé brutalement les obstacles fragiles qu'il avait trouvés devant lui. De tout cela on concluera si la paix était assurée ou si c'était la guerre h outrance qui commençait*.

Ni M. de Juigné, ni Lafîiyette, ni Mounicr, ni Bailly lui-nién>e ne paraissaient saisir la véritable portée de tous ces événements, et leurs béates congratulations ne prouvent que leur profonde honnêteté, et leur naïve inclairvoyance.

La nuit du fi Août,

L'acte du \k juillet ne tarda pas à avoir son retentissement dans toute la France. Gomme avertis par un

Page 1