‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 232 sur 364 · RÉUNIS PAR QUI · texte numérisé non relu

RÉUNIS PAR QUI

Mais alors, qui avait réuni les évêques siégeant à Paris ?

Personne. — Ils s'étaient trouvés là par la force des circonstances; leur délégation, c'est d'eux-mêmes qu'ils la tiennent. Cette modification posthume de la Constitution civile s'était produite, semble-t-il, d'elle-même,, par une sorte de génération spontanée. L'autorité que* les (( réunis » allaient exercer n'avait aucun fondement légal, historique ni religieux; comme le gouvernement de la Convention, c'était un u gouvernement révolutionnaire. »

Révolutionnaire, si l'on veut, mais révolutionnaire pour rire ; car ce comité des « réunis » était tout simplement un paravent derrière lequel manœuvrait Gré« goire. Ses quatre collègues étaient des figurants : Gratien, vieux et affaibli, ne pensait qu'à retourner en Normandie pour y dépenser ce qui lui restait de forces. — Il devait être remplacé par Primat, de Cambrai, puis par Wandelaincourt, de Langres ; Saurine était loin de manquer de valeur, mais c'était un caractère fantasque, incapable de vivre en paix avec personne; Royer était une honnête nullité; Desbois un bailleur de fonds* qui fut chargé par Grégoire de créer et d'administrer le journal du parti : les Annales de la Religion'^ et de diriger la librairie-imprimerie chrélienne, rue Saint-

I. Pisani. liépertoire..., pp. i03-i65, aacj-aS'i, 2ja-25C, U^o-lihi, 193-197.

a. Les Annales de la Religion forment 18 volumes dont le dernier s'arrête en i8o3. On les trouve à la Bibliothèque Nationale, sous la cote L* 3/10. Sur leur fondation^ voir les détails que donne M. (iazier, op. cit., pp. 282-388. .

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Jacques, n"" 278 et 279, qui, si elle eut été mieux conduite, aurait rendu de grands services au parti, mais végéta par suite de l'incapacité de ceux qui avaient à l'administrer.

Grégoire émergeait du milieu de ces figures falotes, grandi par la fîère attitude qu'il avait prise pendant la Terreur. On peut contester ses mérites, dire qu'il écrivit trop et trop vite, avec un mépris trop apparent de la forme ^ ; on peut lui reprocher d'avoir été lesclave de ses préjugés et de ses rancunes, et de n'avoir jamais apporté dans l'exposition de ses idées le calme et l'impartialité qui préservent de l'exagération et de l'injustice ; on doit lui demander surtout un compte sé\ère de l'entêtement avec lequel il défendit jusqu'à la fin des opinions fausses et dangereuses. Mais il n'en est pas moins certain qu'en 1795, il était l'homme qui personnifiait sinon la Religion, du moins le parti constitutionnel, et qu'ayant montré un grand courage au moment où tant d'autres rivalisaient de lâcheté, il semblait seul capable de relever son église, en supposant qu'elle pût être relevée. Par son habileté et sa persévérance, il rendit pendant sept ans une vie factice au schisme, perpétuant des divisions qu'un homme plus sage et plus chrétien eût tenu à ensevelir dans l'oubli.

I. Quelques pages de Grégoire, rédigées à tète reposée, sont do< morceaux remarquables, écrits avec chaleur, im peu déclamatoires, mais vigoureusement pensés. Je donne pins loin des extr>it<> de son mandement du 22 nivôse; il mérite d'être lu on entier. A la fin de sa vie, Grégoire se négligea et ses dernières œu>Te« sont de lourdes compilations dont il tirait une grande partie de ses ouvrages antérieurs, et où il peraît afficher une IndiffénTnce suprême pour la forme littéraire.

GRÉGOIRE, CHEF d' ÉGLISE IqS

Pour tout dire, en un mot, il dépensera des talents peu communs et une énergie extraordinaire au service de la plus mauvaise des causes.

La première des habiletés de Grégoire fut de ne pas se mettre trop en avant et de fonder ce comité derrière lequel il pouvait tout diriger sans paraître. A la vérité, on savait à quoi s'en tenir, et ceux qui avaient besoin de conseils ou de renseignements s'adressaient exclusivement à lui : la preuve en est dans l'immense correspondance, si précieux trésor pour l'historien, qu'il entretenait avec tous les partisans du régime constitutionnel. C'est lui qui sera toujours regardé comme le docteur, l'arbitre et le protecteur : cependant, il fuit les premières places, laisse à Le Goz la présidence des conciles nationaux, à Dufraisse celle du concile de la province du Centre; mais je ne pense pas que ce fût par un scrupule d'humilité : s'il poussait en avant l'un ou l'autre de ses collègues, c'est qu'il craignait de ren-

1 . Les papiers et la bibliothèque de Grégoire sont en la possession de M. Augustin Gazicr. qui les a classés avec amour et les conserve avec le respect qu'on doit à des documents historiques do premier ordre. Il en a tiré la matière de son bel ou\Tage : Eludes sur Vhistoire religieuse de la Révolution française, ainsi que de nombreux articles parus dans diverses revues. Son fils, M. Georges Gazier, est sur le point, croyons-nous, de publier un important travail, tiré des précieuses archives paternelles. Lorsque je préparais mon volume sur Tépiscopat constitutionnel* M. Gazier m'a admis à consulter tous ses dossiers, et il savait pourtant que mes conclusions ne seraient pas toujours d'accord avec les siennes. Il m*a fait Thonneur de se fier à ma bonne foi et je ne pense pas qu'il ait eu à regretter sa largeur d'esprit. Je lui suis d'autant plus reconnaissant de ses libérales dispositions que je sais avec quel soin jaloux il défend son trésor contre la curiosité indiscrète des indiiîérents.

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contrer en eux des rivaux, et, plutôt que de s'en faire des ennemis, il s'effaçait devant eux et exploitait leur vanité au lieu de l'exaspérer.

Nous sommes fixés maintenant sur ce qu'étaient les évoques « réunis ». Nous allons les voir h l'œuvre : le a5 nivôse an III (i5 mars 1796) parut un document intitulé : Lettre encyclique de plusieurs évcques de France à leurs Jrères les autres évéques et aux églises rmcantes^. Cette lettre est composée de deux parties : d'abord une profession de foi contenant adhésion « à tout ce que l'église catholique croit et enseigne ». 11 n'est pas sans intérêt d'y remarquer les réserves rela- • lives au pouvoir du Pape, à qui les constitutionnels accordent la primauté, mais la primauté d'honneur, en qui ils reconnaissent « le centre de l'unité catholique», mais dont ils passent sous silence la primauté de juridiction : en un mot, c'est une profession de foi gallicane 2.

1. Brocliure de Ss pages, chez Leclcre, Ubraire, rue Saint- Martin, près celle aux Ours, n" ahfi et 89. U en a été publié cinq éditions qui sont décrites par M. Tourncux, dans sa Bibliographif de l'kisloire de Paris, t. III, n" 16a la et suivants. Les Annales de hi Beligion en ont donné le texte :'l. I, pp. 49-58,

2. Article 6 de la profession de foi : « Le Fils de Dieu ayant voulu que son É^iflise fût une et solidement bâtie sur l'unité, a établi et institué la primauté de saint Pierre pour rcnlrelenir et la cimenter. C'est pourquoi nous reconnaissons cette même primauté dans les successeurs du premier des apôtres, auxquels on doit pour c<3tte raison la soumission et l'obéissance que les Saints Conciles et les Saints Pères ont toujours enseignées aux fidèles... L'autorité de la chaire de saint Pierre a un fondement certain dans l'Évangile et une suite évidente dans la tradition, m (Bosquet, Exposition de la doctrine catholique de l'Eglise^ n' ai ) — Article 7. Le gouvernement épiscopal est établi par Jésus-Christ lui-même. On le

l' ENCYCLIQUE DES n£L'?IIS j q5

La seconde partie contient des décisions disciplinaires, et c'est le morceau capital, la raison d'être de la lettre; les déclarations dogmatiques ne servent que <rintroduction et de véhicule aux prescriptions de la seconde partie. 11 s'agit de savoir quelle conduite tenir à regard de ceux qui ont faibli pendant la persécution : les évêques établissent neuf catégories d'apostats dont les cas sont rangés suivant leur gravité croissante, et déclarent qu'ils regardent comme « indignes de leur état et de la confiance des fidèles » tous ceux qui sont visés dans les neuf articles ^ Une dixième classe contient ceux qui ont seulement livré leurs lettres, ou abandonné leurs fonctions : à ceux-là on accordera le pardon, pourvu qu'aucune circonstance ne vienne 4iggraver leur faute-. Ces dispositions étaient une sorte <le liquidation après faillite ; on rejetait sans pitié les plus coupables, et on usait de miséricorde avec les autres. On a généralement trouvé ces mesures extrê-

Aoit en vigueur dès le temps des Apôtres. L'autorité de l'Épiscopal établit Tunité dans les églises particulières, comme la pritnaulè <lii Saint-Siège est le centre de toute l'uni lé catholique. (^^6 ùi->^ 1>ans les articles suivants, il est dit que les évêques, successeurs -des apôtres, doivent être constitués par tous les évêques de lent province, et à la rigueur, par trois d'entre eux. La a confirmation ^c de ce qui sera fait dans chaque province doit être donnée par t( révêque métropolitain. » (Conc. de Nicée, Can. IV, arab. 5.) 4->n voit par là la doctrine des « réunis « sur la nomination et l'institution des évêques ; le pouvoir du Pape touchant l'institution canonique est complètement passé sous silence et les belles «Jéclaralions qui précèdent n'ont servi qu'à amadouer le lecteur ^iii, rassuré sur l'orthodoxie de la lettre, acceptera sans méfiance Ja conclusion où on a glissé la formule schismatique. I. Encyclique, p. i5.

a* Ibid.y p. 17.

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mement sévères cl inspirées par le rigorisme janséniste ; plusieurs des évêqucs dont l'adhésion est inscrite à la suite de la dernière édition imprimée de la lettre * manifestèrent leur inquiétude en voyant que si les règlements étaient strictement exécutés, il ne leur resterait presque aucun collaborateur, et le premier des signataires, le métropolitain de Reims, convaincu par la suite d'avoir participé au culte sacrilège de la Raison fut mis en demeure de donner sa démission 2. Les « réunis » rebutèrent ainsi un certain nombre de pécheurs sincèrement repentants, qui allèrent trouver les vicaires généraux de Paris et furent absous. Grégoire en conclut que les insermentés usaient d'une morale relâchée (la morale des jésuites !) et leur décocha de cruelles épigrammes renouvelées de Pascal, mais avec le temps et sous l'empire de la nécessité, les constitutionnels eux-mêmes furent amenés à se montrer moins intransigeants, et admirent h la réconciliation des prêtres, des évêques même, dont les fautes étaient formellement visées par les 9 articles dercnc}clique .

Trois jours avant la lettre collective avait paru le mandement que Grégoire adressait à ses diocésains de Blois^. Une lettre épiscopale en 1796 était une grosse nouveauté, et le fait parut surprenant à ceux qui croyaient en avoir fini avec la Religion *. Grégoire énu-

t. Dans l'édition datée du i5 mars 1796, il n*y a que dix signa^ hires, mais Grégoire finit par recueillir 3a adhésions, a. Pisani, Répertoire.,.., pp. aoi-ao^.

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