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LE DÉCRET DES DEUX-TIERS

De plus, les Conventionnels qui sentaient parfaitement qu'il s était produit un revirement dans Tesprit public, imaginèrent une disposition qui devait leur conserver le pouvoir. Les nouveaux conseils législatifs ne compteraient, pour la première fois, tpif 25o membres élus par les départements et les 5oo aulre> sièges seraient tirés au sort parmi les membres actuels de la Convention : abandonnant leurs fonctions le jour de la dissolution de l'Assemblée, ils les repi-endraient le même jour, grâce à cet ingénieux subterfuge. Il> avaient eu soin de rappeler la faute politique de< Constituants, qui, mus par un sentiment estimabie. mais maladroit, de désintéressement, avaient décide qu'aucun d'eux ne serait éligible à l'Assemblée qui allait leur succéder, et la Législative, uniquement composée d'hommes nouveaux, avait fait preuve au début d'une inexpérience préjudiciable au pays. Le> Conventionnels n'étaient pas coulés dans le mêni<' moule que les Constituants, et pensaient que ce qui est bon à prendre est bon à garder : sans jouer la comédie du désintéressement, ils jugèrent que ce serait un grand malheur pour la France d'être soustraite tout d'un coup à leur influence, et de même que les Constituants avaient décrété qu'on ne pourrait pa> les renommer, inversement, ils votèrent qu'étant indispensables, ils devaient rester membres des chambres nouvelles. On comprendrait qu'ils ne s*' fusvsent pas déclarés inéligibles : ils se seraient repn*sentes devant leurs commettants et si la majorité lo> avait réélus, ils seraient venus défendre leur œu>Tr contre les entreprises des nouveaux représentaoti^.

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Seulement, cette consultation des électeurs menaçait d'être désastreuse pour eux : ils avaient toutes raisons de supposer que le corps électoral ne leur continuerait pas une confiance dont ils avaient trop ouvertement abusé : on comprend donc pourquoi ils se cramponnèrent aux mandats prêts à leur échapper. Ils assuraient ainsi, au moins pour la première année, la majorité à leur parti, et Tannée suivante on aviserait aux moyens de garder par quelque nouveau tour de passe-passe, des places qui devaient rester entre leurs mains, pour le bonheur de la France, proclamaientils, et en tout cas pour le leur.

Je n'ai pas besoin de dire que ces manigances furent sévèrement appréciées par les citoyens qui avaient le souci de la dignité nationale : de ce mécontentement sortit une agitation qui ne fit qu'aller en augmentant jusqu'au jour où éclata la formidable insurrection du i3 vendémiaire an IV. Cette fois, ce n'est plus dans les faubourgs populaires qu'on prit les armes : les faubourgs étaient d'ailleurs désarmés depuis les journées de prairial ; ce furent les bataillons des quartiers du centre composés de bourgeois et de commerçants, qui marchèrent contre la Convention : et dans leurs rangs étaient confondues toutes les nuances de l'opposition de droite : girondins, feuillants et royalistes. En ce jour du i3 vendémiaire, le compte-rendu de la séance de la Convention a un caractère tragique : on croit lire un drame de Shakespeare. Quand le combat s'engage aux portes mômes des Tuileries, la plupart des députés sortent précipitamment en criant : « Aux armes !» ; les plus valides vont se battre, les méde-

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cins s'empressent autour des blessés qu'on apporte déjà en grand nombre. Malgré tout, la séance continue, mais pour la forme : le président impassible dirige de vagues débats interrompus par de mornes silences ; des ombres de députés errent sur les banquettes dégarnies et dans les tribunes un public clairsemé partage la stupeur générale. De temps à autre, un homme apparaît à la porte et crie des nouvelles de la bataille. On en suit avec anxiété les péripéties, selon que le bruit de la fusillade se rapproche ou s'éloigne. Enfin, c'est le canon qui retentit ; le général Bonaparte a amené du camp de Grenelle de l'artillerie et mitraille les insurgés qui se sont retranchés sur les marches de de Saint-Roch. Cette manœuvre décide du succès de la journée : l'émeute est vaincue et la Convention peut reprendre avec sérénité le cours interrompu de son travail législatif.

11 n'est pas difficile de supposer qu'on s'était empressé de rendre les prêtres responsables de ce mouvement insurrectionnel : l'occasion était trop favorable pour qu'on la laissât échapper, et le mauvais vouloir des députés trou va une occasion de se manifester lors de la discussion de la loi sur la police des cultes. Déjà, le i4 messidor, Garreau avait accusé les prêtres de conspirer, ou, comme il disait, par une antithèse imprévue, d' « arborer secrètement le drapeau du royalisme ». Ysabeau, prêtre apostat, ancien oratorien, venait demander l'arrestation immédiate de tout prêtre qui ne justifierait pas de tous les serments ordonnés par la loi. ïurreau leur répondit qu'il était inutile de prendre des mesures générales qui pouvaient

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