LES ROYALISTES
comtois, se plaignait avant tout des entraves apportées à l'exercice du culte : ce qu'il réclamait, c'était la réouverture de son église et le rappel de son ancien curé ; le mécontentement augmentait suivant que les lois étaient plus rigoureuses ou plus indulgentes ou tout au moins selon qu'elles étaient plus ou moins strictement appliquées. Un commissaire du Directoire écrivait de Poitiers : « Quand le peuple possède ses prêtres, il n'est plus excité et soutenu par la persécution. » — «L'habitant delà Vendée,dit l'administration des Deux- Sèvres, indifférent au sort des émigrés, tient en fanatique à son culte. » C'est donc une accusation fausse qui se rencontre à chaque pas dans les harangues des démagogues et dans les prédications des constitutionnels : le paysan catholique n'est pas mécontent parce qu'on ne lui ramène pas le roi, mais parce qu'on le prive de ses prêtres. Quand il se montre hostile au gouvernement et s'insurge, c'est pour défendre sa foi. En attribuant à des menées royalistes les soulèvements des campagnes, on en méconnaît les causes.
Et cependant, tout n'était pas imaginaire dans les déclamations où la religion était accusée d'être l'alliée du royalisme. Nous avons mis les masses paysannes hors de cause, mais, dans les classes bourgeoises et chez une partie du clergé, la famille des Bourbons comptait des fidèles qui refusaient toujours de séparer le Trône de l'Autel, et qui étaient convaincus que l'un ne pouvait être relevé sans l'autre. 11 est certain que l'ancien régime avait établi entre l'Eglise et la Royauté une union tellement intime, créé des solidarités tellement indissolubles qu'une pareille manière de voir
aSo LA. PROMESSE DE SOUMISSION
était courante dans toutes les classes de la société. C'est môme en partie de là, comme nous l'avons reconnu, qu'était sortie la Constitution civile, et les droits abusivement revendiqués au nom de la Loi procédaient, sous bien des rapports, de ceux qui avaient été usurpés au cours des i5o dernières années de la Monarchie. Or. pour ceux qui tenaient comme nonavenus tous les changements survenus depuis 1789, rien n'était plus naturel que de s'indigner en voyant les lois nouvelles acceptées par des catholiques: c'était à leurs yeux une sorte de félonie que de transiger avec un pouvoir de hasard, issu de la violence, destiné à disparaître comme il était venu, le jour où le soleil de la Maison de France, un moment éclipsé par l'orage, aurait recommencé à briller dans un ciel radieux. Ces illusions étaient courantes à cette époque, et nombre de prêtres nourris dans les préjugés gallicans, entretenus dans ces idées au cours de l'émigration, revenaient après la loi de ventôse avec cette opinion que la restauration du Roi n'était plus qu'une affaire de temps.
Ils furent donc aussi surpris que scandalisés lorsque la loi de prairial subordonna l'ouverture des églises à ime promesse de soumission aux lois, c'est-à-dire à une reconnaissance de la forme de gouvernement que les lois comportaient ; non seulement ils se refusèrent à faire cette promesse, mais ils jugèrent sévèrement tous ceux de leurs confrères qui ne partageaient pas leur sentiment.
Nous avons déjà traité ce sujet dans ses principes en parlant de la position prise par M. Emery à propos du serment de 1792. En 1795, les divergences ne sont pas
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moins tranchées : soumissionnaires et non-soumissionnaires forment deux écoles adverses. Aux côtés de M. Emery, nous trouvons cette fois deux évoques, les seuls qui. à celle époque, résidassent à Paris ou dans ses environs 1. L'un est M. de Maillé-la-Tour-Landry, dont nous aurons à reparler longuement ; l'autre M. de Baussel, évêque d'Alais, était condamné par sa santé à une sorte de réclusion et vivait à Villemoisson, en Seine-et-Oise 2 ; mais sa correspondance avec M. Emery ne laisse aucun doute sur ses sentiments. M. Emery, absent de Paris, écrivait à M. Montagne, son confrère, des lettres qui ont été précieusement conservées, et dans lesquelles il démontre que la promesse de soumission aux lois ne signifiait pas nécessairement l'approbation de ces lois: s'il était possible de modifier la législation, on le ferait ; mais il faut bien subir, en attendant, ce qu'on ne peut empêcher. Prétendre ignorer un gouvernement parce qu'il a dans son code des lois mauvaises, et même essentiellement mauvaises, c'est demander ce qu'on ne peut obtenir. Telle était la manière de voir de M. Emery et une partie de ses contemporains pensaient de même. Pour
1. M. de Lorry, évéque d'Angers, habitait Paris, semble-t-ii, mais avait suspendu l'exercice extérieur de ses fonctions épiscopales. U ne faut pas cependant prendre au sérieux les imputations déshonorantes portées contre lui par les Annales de la Religion (t. XI /njG-ôoS ; \II. Sii;); elles ont pour motif le^épil des constitutionnels qui avaient invité M. de Lorry à leur concile et qui avaient reçu un refus très net : c'est alors seulement qu'ils s'avisèrent que M. de Lorry avait apostasie pendant la Terreur. Alors, pourquoi l'avaient-ils invité à leur concile ?
2. M. de Bausset avait été arrêté à Paris, le i3 iuin 1793, mais remis en liberté (Arch. de la Préf. de Police. Reg. C. 9).
aSa LA PROMESSE DE SOIMISSIO?!
n'en citer qu'an, je parlerai de l'évèquede Châlons-sur- Marne, M. de Clermont-Tonnerre : il était retiré à Rome, où, comme tous les prélats français émigrés dans les états romains, il était à même de voir de près la cour pontificale et d'en connaître les sentiments ; il s'étudiait donc à modeler sa conduite sur les intentions connues ou présumées du Saint>Siège, et, sous cette influence, il envoya dans son diocèse des instructions qui recommandaient la soumission : en l'an IV, il autorisa également la nouvelle formule introduite par la loi de vendémiaire, qui contenait une adhésion à peu près implicite, à la forme républicaine. Mais aussi sa conduite fut amèrement censurée dans l'entourage des Princes ; on rappelait aigrement sa parenté avec le Clermont-Tonnerre qui s'était rangé à la Constituante dans le parti des feuillants, et, comme transfuge et traître à son Roi, on le vouait k l'indignation publique : il n'avait fait cependant que suivre docilement l'opinion qui lui paraissait la plus conforme aux vues prudentes du Souverain Pontife 1.
Le conseil épiscopal de Paris ne se crut pas assez fort pour imposer une ligne de conduite uniforme et se contenta de décider que quelque parti qu'on eût adopté, on n'avait pas le droit d'anathématiser ceux qui pensaient différemment — les fidèles étaient avertis qu'ils pouvaient communiquer avec tous les prêtres soumissionnaires ou non, qui reconnaissaient l'autorité de leur archevêque légitime, et cela tant