‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 257 sur 364 · LE DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

LE DIRECTOIRE

fut rassuré contre les entreprises du fisc, que les discordes intérieures fussent apaisées, que la concorde régnât parmi tous les citoyens. On s'explique donc pourquoi ces deux directeurs, absolument indifférents en matière religieuse, désiraient le rétablissement et la consolidation de la paix entre concitoyens et la fin de ce malaise général qui avait son principe dans la persécution des consciences. Ils représentaient donc l'élément pondérateur.

RewbelletLa Réveillère étaient au contraire dominés par les passions anti-religieuses : Rewbell, luthérien d'Alsace, mettait toutes les ressources de son tempérament de légiste au service de ses antipathies, et, depuis le début de la Révolution, combattait avec entêtement l'Église et ses partisans. La Réveillère n'avait pas de haine au cœur ; c'était un déiste, un rêveur, et s'il montrera de l'animosité et un fanatisme vindicatif contre les catholiques, ce sera surtout par dépit de voir le système théophilanthropique échouer malgré son patronage. Il n'en suivra pas moins Rewbell toutes les fois qu'il y aura quelque mesure inique à prendre contre les religions autres que la sienne.

Pour départager ces deux groupes, il restait Barras, l'ex-comte de Barras, un roué déguisé en jacobin, un ambitieux avide de pouvoir parce que le pouvoir met au-dessus des lois, et que sa soif de jouir qui était sans bornes demandait aussi à être sans frein. Corrompu et corrupteur, il n'était d'aucun parti, mais suivait celui qui pouvait flatter et satisfaire ses convoitises ; sous les dehors d'un autocrate, il est prêt à servir ceux qui

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le paient et s'enrichit scandaleusement dans d'ignoblo tripotages. 11 est à vendre, mais il s'estime si cher qui] devra attendre cinq ans pour trouver un acheteur en la personne du général Bonaparte. A Tégard de la Religion, Barras éprouvait la répulsion de tout vicicu\ contre la vertu, et il prêtera son concours à quiconque proposera quelque mesure pouvant nuire aux cpoyanœs des autres.

D'un pouvoir aussi malveillant, le clergé ne pouvait attendre que des vexations. Après le coup d'Etat du 19 fructidor, une persécution recommencera aussi acharnée qu'en 1793, avec ces seules différences que la comédie du Tribunal Révolutionnaire sera laissée de côté : des condamnations arbitraires seront prononcées mais sans recourir à des simulacres de justice ; de plus la peine de mort sera remplacée par la déportation à la Guyane, qui tuait presque aussi sûrement que la guillotine, mais si loin qu'on n'entendait pas les cris des victimes. Pour le moment, on s'en tint à une guerre à coups d'épingles ; la loi de vendémiaire, habilement exploitée, pouvait fournir plus d'une occasion d'engager contre les prêtres des poursuites, de fermer leuR oratoires et d'entraver leur ministère. 11 faudra user de la plus grande prudence pour échapper aux mille traquenards qui guettent un prêtre zélé.

Rien n'est plus significatif que l'instruction adressée parle Directoire aux commissaires de police en frimaire an IV : croyant ou feignant de croire que tous les prêtres sans exception sont des agents déguisés du royalisme, il les dénonce avec âpreté : « Déjouez leurs perfides « projets par une surveillance continuelle, rompei

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