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de semblables conditions ; il n'y a donc aucune exagération à dire qu'à la fin de 1795, le culte public était exercé dans une cinquantaine d'endroits. Les constitutionnels figuraient là-dedans pour une quinzaine ; les autres appartenaient aux insermentés ou aux rétractés qui étaient en union avec les vicaires généraux de M. de Juigné. J'ajoute que, en plus des oratoires inscrits, catalogués et régulièrement visités par la police, il y en avait autant qui n'étaient connus que des initiés, et dont l'organisation restait mystérieuse pour l'administration.
Parmi les rassemblements religieux qui intriguaient le plus les investigateurs du Directoire, il en est un surtout, situé 12, rue Copeau (aujourd'hui rue Lacépède). en face de la rue de la Clef, et dont le chef était un certain abbé Garnier. Ce nom de Garnier a été porté par un grand nombre de prêtres pendant la Révolution, mais on n'avait pas réussi à identifier celui qui avait exercé sur la Montagne Sainte-Geneviève en 1790; l'abbé Grente, habituellement si bien renseigné, n'a pu résoudre ce petit problème ; je pense y être arrivé. Garnier (Jean-Jacques) était né à Mayenne en 1727 et n'était pas prêtre, mais simple clerc minoré; comme beaucoup de ceux qui se consacraient alors à l'enseignement, il avait porté toute sa vie l'habit ecclésiastique, mais n'avait pas voulu assumer les lourdes responsabilités du sacerdoce. Depuis 1760 il était professeur d'hébreu au Collège Royal, établissement de haute culture scientifique qui subsiste encore, et dont le nom seul a change : c'est le Collège de France, qui, depuis sa fondation, a compté parmi ses professeurs
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des savants de premier ordre. M. Garnier avait été appelé en 1768 à exercer la fonction d'Inspecteur du Collège, ce qui revient au titre actuel d'administrateur. Son savoir, ses très nombreux travaux l'avaient fait entrer en 1781 à l'Académie des Inscriptions. En 1791, il avait refusé de prêter le serment exigé de tous les professeurs et avait dû renoncer à sa chaire, pendant que plusieurs de ses collègues entraient dans le mouvement révolutionnaire et que l'un d'eux, le savant abbé de Cournand, déshonorait son passé par la plus honteuse apostasie. L'abbé Garnier vécut à Paris dans la retraite, resta fidèle aux devoirs de son état, bien qu'il ne fût lié par aucun engagement irrévocable. Mais, imprévoyant comme beaucoup de savants, il était resté sans ressources et tomba dans une terrible détresse ; il n'aurait pas eu de peine à s'assurer une situation rémunératrice en recourant à l'abbé de Cournand, resté professeur au Collège ; il préféra s'associer à quelques prêtres insermentés et leur offrit pour ouvrir un oratoire la maison qu'il habitait rue Copeau, oratoire qui avait éveillé les Soupçons d'une police ombrageuse ^ Disons tout de suite que lorsque le calme se rétablit, il fut recueilli à Marly par son ami. le PrésidentdeMesmes; le 4 février i8o3, il rentra dan? la troisième classe de l'Institut et mourut h Saint-Germain le 34 février i8o5 *.