REOUVERTURE DE !«OTRE-DAME
avait plus à s'occuper que de la question de savoir quel jour pourrait avoir lieu la réouverture de l'église *. Le i5 août était proche et il était désirable que le culte fut repris pour le jour de la fête patronale, puisque l'église était placée sous le vocable de l'Assomption. Mais il ne restait que 4 jours pour tout remettre en état et l'édifice avait subides dégradationsconsidérables: plus de vitres aux fenêtres ; quelques planches mal jointes tenaient lieu de portes» le pavé avait disparu.
I. Le clergé insermenté a-t-il fait des démarches pour être mis en possession de Notre-Dame ? Je n*en ai pas trouvé la preuve absolue, bien que la chose paraisse pour le moins vraisemblable. Nous n'avons là dessus que quelques extraits de ce que disaient les journaux, intéressés pour la plupart à la cause des constitutionnels, (c Depuis longtemps, les prêtres fkJèles au Pape convoitaient la (( ci-devant cathédrale, mais ces pieux et zélés serviteurs de Pie « n'auront pas à eux seuls cet autel jadis privilégié. Les évéqucs u soumis aux lois de la Patrie, amis de la Patrie, de la concorde, « de rhumanité, ennemis des dissensions religieuses et du schisme a qui les engendre, ouvriront les portes de cette enceinte, et (c viendra qui voudra profiter de la sagesse de leur morale et de « la majestueuse simplicité de leurs cérémonies ». (Messager du Soir, a8 thermidor an 111, i5 août 1796). — « Malgré les petites (C menées des partisans du Pape, la ci-devant cathédrale de Paris « est restée aux prêtres appelés constitutionnels. L'ouverture de « cette église s'est faite le jour même de la fête patronale ; un a grand concours de peuple s'est porté à cette cérémonie. Tous « ces bons citoyens n'ont pas eu peur d'être damnés en assibfcant « au service divin des prêtres que les imbéciles fanatiques « appellent des intrus. Nous nous réjouissons d'avance de cette (( prédication qui n'annonce pas aux schismatiques (c'est des « vrais catholiques qu'il est question) un grand triomphe sur « les sages ministres du culte catholique qui se sont dévoués M pour la cause de la liberté sage et dont les persécutions des tf terroristes semblent avoir redoublé le z^Ie pour le bonheur de a la Patrie et la prospérité de la République ». {Courrier de l'Egalité, i*' fructidor an 111, 18 août 1795).
a84 LES RÉUNIS
partout s amoncelaient les décombres et les tonneam de la République étaient entassés dans tous les espacp< libres. Parmi les membres de la société à qui l'église était rendue, il en était qui eussent préféré qu'on commençât par faire les travaux indispensables de nettoyage et d'appropriation, et qu'ensuite, après une neu^^aÎDe de prières expiatoires, l'église fût solennellement réconciliée. Mais Grégoire trouvait qu'on avait déjà trop longtemps différé et il fît décider que la réconciliation serait faite le i5 août au matin, immédiatement avant l'ofllce pontifical. A la tête du clergé qui allait pro\isoirement desservir l'église cathédrale fut placé Rover qui, le a août, avait installé Augustin Bailliet comme curé de Saint-Médard et disposait de son temps ^.
En cette occasion, il n'y eut, comme on voit, que Grégoire et les « Réunis » à intervenir. Le Presbytère, qui, à tort ou à raison, se considérait comme seul dépositaire canonique de l'autorité spirituelle dans le diocèse de Paris, n'avait pas été médiocrement surpris en voyant un pouvoir étranger se substituer au sien ; ses procès-verbaux nous permettent de juger de son émotion. Le 19 août, est mise à Tordre du jour la
I. Annales de la Religion^ t. I, pp. 4o6-Ao8. — « Avant-liier, U K cathédrale de Paris a été ouverte pour la première fois depuis M la persécution. C'était le jour de la fête patronale. Après avoir u réconcilié Téglise, nous y avons fait TofOce divin avec la plus « gjandc solennité, un concours immense de fidèles remplissait « toute ré tendue immense de cette basilique, exoepté dans les « parties qui ne sont point encore débarrassées de tout ce qu'on « y a déposé. » (Lettre de Grégoire au' Conseil épisoopal de Biob, 3o thermidor, an 111. — 17 août 1795. citée par Garier, op. cit.,
ET LE PRESBYTÈRE a 85
question : « choix de prêtres pour seconder l'évêque de l'Ain à Notre-Dame ». Quelques membres représentent que ce n*est pas le Presbytère qui a été chercher révêque de TAin^ et, qu'avant de s'occuper de lui désigner des collaborateurs, le Presbytère doit tout d'abord nommer un curé de la cathédrale.
£n attendant, le a4 août, fut adopté par le Presbytère un règlement transitoire qui chargeait chacun de ses membres à tour de rôle du service religieux de Notre- Dame, sous la direction de Clausse son président. L'évêque de l'Ain était passé sous silence et recevait ainsi un congé implicite ; seulement la mesure était tellement délicate qu'on n'osa pas la notifier et que pour le moment elle demeura sans effet. On se contenta de chercher des ecclésiastiques de bonne volonté pour remplir les fonctions de vicaires, et on eut quelque peine k en trouver parce que personne n'ignorait dans le clergé combien la situation était délicate. En attendant, Royer demeurait en possession et il resta aussi longtemps que l'assemblée de la société responsable (nous pourrions dire de l'association cultuelle) ne crut pas devoir modifier ce qu elle avait réglé.
Mais le Presbytère ne restait pas inactif et travaillait sous main à gagner l'adhésion des principaux membres de la société : aussi quand cette société se réunit au commencement d'octobre, ce fut le Presbytère qui obtint gain de cause ; Clausse, son président, fut élu curé, et le 12 octobre le Presbytère fut appelé à sanctionner cette élection: naturellement il l'approuva, en se basant sur cette considération que le Presbytère était tenu de desservir lui-même Téglise-mère pendant la vacance du