‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 281 sur 364 · LES RÉUNIS · texte numérisé non relu

LES RÉUNIS

siège, et que l'un de ses membres était tout indiqué pour y exercer les fonctions curiales.

Restait à faire accepter par Royer la mesure qui l'expulsait de Notre-Dame. Le 3 novembre, le Presbytère décida tout d'abord que serait rapportée la délibération du 24 août qui organisait le service religieux à Notre- Dame. Etaient votées ensuite les quatre résolutions suivantes :

« r L'Assemblée investît N. T. C. F. Nicolas Clausse. « curé de Saint André-des-Arcs et desservant de Notre- « Dame, de toute l'autorité du Presbytère pour établir « dans cette église un ordre fixe et invariable. »

« 2° Elle le charge spécialement de présider les offices (( publics. ))

« S** Elle vote au Rme évêque de l'Ain les remercîett ments les plus sincères pour le zèle avec lequel il a « concouru au rétablissement et à l'affermissement I H( du culte catholique dans l'église de Paris. Plein de « confiance dans son amour de l'église, le Presbytère (( ose lui ouvrir une nouvelle carrière, digne de sa foi « et de sa charité, il recommande avec les plus \ives (( instances à sa sollicitude pastorale l'œuvre si impor- ' « tante des hôpitaux et en particulier de la Salpêtrière, | « maison dans laquelle il a déjà exercé son zèle. »

« A*» Elle nomme une députation pour communiquer « le présent arrêté au respectable prélat *. »

Augustin Bailliet et Elie Puisié furent chargés de cotte commission quelque peu délicate, et le i3 noveni-

I. Ce texte cl ceux qui vont être cités plus loin sont tirés du registre des procès -verbaux du Presbytère, dont je remercie 1 M. Gazier de m'avoir donné communication. I

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bre ils eurent à rendre compte de leur entrevue avec révêque : elle avait été orageuse et Royer n'avait pas paru touché par les témoignages de respect que le Presbytère lui faisait exprimer : — « Dites au Presby- « tère que, tant que l'église de Paris sera sans évêque, « j'irai exercer mes fonctions à Notre-Dame ; qui que M ce soit que le Presbytère y envoie, n'y travaillera que « sous moi. Je ne veux point laisser établir d'église « particulière, ni disséminer de doctrine qui serait un « ferment de nouvelles divisions... »

(( Je suis évêque et j'agirai en vertu de la solidarité « de l'épiscopat tant qu'il n'y aura pas d'évêque à (( Paris... »

(( Je ne veux pas de presbytérianisme ; je vois le « piège qui m'est tendu et les intentions perfides qui (( ont dicté cette démarche. Je reconnais le Presbytère, « mais je le reconnais dans l'universalité des curés qui « doivent le composer et qui ne s'y trouvent point en « ce moment pour des raisons qui me sont connues. »

La réponse n'était pas pour satisfaire les membres du Presbytère, qui dans un long procès-verbal, exhalent toute leur irritation : « Par respect pour (( l'ordre épi scopal, l'Assemblée s'abstient de qualifier « un si étrange procédé... en rendant hommage aux « prérogatives de l'épiscopat, elle n'entend pas déroger (( aux droits des prêtres et pasteurs de second ordre « qui sont de droit divin pasteurs immédiats, comme « l'enseigne la Faculté de théologie de Paris... Elle est (( persuadée qu'on ne peut lui contester ses droits sans « renverser la hiérarchie établie par J. C, sans « dénaturer le gouvernement épiscopal et le changer

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« en un véritable despotisme... car le despotisme coni- « mence là où la volonté d'un seul fait loi pour tous, n

u L'Assemblée prend ensuite en une considération 44 particulière la prétention du Rme évêqoe deconti- (I nurr jusqu'à l'élection de l'évêque futur l'exercice « des fonctions pastorales et sacerdotales sans y ètn* « autorisé autrement que par le droit qu'il pense être u attaché à son caractère en vertu de la solidarité de « répiscopat. »

« L'Assemblée juge cette prétention injuste, ve\a- « toire» subversive des droits de l'église de Paris cl « destituée de tout fondement même apparent, attendu « que, si cette église a le droit de choisir son évêque a futur, elle a le droit pendant la vacance du siège de tt choisir parmi les évêques qui lui sont étrangers, a ceux dont il convient de requérir le ministère, si le <( besoin le demande. )»

Voici que s'est enfin déclaré le conflit prévu entre ces deux pouvoirs rivaux que nous avons vu s'installer dans l'église de Paris I Nous avons dit combien étaient problématiques les droits que s'étaient arrogés les évêques « réunis». La « solidarité de l'épiscopat » n'est qu'un mot : même dans 1 église constitutionnelle, aucun prélat n'aurait pu exercer, hors de son diocèse, une juridiction dont il n'aurait pasété régulièrement investi. et ni Grégoire, ni Royer, ni aucun autre n'avaient une autorité quelconque dans un autre diocèse que le leur. Quand la constitution civile avait refuse au Pape le droit de donner l'institution canonique aux évêques, elle avait semé des germes d'anarchie et rien n'est sur* prenant si l'on voit naître la discorde.

ET LE PRESBYTÈRE nSg

Mais, (l'un autre côté, la position du Presbytère n'était pas aussi forte que Clausse et ses partisans affectaient de le croire. Ainsi que Royer le leur donnait à entendre, les membres du Presbytère ne formaient qu'une infime minorité dans le corps des pasteurs ; l'abstention d'un très grand nombre de curés leur avait retiré toute autorité, et, en supposant que fût fondée leur théorie du droit divin des pasteurs du second ordre, ils auraient dû encore prouver qu'ils étaient les représentants authentiques de ce clergé au nom duquel ils parlaient. Pas plus que les évêques (( réunis » ils n'avaient de pouvoirs indiscutables.

Pondant ce temps la situation se tendait de plus en plus : dès le i3 novembre, Royer avait fait savoir que le dimanche i5, il irait présider les officesà Notre-Dame ; d'accord avec ses amis, Clausse donna ordre au sacristain, « de rassembler en un paquet tous les effets « appartenant au citoyen Royer, évêque de l'Ain, et (( de les porter chez lui le dimanche matin avant (( 8 heures » .

Royer ne s'attendait pas à ce coup de vigueur ; il fut exaspéré et l'affaire menaça de s'envenimer encore davantage. C'est alors que, sous l'influence de quelques bons conseils, on sentit de part et d'autre la nécessité d'un accommodement. Clausse resta curé de Saint André-des-xVrcs, chargé de desservir INotre-Dame ; il recruta un clergé auquel le Presbytère donna des pouvoirs. Les évêques « réunis », tout en maintenant leur droit d'officier dans la cathédrale, s'abstinrent de l'exercer habituellement, et Royer, au lieu de se laisser exiler à la Salpêtrière alla porter son concours au

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