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Révolutions de Paris, n° i3j. p

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liire massive et robuste, nous ignorons que la sève iic circule plus en lui» qu'il est creux et que l'orage le couchera bientôt par terre. Ainsi en est-il des hommes et des populations, qui ont conservé ce qu'on appelle « les habitudes chrétiennes » ; ils assistent aux offices, fréquente ni encore les sacrements, mais leur âme est desséchée ; la sé\e de la foi est tarie dans leur cœur, la routine seule les soutient jusqu'au jour où la moindre Ciuise extérieure fera voir que, sous ces dehors de religion, il n'y a qu'une ignorance totale des devoirs chrétiens et une conscience faussée. Beaucoup des Constituants n'apportaient à Versailles qu'une religion de surfoce, d'étiquette, de mode, et quand la mode changea, ils se montrèrent les ennemis jurés d'un enseignement qui repose sur l'humilité, le détachement des biens terrestres et l'abnégation de soi-même. C'est donc une fable que le respect de la Religion chez les Constituants; il n'y eut chez eux que de la religiosité au début, puis une indiff'érence profonde qui se déguise au besoin sous des toirentsde phraséologie larmoyante *.

Le sentiment religieux dont on continua à faire parade était la négation de la religion. Les prêtres ne devaient être, selon une expression consacrée, que des officiers de morale, délaissant la prédication de dogmes surannés, pour annoncer au peuple les bien-

I. Voir, par evoinple, la longue homt'lie que Prudhoinmc adresse dans les Ftêvolutions de Paris, t. VI, p. 3o2, aux habitants de la campagne pour leur vanter les bienfaits de la religion et les mettre en défiance contre l'épiscopal dont il conteste la bienfaisance, précisément la (pialité qu'il est le pluî* dilticile de lui refuser.

LES BIE\S m CLERr.É l3l

faits do la Rt'vohilion : l'cglisc devait (Hro lo lieu de rendez-vous des citovcîis, mais ils s*y devaient réunir |X)nr apprendre la léf^islalion nou\eUe, et la lecture (les décrets de l' Assemblée devait remplacer avantageusement celle de l'KAangile. Pour les réformateurs (le la société, la religion était un moyen usé, que (levaient remplacer les tlu^ories de la philosophie et si nn consentait à la conserver, c'était à la condition qu'elle consentît à s'ada])ler au nouvel esprit du temps : on y recourait pour atteindre les masses ignorantes et superstitieuses, — il fallait une religion pour le peuple — mais les hommes éclairés devaient son détourner et puiser aux véritables sources l'amour de la vertu et «elui de la liberté. La religion était donc tolércV, (piand elle se bornait à préparer la voie à la philosophie ; on îîf^replait alors ce double emploi, mais elle n'avait pas If* droit de garder sa vie propre et son organisation Iradilionnelle ; il lui fallait se mettre h la suite de la Ué\nlution, adorer ce qu'elle adorait, anathématiser ce (ju'elle analhématisait et évoluer avec elle ; parce (|u'plle répudiait de compromettantes et dangereuses ^solidarités, elle fut traitée comme un foyer de contren''>olulion. Jusque-là on lui avait fait bonne mine, mais ensuite, elle fut l'ennemie, et. sous le nom de fanatisme, dénoncée comme un lléau s(^cial.

Vu moment où nous sommes, on n'en était pas encore arrivé à une rupture ouverte ; en 1789, la l>onne harmonie était encore à l'ordre du jour ^ ; l'atta-

I. Eii aoAt, le marquis de Lacoste» avait déposé une» motion ^«ir l(»«i|)iens du clergé; elle fut écartée, comme danjjcreuse ; elle

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chonionl à la religion, sincoro ou affoclé, persistait dans les relations extérieures, et l'opinion n'était pas prêle pour une attaque ouverte.

11 fallut donc recourir à une autre tactique : elle consista à mettre en avant la nécessité de parer aux embarras financiers. Le 36 septembre, on avait voté une contribution extraordinaire taxant chaque citoyen au (piart de son revenu, ujais on ne paraissait pas beaucoup compter sur cette ressource, qui supposait des déclarations spontanées, et ces déclarations, en supposant qu'elles fussent faites, risquaient de n'être pas toujours sincères K

La confiscation.

Le 8 octobre, la question des biens d'église fut posée par Tévéque d'Autun. Maurice de Talleyrand- Périgord ^. Récemment promu à l'épiscopal, malgré les scandales de sa conduite, Talleyrand s'était eflacé pendant les premiers mois ; il ne savait pas encore an juste de quel côté allait soufller le vent -^ Il y avait

avait cependant eu l'approl)alion de Prudlionime. (Réi'olntions *lt> Paris, n' 5).

I. C'est ce «pii paraît être arrivé; voir le rapiiort financier <1«» l'ablM» <le Monlesquioii, en date du y septembre, commenté par les lit'voluliow de Paris (n" ii'i).

a. La motion de TaUeyrand est reproduite intégralement dan^ (iuicliard {op. cit., sect. I, S-?'!); elle est suixie du discours pi*t>nonré sur le même sujet, le 33 octot)re 1789, par Thouret (3y-3ï>, — Journal ecclésiasliqur, nov. i78(). 281-293.

ti 3. Sur TaUeyrand ; Pisani. liéper Loire..., introduction et ai-; \. de Charmasse, J. L. Gouttes, évéque dr Saône-H-Loirv. p. 25-35; — Bernard de Lacombe. TaUeyrand, évéque d'Andtn. 8icard, op. cit.. Il, 129 et suiv. ; — Journal erclésiastique, nov.

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cependant dans le cahier d'Autun, dont il était le rédacleur, des phrases inquiétantes : après avoir insinué que certains biens ecclésiastiques n'avaient jamais pu être une propriété, coinnne présentant une violation du droit naturel, que d'autres propriétés, légitimes dans le principe, avaient cessé de l'être par l'anéantissement ou l'inexistence actuelle de la cause à laquelle ils étaient liés, il ajoutait : « Quant aux autres proprié- « tés certaines, il sera déclaré que la \alion ne peut les c( altaquerqu'en accordant undédonimagement rigou- « reusement proportionnel. )>

La discussion, ouverte le lo octobre, et plusieurs fois interrompue, ne fut close que le a novembre *. « Nous êtes chargés, avait-on dit aux gens d'église, de u satisfaire à un service public, et vous avez droit, à « ce tilre, à une juste rémunération. Mais qu'on vous u laisse des biens immobiliers ou qu'on vous en M garantisse la rente, votre position est identique, et la « mise dans le commerce de vos biens-fonds permet- <« Ira de relever le crédit public. »

De part et d'autre un grand nombre d'orateurs prirent la parole : Maury, Siéyès, La Fare, évtHjue de Nancy, l'abbé de Moîitesquiou, rarche\é(jue d'\i\ Boisgelin, présentèrent avec abondance et clarté les

17X9. 383-3yi. Lo luèiiio journal reproduit eu mars 171)1 la IcUro d(s curés d'Auluii à leur ancien évtHiuc, qui leur exposait les inotift» qui ravalent poussé à adhérer à la Constitution civile ; celle lettre commence ainsi : « Monseijrneur, voire aposlasie n'a « surpris personne... » la suite est à l'avenant, dette lettre est analysée par M. de Laconibe (pp. -j'i^-i'iij) qui rattribue à lui des vicaires ^énérauv, le chanoine de («hassi^nole. I. .ytonUcuff II, .37- n»».

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raisons qui garantissaient à rKglisc L'inviolabilité de son patrimoine *. Parmi les orateurs de l'autre parti, Miiabeau tenait la première place. Son admirable talent de parole, sa voix tonitruante, la véhémence passionnée et l'impréMi de ses moinements oratoires subjuguèrent la plus grande partie de ses auditeurs. Mais, plus que les grandiloquentes figures de rhétoliquc, l'argunjenl qui décida le vole fut la nécessité d'une plus juste répartition des re\cnus ecclésiasriques*. i.30oli\res, au moins, au moindre curé do campagne, telle fut la formule qui enleva l'assentiment de la majorité. On s'était beaucoup apitoyé depuis quelques mois sur le sort infortuné des « congruistes », réduits à 700 livres : il fallait faire a'uvrc d'éqiiité en améliorant la position de ces modestes et méritants serviteurs du peuple -^

Les orateurs (pii défendaient le maintien de l'ancien ordre de choses essayaient de montrer h quelles imjKissibililés on allait se heurter : i8.ooo curés et NÎcaircs h i.aoo li\rcs de\aienl absorber G!* millions; il

I. Sicaril (op. cit., II, lyVifc)»), aiialy.sc les discours de Maiiry, Sieyès, Botsf?ciiii (13 octobre) et Monicsqiiioii (3o octobre).

•j. « Qui de vous ifa pas été frappe de cpUc répartition inéfsrale, qui Noue à l'indiprmcc d'ulilcs pasteurs, i)our mainleuir dans In uiullossc des lionnues souvent inutiles i* » (I)iscOurs de Treilbard à la (À)nslituante. séance du 11 oclobn^ »70")-

^. Dillon, curé «le Vieux-Pouzaujjes en Poitou, fit colle déclaration : (( Quand il serait ma Lli<*matiqueinent démontn* (pie nou« « avons la propriélé des fonds, préfonds et tréfonds de»* bien* « ecclésiastiques, il serait, je iio «lis pas de noire jrénérosllé. inai< « de noln» devoir de les abandoinier à la Nation » (3 octobre 17^^). Sa cure lui rapportnil-elle plus ib.« i.too livres? Si oui, son acte était généreux : si non. il était habile.

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