‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 43 sur 364 · I. Moniteur, i. IV, p. (iSC · texte numérisé non relu

I. Moniteur, i. IV, p. (iSC

a. Sur (ji3 élocleiirs qui oiiront à concourir à Icleclion de lV-\èque de Paris un 1790, il y avait m prêtres.

l()4 CE Ql E LE PAPE Al U VIT PL CONCEDER

On aurait pu revenir aux élections, non pas Iclles qu'elles se pratiquaient avant le Concordat de François l'^', alors qu'elles n'étaient plus qu'un dérisoire simulacre, mais telles que le Droit canonique les rè'^rle, en donnant au clergé la part qui lui revient quand il s'agit d'une aflaireoù il est le premier intéressé.

Mais pour cela, il eût fallu admeltre que, dans la niasse des citoyens, il en était de particuliéiTnient qualifiés pour traiter cerlaines alFaires, et c'eut été contredire au principe in tangible de l'Égalité. Il eut fallu surtout solliciter rasseïilinienl du Pape, c'est-àdire admettre (pi'il est une puissance qui, par-<lessus les frontières des royaumes, étend sa juridiction spirituelle sur tous les membœs de l'Kglise catholique, el les tenants des quatre articles de iGiSq, les ap|)elants de la Bulle Lnigenilus n'auraient jamais accepté do faire celle démarche humiliante ; (piant auv théoriciens de la Uévolution, ils a>aient inscrit au nonibiv de leurs dogmes que l'Ktat ne doit accepter aucun contrôle evtérieur de sa conduite, et qu'un « souverain étranger » n'a>ait rien à voir dans les affaires du pays. (]onsuIler le l*ape, c'était pour les uns abdiquer, pour l(»s autres renier tout un passé de luttes infatigables, poiu' tous celait ruiner leur œuvre a>ant même qu'elle fut achevée.

Aussi était-il un point sur lequel tout accoixl était imfK)Ssible : la loi portait que les évéques élus, comme nous l'avons dit, par le suffrage populaire, ne devraient pas s'adresser au Pape pour recexoir la mission canonicpie, mais se la donneraienl les uns au\ autres : une fois investis, ils cHjriraienl à Uomc pour notifier leur

TE QIE LE PVPE .VrR\IT PI a)\OÉnER 1 fû

prise do possession ot prendre h témoin de lour orthodoxie le Souverain Pontife, en qui ils voulaient bien encore reconnaître le chof de la hiorarchio et le "fardien de la Koi.

Qu'on ne dise plus que la Constitution civile restait exclusivement cantonnée dans' les questions de discipline intérieure, et qu'elle s'abstenait de toucher aux matières d'ordre spirituel. Mer le pouvoir du Pape coiiinie source commune de la juridiction des pasteurs, c'était une hérésie, car c'était attaquer un do^me fondamental, celui de l'unité de l'È^lise. L'Rglise «▼alli'cnne. détachée du centre d'autorité, serait devenue quelque chose comme rRfjlise d'Angleterre, asservie aux caprices de ses rois, ou comme l'Rglise Scandinave, réduite au rôle de simple rouage administratif, rameau frappé de stérilité depuis le jour où il a élé séparé du Irouc de l'arbre de vie*.

On disait bien que, depuis le (loncordal conclu entre Léon \ et François l*', le roi avait disposé s()u\erainement des évéchcs, y nommant suixant son bon plaisir; que, le droit du roi étant passé aux mains du j)euple, c'était le peuple réuni dans ses asseud)lées électorales qui iK)urrait nommer l'évéfpie de son choix *. Mais

I. Parlisaiis oi athrrsHiros de la conslilurum c\\[\o piibliairut à l'oini dr petilt's brochures di' propauraiKh* i-ii fa\(Mir do leurs opinions. Pour donner une idée du slyle et des proeédés de «lisciission emplo\és, je reproduis à l'aiipeiidico l\ une rurieus<» tlisrussion rédi}?ée en fornio de catéchisme et intitulée : La grnndr question, on I^vs jnrcurs dcfniis hufjuenots. Il n'est pas impossible qnVIfc ait été rf>n!posée par les prêtres de Saint Sulpice.

7. Ednirnsncmeni sur Ui ennstHuthn rivUr <ln dcnjiK imr Kraiir^is «U» T*»rcv, prt^lre de la Doctrine clirélienîie, recteur du collè^n» de Sainl-Onier. Paris, 171JI. .'»(> p.

166 CE QUE LE PAPE VlHAtT VV CONCÉDEft

Louis \1V, aux lieuros do sa plus orgnoillouso prépnlonce. n'aNait jamais ponso (juc ses nomirialions pussent conférer à un prêtre les pouvoirs de lépiscopat. H pouvait investir du temporel ceux (pi'il désignait, mais là s'arrêtait son pouvoir, et, quand il voulut se passer de l'institution pour ceux (pi'il avait choisis, il dut user de ces misérables subterfuges auxquels Napoléon aura recours à son tour après sa rupture avec Pie Vil et cpii n'aboutiront qu'à faire des intrus.

Mais, objectaient les érudits de l'école p^allicane, le Pape n'instituait pas les évéques pendant les premiers siècles : saint Hilaire, saint Vubin, saint V\it, saint Vrnould, saint Lambert se sont passés de l'institution pontificale. O serait à établir autrement (pi'a\ec des textes douteux ou mal interprétés t. Et, en admettant (pie cela le fut, il y aurait à savoir si, vu la difficulté des communications, le Pape ne donnait pas alors délégation à certains é\éques pour en instituer d'autres dans les rét^ions loiïitaines ; c'est ce qui se passe encore aujourd'hui, malgré le télégraphe, pour (pieUpies vicariats apostoli(|ues, au moins en temps de persécution. Kt enfin, même si cet usage a\ait pu exister, dix siècles s'étaient écoulés dej)uis qu'il avait complètement dis- ])aru, et l'Église a\ait le droit de modifier sa discipline sur ce point, d'après les circonstances de temps et de lieux: et en tout cas elle a\ail une compétence moins

I. La nnuvcUf*constitnlion ritùle du rlrrgt^ juslifit^c contrr les évéqiifs ojfpnsés, on tableau des canons de l'IùjUne if ni l'autorisent^ avec des notes qui rappellent l'état primitif de l'Hylise de France (par M. Saillant, niors môdociri. puis <'n ly»»."», pn'iro coiislitntionnpl ot cun» tlo \ illinr** 1«»-Hrl). Paris. 179?, p. 17.

CE QIE LE PiPE AL'HAIT PI* CONCÉDEll H)7

«lisciilable en pareille matière, que rVssrmbloo Consti- Uidnte.

Si l'accord possible ne se fit pas, c'est précisément à cause de cette prétention des Constituants de légiférer f-n matière reli^euse ; les sophismes séduisants de Mirabeau nous montrent où était le principe d'incom- [Kitibilifé : discuter en vue d'un accord leur eût paru une faiblesse, c'était avouer qu'ils n'avaient pas de pouvoirs aussi absolus qu'ils le prétendaient, et que, quand il s'aj?it des Ames, ils n'en avaient aucun. Or, ils venaient <le bouleverser toutes les institutions du ()a>s. Finances, Justice, Armée, Administrations pro- \incialeset communales, la Royauté elle-même ; jusquelà, ils avaient été écoutés, applaudis, leur œuvre était pnK?laniée admirable, la soumission universelle traduisait à la fois la stupeur qu'inspirait tant d'audace "I la confiance que leur accordait la \ation désireuse «jp sortir à tout prix d'un régime délesté. Ceux qui n'avaient j>as voulu se soumettre avaient disparu et ^fiaient cux-mc^mes annihilés en passant à l'étranger. Ij' p<nivr)ir de l'Assemblée était écrit dans la loi, il '■'.lit ratifié par les faits... et rentétenient de ([uelques prêtres allait les obliger à cesser de légiférer pour se iiKlIre à négocier!

V Rome, cependant, on avait attendu, el, il faut l»ion le dire, on fut pris au dépourvu. Il y avait un nonce à Paris* Mgr Dugnani, et un audileur, Mgr Quarantolti* : il semble que leur perspicacité ait éternise •n défaut, car ils n'avertirent pas le Secrétaire d'Etat

1. 1m Chiesa ^ '<> Siaiu in Francia durante la Birolu:iont\ par Mct Giobbio. Roinr. 1905, p. 73.

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que les choses pronaionl une tournure tout aulre qiio celie qu'ils avaieiil prévue*. Leurs dépèclies ciloes par Theiner, sont rédigées avec conscience quand il s'agit des faits, mais ils n'avaient rien compris aux idées. ï^ Cardinal de Bernis, ambassadeur de France à Rome, présentait les pièces oflîciellcs dont il était chargé, mais le peu de sympathie qu'on lui connaissait poiir les idées nouvelles empêchait le gouvernement français de le tenir au courant de tout, comme c'était son devoir; et y eut-il été que son rcMe diplomatique ne lui eut pas permis d'user de tout ce qu'il savait ^. \ Rome, on comptait sur de longues et épineuses discussions : on se documentait pour être en mesure d'y faire face, peut- Hto avait-on déjà déterminé quelques points sur lesquels il y aurait à céder, tout en ne battant en retraite que pas à pas, suivant les formules Irîiditionnelles en pareil cas. Comme les généraux autrichiens, les diplomates pontificaux allaient être surpris par une lactique nouvelle de brusques attaques. Vno commission de cardinaux avait été spécialement chargée

I. Dorumetits inédits relatifs aux affaires de France^ publias par \o V. Augustin Theinor, t. I, p. iCt'i.

1. L'fïlstoirn dos négociations entre Paris rt Rome pomlanl l'aiiiiôo 1790, se tromo admirablement exposée par M. Vrvi\. Masson dans son ou\rage sur le cardinal de Hernis (chapitres \IV et W). On y voit d'abord combien fut conciliante l'attitude du Pape dans la question des Annales (pp. 'irto-Vif)). puis, (piand «i^ traita l'affaire des n*formes religieuses, on voit les manœuvre*! de M. de Monlniorin, ministre des Affaires étrangères, pour endormir la >igilance de la cour romain*'! et escamoter une discussion qu'il fallait éviter à tout prix, puisqti'U était évident qu'elle ne poux.iil cfinduire qu'à un conflit (pp. 'i77-.'i()oV Voir aussi les articles «Ir N. {). de I^gorce, parus dans le Correspondant des a5 auùl fl 10 septembre 1908.

CE QIE LE P\I»E Al lUIT PI CONCÉDER iOç)

d'examiner les afTaires de Fiance ^ et n'eiit-ollc pas servi à autre chose, elle fournissait aux négociateurs éventuels le prétexte facile pour obtenir des délais et prolonger les atermoiements.

Le 39 mars, une allocution consistoriale- était publiée, où le Pape manifestait à l'Rglise universelle ses inquiétudes tempérées par l'espoir que la crise aurait une issue favorable. Puis, par divers brefs adressés aux évéques, aux prêtres et communautés qui le consultaient'^, le Pape donnait des directions et des encouraj^ements ; il manifestait sa désapprobation à regard des projets de la Constituante, mais il s'abstenait d'intervenir otïîciellement, aiin de laisser au roi et h ses ministres leur liberté d'initiati>e, et de leur permettre de résoudre eux-mêmes les dillicultés de la situation.

Le Pape croyait sincèrement que Louis \Vï n'acropterait jamais la constitution civile; mal renseitjné snr le caractère de ce prince, il avait en sa piété, son attachement à l'figlise. une confiance que les é\énenionts allaient mal juslifior. Le Saint-Père comptait aussi sur l'épiscopat ; il le savait très opposé à tout boulexersement, et lui croyait assez d'autorité pour oiupécher le vote» de la loi. Dans cette conxiction, il

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