‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 5 sur 364 · LES COUVENTS I · texte numérisé non relu

LES COUVENTS I

avaient quelque autre fonction qu'ils pouvaient cumuler avec un service qui n*étâil pas très absorbant. Une charge au Parlement, une chaire de professeur, la direction des couvents de religieuses, donnaient un emploi à leur talent et à leur expérience ; c'était aussi une retraite fort appréciée pour les vétérans du service [laroissial qui trouvaient là, après de longues années do pénible iniïiistère, un repos honorablement rempli : M Otium cum dignitale ».

Les couvents,

La \illede Paris avait vu les fondations religieuses se multiplier au cours de son histoire. 11 est à peu près impossible d'en donner le nombre exact, car certains établissements ont échappé aux recherches des statisliciens.

Communautés k vœux solennels, à vœux simples, I>orpétuelsou temporaires, congrégations séculières où les \œux étaient remplacés par une simple promesse de stabilité, groupements de tertiaires portant l'habit ou de Dames menant la vie religieuse sous le costume séculier, formaient toute ime gamme d'Instituts dont quelques-uns n'étaient composés que de quelques membres.

La règlesuivie variait d'une maison à l'autre, comme elle avait varié déjà d'un siècle à l'autre. Que ce fut celle de saint Benoît ou celle de saint Augustin, celte règle se pliait avec souplesse à toutes les rigueurs et à toutes les mitigations : qu'il nous sulTise de faire remarquer qu'eu 1789, les religieuses les ()lus riches

aO LES COUVENTS

(et de beaucoup), aussi bien que les religieuses les plus pauvres appartenaient à la famille franciscaine. Le revenu annuel du cou>ent de ÏAve Maria était de i8o livres par sœur; et chacune des clarisses de Longchanip disposait de plus de 3.ooo livres ; ce qui en ferait <) h 7.000 de noire temps.

('/est au xvii" siècle et plus parliculièrcment sous \p règne de Louis \lli que se sont multipliés les couvents parisiens. Il ne serait pas diUicile de déterminer les causes d'ordre historique et religieux de cette floraison monastique ; contentons-nous de constater le fait, que rendra plus tangible le tableau (Vppendico I) dans lequel j'ai essayé de grouper par ordre chronologique les maisons religieuses d'hommes et de femmes. Les dates des premières fondations sont» il est vrai, bien incertaines, car les documents authentiques sont peu nombreux et peu explicites. De plus, tel monastère a été occupé successivement par plusieurs familles religieuses ; telle abbaye a vu se succéder les observances les plus diverses : les Viclorins de 1790 n'étaient que les héritiers fort indirects des traditions de science et de sainteté des grands moines du xui* siècle, et les chanoines venus du Val des Ecoliers sur la montagne Sainte-Geneviève n'étaient que les continua leui'is accidentels d'une œuvre qu'ils avaient su adapter à leur vocation mais non sans lui laire |>erdrc quelque chosr de sa forme première. En consultant le second tableau (Appendice II) que j'ai dressé des maisons religieuses groujMîes d'après l'ordre topographitpie, on se rendra comple de la manière dont s'est opérée la difl'usion des couvents parisiens. Fondés d'abord au centre de In

LES COrVENTS ai

\iUe, iis coniniencent à la fin du xvr siècle à se réjianctre dans le voisinage du château du Louvre, l^s (^pucins, les Feuillants, les Dominicains construisent me Saint- Honoré leurs immenses maisons ; les Hau- (IrieUes de la rue Saint-Denis se transporteront bientôt clans le ni<*mo quartier où se fonderont aussi les deux monastères des C.apucines et des Franciscaines de la Conception ; plus tard, du quartier de l'Arsenal et de la paroisse Saint-Paul, les fondations débordent sur le faubourg Saint-Antoine où la Révolution trouva une douzaine de couvents de femmes. Mais ce fut surtout le faubourg Saint-Germain qui, vers la fin du xvu" siècle, offrit ses vastes espaces inhabités pour l'acquisition de grands terrains, au milieu desquels se bâtissaient de nouveaux couvents.

Quelle fut la destinée de toutes ces fondations? \ucune n'a traversé la période révolutionnaire sans quelque grave préjudice ; beaucoup ont disparu, soit qu'elles aient été démolies et remplacées par des rues ou par des places, soit qu'elles aient été affectées k quelque destination nouvelle que n'avaient pas prévue les fondateurs. Dans les églises et les couvents on a placé des hôpitaux, des casernes, des prisons, des manufactures. On a joué des comédies et des drames clans des sanctuaires profanés et l'abside d'une chapelle a permis à un limonadier de baptiser son étal)lissement <« (]afé de la Rotonde ». J'ai essayé dans le même tableau de déterminer la destinée actuelle des anriens c^>uvents de Paris (Appendice 11) ou tout au moins d'indiquer leur ancien emplacement.

La lecture de ces notes fera voir combien peu de ces

éUiblissomenls ont survccu ; ce que la fureur révolutionnaire avait épargné a disparu plus lard dans des opérations de viabilité conduites par des hommes auxquels le sentiment relifj^ieux était aussi étranger que celui de reslhétique. Il ne restait plus grand'cliose l\ faire quand fut exécutée la loi de spoliation ^

Le clergé.

Maintenant que nous avons pris une connaissance sommaire des édifices religieux de Paris, il nous reste à aborder l'élude du personnel ecclésiastique : il nous fjiut chercher quelle était la composition du clergé, son recrutement, ses •conditions d'existence, en un mot nous aurons à prendre contact avec ces prélres dont nous aurons h suivre l'histoire au cours de la Révolution.

Pour ce qui concerne le clergé régulier, nous sommes exactement renseignés par des documents authentiques 2. Vois le milieu de 1790, il y avait à Paris

I. Au cours des années 1906, 1907 ci 1908, nous avons vu dis paraître l'élablisseniont des Dominicaines de la Croix, rue de Charonne, l'Abbaye-aux-Bois, la maison de Sainl-Thomas-de-VillenruVe et, l'ancien monastère de la VisitaUon, rue Saint-Jacques, occupé par les Dames de Saint-Michel. La démolition du Carnicl de la rue Denferl-Ilochereau a commencé, et une rue est déjà percée au milieu du jardin des relij?ieuses. Je ne parle ici que des cou\enls remontant au wiu' siècle, et la liste serait trop longrue si je devais > ajouter les édilices modernes qui ont disparu depuis quehpies années, et ceux qui ont perdu leur destination relijfieuse.

a. F^e plus connu et le plus souvent utilisé de ces documents est aux Archives -Nationales (Qa, 117); les papiers du Comité ecclésiastique de la Constituante (D. XIX) et les déclarations faites

l.ES REUr.IElX

i!i religieux, appartenant à ai familles religieuses, tparlisenlrc 38 couvents *. Sur ces 931 religieux, 696 hiont prrlres ; il y avait 7/1 clercs ou étudiants et in frères convers. Les plus riches étaient les Bénéiirlins, les Malhurîns et les Minimes; les plus noni- 1 r.\i\ el les plus zélés étaient les Capucins, qui. en '"!> maisons, réunissaient 109 Pères et Frères. Dans ce c/uiipte n'entrent pas les membres des con-

Mitn* janvier et mars 179" (^^«^n'* S), conlionnonl aussi beaucoup ;. riMi-irijmoinonU in t<' rossants qui pormotlonl do conlrrMor rpu\ Vaxiriinonl craulrrs sources.

I Chanoincîi rég-wt»**^^ ^^^ Saint- Maisons. Religieux. Prêtres.

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f" Il compris les B^'nédictins do Saint-Denis, los Minimes deCliaili"t. Ic-i l*icpn<i«iionA de Courbevoîe, les Bamabites do i>assy, etc.

a/{ LE CLEnOÉ

gjTgalioiii» quî« no Taisant pas de vœux soleiinHK. n étaient pas reconnui^ comme religieux au sens strict du mot, et qui, à ce titre, seront pro\isoi renient exceptés de la loi qui supprimera les maisons religieuses ; ils ne seront sacrifiés que dans le c^iurant de l'année 1793. C'étaient les Sulpiciens. les Kudistes, lesOraloriens, les Prêtres du Saint-Esprit et les Doctrinaires ou Pérès de la Doctrine Chrétienne, qu'il ne faut pas confondre, connue on le fait souvent, avec les Frères des Ecoles Chrétiennes.

Quant au clergé séculier, la première question h étudier est celle de son importanc^î numériqu^^., mais elle est fort diflîcile à résoudre ; je crois même qu'avec le peu de documents dont nous disposons, il est iuiix»ssible de fixer autrement que par approximation le nombre des prêtres qui étaient employés dans le diocèse, soit dans les paroisses, soit dans les autres postes comportant la charge des âmes.

Vujourd'hui qu'il y a dans les Ordos un tableau des curés, des vicaires, aumôniers, prêtres en congé et en retraite, il ne faudrait pas croire que ces listes soient absolument complètes, et que seuls travaillent dans un diocèse les ecch^sia s tiques catalogués dans la brochure officielle : sous des qualifications diverses, un certain nombre dVm>riers évangéiiques sont attachés à nos églises sans que leurs noms soient inscrits au « Bref », ce qui ne les empêche pas de faire souvent de la très bonne et très utile besogne.

Vvant la Révolution, il en était a peu près de même, avec cette différence:» que ce qui est aujourd'liui l'e\-

LE CLEhOÛ 30

œpUoii était alors la repaie. L'administrai ûm ecclésiastique était beaucoup moins centralisée que de nos jours, et les curés jouissaient d'une liberté d'action qui nous parait extraordinairement lar^e. En elTet, le prêtre à qui était c*)niiée la direction d'une paroisse était tenu d'assurer l'organisation des services paroissiaux, mais il restait maître du choix des moyens pour arriver à ce résultat : aucune règle ne lui était imposée pfHir le nombre et le choix de ses coopéraleurs. c'était à lui d'a\iserau\ moyens, et cela sous sa responsabilité [lersonnelle.

Les prêtres attachés aux paroisses vivaient le plus souvent en communauté, sous le c/)n trcMe du curé, et tous les habitants d'une communauté paroissiale n'étaient pas nécessairement vicaires de la paroisse: iieauconp d'ecclésiastiques, ayant besoin de faire à Paris un séjour prolongé, soit pour leurs études, soit |Kiur leurs affaires, trouvaient dans les maisons paroissiales une hospitalité fraternelle, dans des conditions de prix en rapport avec leur bourse, et ilséchap- |)aient ainsi aux dangers de la promiscuité dos auberges. Il leur suffisait de s'assurer de l'agrément d'un curé pour être admis dans sa communauté ; on ne leur demandait que de justifier de l'autorisation de révoque de qui ils dépendaient, leur accordant la permission de se rendre à Paris et d'y séjourner. Ainsi, dans certaines communautés où le curé était de relations faciles, où l'ordinaire passait pour ôtre soigné, et où la pension n'était pas trop chère, la maison se remplissait et il n'y avait pas de mansarde qui ne fût occupée.

Tel venait prendre ses grades Ihéologiqiies. tel autre était professeur dans un établissement d'instruction, ou avait à diriger une éducation particulière ; un autre avait à suivre un procès, et on ne s'imagine pas ce que le régime des bénéfices amenait de procès, toujours interminables.

Parmi les holes des communautés paroissiales, il se trouvait un certain nombre de jeunes prêtres, qui, désireux de s'initier aux travaux du ministère, venaient sous la direction de quelque curé renommé pour son savoir, ses vertus et sa longue expérience ; après un séjour plus ou moins prolongé, ils retournaient dans leur diocèse; ils avaient acquis dans un laborieux apprentissage les connaissances pratiques les mettant à même de remplir dans leur pays un poste de curé ou de vicaire général. On a même remarqué que plusieurs des évéques du xmu* siècle, ceux-là qui ont fait preuve d'un grand zèle apostolique, s'étaient formés à Paris, et avaient consacré aux pauvres de la capitale les prémices de leur sacerdoce.

Knfin, il faut le dire, les communautés paroissiales recevaient des prêtres ayant quitté leur province parce qu'ils n'avaient pas su s'y faire conserver ; soit que des divergences doctrinales les eussent fait mal noter de leurs supérieurs, soit que des conflits par trop retentissants eussent rendu leur éloignement désirable, soit que des ambitions déçues les eussent jetés dans le découragement, et décidés h se dépayser ; soit que leurs imprudences les eussent impliqués dans quelque scandale, ils arrivaient, tristes épaves, pour se cacher dans la grande ville, et trouver le moyen de ne pas mourir

de faim. GVst parmi ces aigris, ces mécontents et ces révoltés que la Révolution recrutera ses plus chauds partisans: cVst chez eux que les défaillances seront les plus nombreuses à l'heure de la crise.

l'ne fois admis par un curé, un prêtre avait seulement le droit de dire la messe, pourvu qu'il se conformât aux règlements diocésains sur la vie et le costume ecclésiastiques: mais il n'avait à ce titre, aucun pouvoir pour l'exercice du saint ministère. S'il désirait confesser, prêcher, administrer les sacrements, il de vait se faire « approuver », pour cela il fallait s'adresser à l'archevêché, produire des certificats autrement explicites que le simple « exeat », au moyen duquel il s'était fait accepter par son curé, justifier par diplômes, lettres testimoniales, et au besoin par un examen, de ses aptitudes, et alors seulement il recevait une feuille de pouvoirs ; et encore ces pouvoirs n'étaient-ils que temporaires et souvent limités. Plus tard, après qu'il avait fait ses preuves et donné la mesure de ses talents, le prêtre approuvé voyait étendre et prolonger ses pouvoirs, et enfin, quand le curé était définitivement ii\i\ et que venait à vaquer un emploi de vicaire, il pouvait demander pour son collaborateur cet avancement qui l'attfichait ofiiciellement à la paroisse et lui assurait un traitement Ïï\q, alors que les prêtres habitués ne pouvaient compter que sur leur casuel, d'ailleurs assez large pour leur permettre de vivre à l'abri de la gène. 11 y avait deux vicaires seulement par paroisse, parfois un seul, rarement trois. Les vicaires étaient les suppléants autorisées du curé, el c'est parmi eux que se recrutaient les curés. En 1791,

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il Y avait à Paris 38 premiers et 3'* seccmcls vicaii-es.

Mais les prêtres attachés à une c<)inmunauté paroissiale ne demandaient pas tous des pouvoirs : les uns avaient leur temps rempli par d'autres fonctions ; quelques-uns ne se sentaient pas les capacilc's nécessaires, ou redoutaienl un refus. Pour C4îux-là, surtout quand ils étaient pauvres, et incapables de payer t<»ut ou partie de la pension, le curé disposait d'emplois qu'il pouvait leur confier sans l'agrément de l'autorité diocésaine, parce qu'ils ne comportaient pas la charge d'âmes. Ils faisaient la classe aux enfants de chœur, s'ocxupaient du matériel, disaient des messes tardives, faisaient diacre et sous-diacre au\ grand'messes, beaucoup plus fréquentes alors que maintenant, portaient la chape dans les processions ou chantaient au chœur; ils allaient veiller auprès des morts, ce qui était un usage très répandu à cette époque, mais à peu prés incompatible avec le ministère actif. Nous voyons par là comment une paroisse importante pouvait employer une dizaine de prêtres exerçant des fonctions qui n'exigeaient pas des pouvoirs donnés par l'Ordinaire. Mais dans quelle mesure est-il permis de dire que ces ecclésiastiques faisaient partie du clergé de Paris?

Ce que je viens de dire va nous permettre d'étudier et de comprendre deux documents fort importants, mais dont la signification n'a pas toujours été entendue comme il convient.

Le premier de ces documents est la liste des ecclésiastiques qui prirent part, en 1789, aux élections préliminaires des députés du clergé de Paris, le second

pst ta liste des prêtres qui prêtèrent le serment en 1791.

Aux termes du règlement du 34 janvier 1789, l'élcction des députés du clergé se faisait par scrutin à deux de^s. Étaient électeurs de droit tous les bénéficiers possédant un titre individuel : les éveques, prieurs, abbés et curés. L'assimilation des curés aux autres bénéficiers devait introdliire dans le corps électoral une majorité énorme de curés: nous aurons à dire ce qui en résulta.

Les communautés régulières d'hommes et de femmes ne nommaient qu'un seul fondé de pouvoirs ; les cha- |)ilres séculiers élisaient un délégué par dix capitulants. Le clergé séculier réuni sous la présidence du curé, nommait un électeur du second degré, par vingt volants et par chaque fraction au-dessous de vingl. C'est ainsi que le clergé des pmroisses de IViris désigna S6 électeurs. Nous n'avons pas tous les procès-verbaux, et parmi ceux qui sont conservés, il en est qui ne contiennent que des indications très sommaires. Nous sa- >ons cependant de combien de membres étaient composées la plupart de ces assemblées : 26 votants à Saint-Merry ; — 36 à Saint-Germain-l'Auxerrois ; — 36 à Saint-Gervais. — 62 à Saint-Nicolas-du-Chardonnet ; — 7a à Saiut-Eustache et à Saint-Benoit ; — 85 à Saint- Hoch; — 173 à Saint-Etienne-du-Mont. (Appendice 111).

Ce nombre considérable de volants a Sainl-Ktienne- (iu-\lont et dans les autres églises de la Vlontagne- Sainle-Geneviève, s'explique par la présence des professeurs des différents collèges, et aussi de ceux de leurs élèves qui volaient ; il suiTisail en elTet pour élre électeur du premier degré, d'être Fran<;ais, âgé de

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30 ans, et constitué dans les ordres sacrés. Le règlement royal avait refusé aux Universités le droit d'élire directement leurs représentants : les universitaires devaient donc se réunir au clergé des paroisses. .Nous verrons qu'ils profiteront de leur nombre pour p)eser sur le résultat définitif, et faire passer l'un des leurs dans la représentation du diocèse aux Etats-Généraux. Si donc Saint-Etiennc-du-Mont , Saint-Nicolas-du- (^hardonnet, Saint-Côme et Saint-Benoît donnent un aussi grand nombre de votants, cela ne nous permet pas de conclure que le clergé attaché à ces paroisses fût, à beaucoup près, aussi important.

11 n'en est pas de même à Saint-Roch, par exemple, ou à Saint-Euslache. Dans cette dernière église le procès-verbal qui contient les noms des \otants distingue soigneusement les membres de la communauté de ceux qui n'en font pas partie : sur 71 votants 16 sont étrangers au ministère paroissial ; on y trou\e M. Maillet, \ice-pr()moteur diocésain, qui habitait rue des Filles-Saint-Thomas, des anciens vicaires généraux, des prieurs, un chanoine de Tout, un avoait au Parlement... au contraire 55 prêtres sont marqués comme faisant partie de la communauté, mais nous venons de voir que, membres des communautés, ils pouvaient être absolument en dehors du service paroissial.

En supposant donc que les assemblées tenues sous la présidence des curés aient réuni de i:j à i3oo volants (et c'est à ce chilfre qu'on arrive en dépouillant successivement tous les procès-verbaux que nous possédons, et en attribuant la même proportion 11 ceux

LE CLERGE 3l

que nous n'avons pas), il n'est pas permis de tirer de là une indication précise rolalivomont au nombre de prêtres appartenant elFectivement au cierge des paroisses parisiennes.

Le second document que nous avons à discuter est la liste des pre Ires ayant prêté ou refusé le serment constitutionnel en 1791. C'est une pièce d'une iniporlauce considérable, qui a été imprimée plusieurs fois, discutée avec passion par les contemporains, et qui, uialgré de nombreuses inexactitudes, est pleine de renseignements précieux. Nous aurons souvent l'occasion de nous y reporter par la suite.

Cette liste contient im millier de noms. Y figurent non seulement ceux à qui la loi demandait de se prononcer sur la question du serment, mais beaucoup de jurrnrs bénévoles, des religieux, par exemple, qui n'avaient pas à prêter le serment, et qui ont tenu à se faire remarquer. Parmi les ecclésiastiques a ttacbés aux panjisses, ceux-là seuls étaient tenus au serment, qui remplissaient réellement les fonctions de leur ordre, et cependant, on lit sur la liste le nom de prêtres sans pouvoirs qui, parleur adbésion spontanée à la Constitution, cherchaient à attirer l'attention sur eux et posaient ainsi de loin leur candidature aux emplois que les refus de serment allaient rendre vacants. Pour retle raison, la liste en questionne saurait nous renseif:ner d'une façon absolue, et nous ne pouvons en tirer que des conclusions approximatives. Sur 1.000 noms ou environ, il y en a 700 qui se rapportent aux clergés ))aroissiaux et sur ces 700 noms, il n'} en a que 54'i

qui concemenl les prêtres munis de pouvoirs plus ou moins étendus. Mais nous n'avons pas à nous hâter de conclure que le clergé paroissial de 1789 ne s'élevait pas au-dessus de 5^4 individus.

^otons d'abord que la liste des assermentés et des insermentés a été dressée en 1791 ; or, a cette époque, le jjersonnel de nos églises commençait à se dégarnir, (yélait à la fin de 1789 que M. de Juigné, archevêque de Paris, avait demandé ses passe- port s et était sorti de France ; nous devons bien admettre qu'iln'était pas parti seul et que son exemple avait eu des imitateurs. Mais si le courant d'émigration à l'étranger n'était pas encore prononcé, il n'en était pas de même de l'émigration de Paris en province. Les étudiants n'étaient rcnjlrés qu'en petit nombre en octobre 1790 : des précepteurs et des aumôniers avaient suivi les familles auxquelles ils étaient attachés par leur fonction ; enfin tous ceux qu'une nécessité ne retenait pas à Paris s'étaient retirés en grand nombre dans leur pajs [X)ur voir >cnir de là les éxènements. D'où une notable réduction dans le personnel des communautés paroissiales. Ce qui compensait en partie cette diminution, c'était l'arrivée de prêtres provinciaux aux idées avancées, et aux ambitions en éveil ; ils tenaient à se trouver à bonne i>ortée pour le jour où une nouvelle répartition des dignités cl des prébendes leur permettrait de tirer parti du nouvel état de choses.

Malgré tout, la comparaison des listes de 1789 et de 1791 est fort instructive; nous constatons la désertion du quartier de la Montagne-Sainte-Geneviève; Saint- Benoit tombe de 7* prêtres à âa, Sainl-Eticnne-du-

Mont de 173 a ai ; — quelques-uns de ceux qui avaient lijruré dans les assemblées de 1789 se retrouvent c^fjendant dans la catégorie des aumôniers d'hôpitaux <Mi de couvents, mais l'exode des étudiants et d'une partie de leurs maîtres est manifeste.

Sur l'autre rive de la Seine la diminution apparaît nissi, mais moins sensible ; Saint-Rocb passe de 85 » •M) : — Sainl-Gcr>ais de 30 à 'ii ; — Sainl-Kustache de 71 à 55. 11 reste cependant dans chaque église un perxïiinel qui surpasse de beaucoup celui que nous Nïinmes acc^mlumés à y trouver de nos jours.

Si dtmc nous nous décidons a donner un chiflre approximatif du clergé paroissial de la \ille de Paris en 1789, il semble que ce chitï're ne doit pas cire éloiîrné de Goo.

Mais le clergé paroissial n'était qu'une partie du clergé diocésain. Je laisse de coté les vicaires généraux <'t les chanoines, puisque la nouvelle organisation les a supprimés, et qu'ils ont disparu, en tant que corps, au moment où commence notre histoire. Mais il y avait l«*s aumôniers qui continueront à être regardés comme fonctionnaires ecclésiastiques aussi longtemps quo dureront les établissements aux(iuels ils étaient attarhés. On en trouvait dans les communautés religieuses, dans les hôpitaux et hospices, dans les prisons et autres établissements publics. Quant aux chapelains de confréries et de cor|K)ra lions, ils se trouvent rattachés au clergé paroissial, parce (pie leur ministère se trouvait placé sous le contrôle des curés dans les paroisses deMpielles ces cor|K)ralions et confréries avaient leur siège.

Nous savons déjà qu'il y avait à Paris 70 comninnautés de femmes ; lors des élections de 1789, il n'y en eut que 3o qui curent à désigner un fondé de pouvoirs, car seules étaient appelées à jouir de cedroit celles qui étaient considérées comme des bénéfices ecclésiastiques. Beaucoup do maisons religieuses et non des moins importantes ne se trouvaient pas dans les conditions prévues par la loi, et n'eurent pas à se faire représenter. D'autre part, il y avait dans beaucoup de paroisses de petites communautés enseignantes ou hospitalières, faisant des vœux simples, ou même n'en faisant pas du tout, qui relevaient au spirituel et an temporel de leur curé et supérieur, et n'avaient d'autre aumônier que le curé lui-môme ou l'ecclésiastique désigné par le curé parmi les membres de sa communauté paroissiale. Mais, par contre, certaines communautés qui avaient dos élèves ou des dames pensionnaires, avaient plusieurs prêtres pour le service spirituel de la maison, la célébration des messes, la prédiailion, l'instruction des élèves : il n'est donc pas exagéré d'évaluer à i5o le nombre de cette catégorie de prêtres séculiers.

A la Bastille, il y avait quatre aumôniers ; il est vrai que l'un d'eux était plus ou moins en retraite et qu'un autre cumulait ses fonctions avec un vicariat K On peut en conclure qu'il n'y avait jamais moins de deuv aumôniers pour chaque prison. A la Salpétrière, qui était une petite ville, il y avait 28 prêtres employés - :

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