‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 64 sur 364 · GOBEL, ÉVÊQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

GOBEL, ÉVÊQUE DE PARIS

ayant passé par les formalités prévues par la loi, formalités qu'abréo^ea singuliércmonl l'indulgence des magistrats, put recevoir l'investiture le ';î4 mars et, le 3o, il prit possession de Notre-Dame ^ Une fois installé, il était sufïîsamment qualifié pour conférer l'épiscopal aux assermentés, et, en elTet, il en sacra 47» entre le 37 février et le 29 mai. C'était plus de la moitié qui allaient recevoir par cette voie suspecte la plénitude du sacerdoce que beaucoup devaient ignominieusement profaner.

Dans le discours que Gobel adressa au peuple le jour de sa prise de possession, il ne cachait pas son orgueilleuse satisfaction. C'était en effet chose surprenante que de voir le fils d'un petit bourgeois alsacien s'asseoir sur le premier siège de France... Kt puis, nudjgré les réductions opérées sur les traitements, la place valait encore ôo.ooo livres de rente, ce qui n'était pas à mépriser, pour un homme que traquaient ses créanciers.

Aussitôt en possession. (Jobel eut i\ désigner les seize vicaires ([ui devaient administrer sous ses ordres la paroisse métropolitaine, et prendre j)lace, avec voix délibérative, dans le conseil diocésain.

Les deux premiers vicaires furent deux curés de

I . La premiôre lettre pastorale de (îobel est datée du 21 avril 1791 ; il y plaide sa cause,. et entreprend d'établir la léj^itimité de sa mission (cette lettre a été publiée a\ec réflexions, dans les Nouvelles ercU'slastiques des 38 juin et 5 juiUet). Gobel publia une seconde lettre le 18 septembre pour ordoiuier un Te Deam en action de grâces de la conclusion dii^ travaux de l'Assemblée Nationale et de racceptalion faite par le mi de l'acte constitutionnel.

GOBEL. EVÊQUE DE PARIS 3 I i)

paroisses supprimées dans la Cité K M. Dcnoux, do Sainte-Madoloine, avait été chargé de desservir provisoirement réglise depuis le licenciement des chanoines ; c'était un homme assez nul et as3ez vain, défauts qui marchent souvent enseml)le ; il faisait sonner très haut son douhle tilre de vicaire général d' \jaccio et de prolonotaire apostolique. Cela ne l'empêcha pasd'aposlasier en 1793, de se marier à Go ans, et d'abandonner scandaleusement son état, au point de se faire répudier par les constitutionnels eux-mêmes. Réconcilié en 180ÎI, il ne paraît pas avoir compris toute la gravité de sa faille, car, en iSof), il adresse à la Direction des Cultes un mémoire où il réclame en termes comminatoires une pension sur le produit des chaises, comme s'il avait conservé quelques droits, après avoir oublié tous ses devoirs! On lui accorda un petit secours : plus que septuagénaire, inlirme, il n'eut pas longtemps à tendre la main. On ignore la date exacte de sa mort 2.

Le second des vicaires de Gobel eut une destinée toute différente : ancien curé de Saint- Landry, il a>ait été élu à la paroisse de Saint-Séverin qu'occupait M. de Blémur, insermenté ; par un scrupule de conscience,

1. MM. Denoux et Girard élaioiil nommés de droit en \erln de l'arlicle 33 du titre 11 de la constilulion civile, etdorarlicle i"dii décret des 18/23 octobre 1790, réglant le sort d<îs curés dans les paroisses qui devaient être unies aux églises cathédrales ((iuichard, op. cit., sect. II, 169).

2. Arch. \al., F>" 887 ; acte d'apostasie de M. Oenoux. — AF IV, 1898, sa demande d'absolution adressée au cardinal (^aprara; marié en floréal an V, il dit avoir divorcé au bout de quatre mois. - Sa dernière demande de secours e-^l du 5 \en<lé niiaire an \IV (■Î7 septembre i8o5).

5lf<i noBEL, ÉvftQtÉ DE P\Mn

il n'ftccopta pas ce poste, mais ne vit aiirtm inconvénient il devenir vicaire épiscopal. Ce ne fut d'nillours qu'un cnnslitulionnel tiède.

I.ors de la Terreur, M. Girard se sépara de Gobel, et, au lieu de s'associer a son apostasie, il se rétracta dès 1795. Il disait la messe dans sa propre maison» ancien presbytère de Saint-Landry, où les insermentés se réunissaient pour leurs assemblées; il semble m^nie que sa chapelle ait été utilisée par M. de Maillé, pour les ordinations qui se faisaient secréletnent. En 1802, M. Girard fut nommé chanoine de Notre-Dame : il y remplit les fonctions de pénitencier, et en mourant fofulrt pour rKuipereur une messe hebdomadaire qui a été célébré jusqtt'a ces derniers temps.

Les quatorze autres vicaires étalent des indixidiis sans aucune notoriété : un d'eux, Priqueler, était le neveu de Gobel ; un autre, Voisard, était un ancien vicaire fîénéral de BAle* ; ils étaient venus se faire pousser par Gol)el : il les poussa jusqu'à l'apostasie . L'abbé Lothrin^^er était un compatriote de Gobel et son ami ; il devait être le confident de son repentir et le tétnoln de sa rétractation 2.

Le séminaire fut confié aux Oratoriens assermentés qui avaient dirigé jtis(iue-là le séminaire de Saint Ma- ^loire Outjourd'hui les Sourds-Muets)'^; ils s associèrent un jeune confrère, le P. Daunou, qui les quitta bien-

Page 1