‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 68 sur 364 · Ibid.. iG f<''vric»r lyyi · texte numérisé non relu

Ibid.. iG f<''vric»r lyyi

'1. !bid., 3 avril i7«)i.

'». !hid., 1^1 mars i7«ji.

32 2 LES RETRACTATIONS

prêtres constitutionnels de Paris étaient des religieux. En première ligne, les Franciscains, Cordeliers, Capucins et Tertiaires de Picpus y sont une trentaine, .puis i/i Bénédictins, 12 Dominicains, 7 Augustins, etc.

(îobel lil, dés 1791, plusieurs ordinations, surtout de sujets provenant des c(minuuiaulés religieuses ; un 1res petit nombre de jeunes prêtres se trouvent employés dans les églises à la iîn de Tannée ; ce furent do tristes sujets, presque tous iront sans sourciller jusqu'à l'apostasie, et les autres, même rétractés, même repentants, seront par la suite une source d'embarras pour leurs évêques, à cause de leur absence de savoir, de formation et, trop souvent, de moralité.

11 restait environ 120 postes à remplir : le clergé de province n'envoya probablement pas ce qu'il avait de meilleur ; et la suite montra pourquoi leurs évêques respectifs n'avaient rien fait pour les retenir dans leurs diocèses.

Dans la moitié environ des paroisses, le personnel ne fut pas complètement à organiser, et l'ancien clergé arriva à se suffire. A Saint-Eustache, on n'eut à remplacer que le premier vicaire, M. de Laleu. qui refusa le serment et ne reparut qu'en 1795 ; les 24 prêtres qui composaient le clergé olïîciellement reconnu et rétribué, furent tous pris dans l'ancien personnel, et, dans cette paroisse, il y a à constater un fait peut-être unique : c'est que ce clergé traversa toute la Révolution sans perdre son homogénéité. Ensemble ils avaient juré, ensemble ils subirent la persécution, ensemble ils se rétractèrent, el. au Concordat, malgré les vides faits par la mort et par de rares défections, ils pouvaient fournir les élé-

LES PliEMlÈRES DIFFICULTÉS 'A'i^

nicnls du nouveau clergé groupé autour du curé nommé par Mgr de Belloy ^

Dans d'aulros paroisses comme Sainl-Séverin, Sainl- Uooli, Sainl-Sulpice ou Saint- Vndré-dcs-Arcs, il fallut au contraire retrouver du monde pour occuper tous les postes, et ce recrutement donna l'assemblage le plus hétéroclite qu'on ])uisse imaginer : des séculiers, \enant de paroisses supprimées, des vicaires de la banlieue, des professeurs congédiés, des chanoines de province, puis des religieux de toute règle et de toute observance formaient un arc-en-ciel, mais non l'arc-enciel précurseur de la paix. Divers par leur origine, leur passé et leurs vues sur l'avenir, ils ne pouvaient s'enle!idrc longtemps et on s'habitua bien vile au bruit de leurs querelles. Les paroisses nouvelles ne furent pas mieux partagées : à Saint-(iermain-des-Prés, quelques Bénédictins, inscrits dans le clergé de la j>aroisse, oubliaient qu'ils n'étaient plus les maîtres de l'église, et M. Roussineau, le nouveau curé, avait à le leur rappeler. Ce n'est pas ainsi que les constitutionnels allaient triompher des pré\entions qui commençaient à se dessiner conire eu\, et le moyen n'était pas approprié pour gagner la confiance de leur peuple.

Les premières difjic ailes.

Li question religieuse n'avait pas été réglée aussi facilement (pie l'avaient pensé les Constituants. Chaque fois que l'Ktat cntrepreud de légiférer en matière

I. Soulif, Hi'vu.' des riuesliuns hisluriques, juillet el octobre lyoS.

22li LES PAEUlÈnES DIFFICULTES

ecclésiastique, il le fait avec une Inurdeur qu'excuiic son incompétence. En 1791, legou>erneuienl fut tirs désorienté quand il vit que sa constitution civile donnait tout autre cliosc que ce qu'il en avait attendu. Pour la preiuière fois, en elfet, il rencontrait de la résistance ; c'est que jusque-là il n'avait à léser que des intérêts, et que maintenant il se trouvait en face de convictions. Les réformes fiscale, parlementaire, administrative, avaient été acceptées sans trop de peine ; les Parlements eux-mêmes qui avaient opposé une résistance si persévérante à l'ancienne monarchie, s'étaient dissous, évaporés au premier geste menaçant. Kl c'était du coté des prêtres qu'on sentait une volonté arrêtée de ne pas subir des prétentions vexatoires cl cette volonté était d'autant plus diflicile à vaincre qu'elle prenait son point d'appui sur les pj-incipes de liberté au nom desquels s'était faite la Uévolution.

Il faut dire que si les prêtres insermentés rendaient la situation compliquée, les constitutionnels n'éUiient pas beaucoup plus faciles à mener : l'esprit de rév<^lte (|ui avait inspiré les meneurs, gagnait de proche en proche et se manifestait chaque jour d'une manière plus inquiétante : les auteurs de la Constitution étaient obligés d'avouer que ceux qu'ils avaient couverts de leur protection reconnaissaient bien mal leurs bonnes intentions et que le scandale se multipliait dans les rangs de ceux qui devaient, soi-disant, faire renaître dans leur pureté les mœurs de la primitive église.

Aucun exemple n'est plus significatif que celui de M. de Moy, curé de Saint-Laurent, ^c a Saint-Mihiel, il

LES PREMIÈRES DIFFIGILTÉS 335

appitrtenait à la noble famille des marquis de Moy ou de Moiiy do Sons^ ; sa mère était Gabrielle de Monllielliard de Francquemont et d'Apiemont. 11 avait été chanoine de Nancy et était devenu curé de Saint-Laurent on 1782, par la résignation en sa faveur de son frère aîné Louis-Joseph, qui avait obtenu Teniploi de Trésorier de la Sainte-Chapelle. Non seulement M. de Moy prêta serment, mais il entama une campagne de brochures contre l'église constitutionnelle et même nmtre toute religion. Prudhomme (dans le n" i35 de ses Révolutions de Paris), vante l'une de ces productions où il admire « l'indifFérence philosophique ». « Cet ouvrage est bien supérieur à la Religion Nationale d^ Claude Fauchet » ; l'auteur y demandait l'égalité des cultes, la suppression de la publicité, du costume orclésiastique. des fêles et des dimanches, qu'il réduit à deux par mois, des cloches, elc. C'est en développant do telles théories qu'il arriva à se iaire élire député suppléant à la Législative; il occupa à ptirlir du 17 avril le siège laissé vacant par la démission du général (Jou- >ion, et un mois après, il prononça l'étrange discours dout voici quelques extraits^ :

« La Nation a désorganisé le colosse ecclésiastique, (' cepentlanl... des débris de cette idole antique, nous « avons vu s'élever une statue nouvelle, qui prétend " aujourd'hui s'appuyer sur la ccmstitution, parce qu'elle '- a trouvé le secret de la faire réédifier sous le nom de

I. L'aclv de drcès (Sainl-CJ<Tmain-»'ii-Layi', 0 tlcîCeinbn» i8;i;<) (lorlp : Charles Aloxandre, romU" de V!oy ou de Moiiy de Sons. U «• f'îU'* par M. Viilanl. EIuiIch et Uxons sur Ui HtUutlntion, V stTio, i'«0-i3i.

3a6 LES PREMIÈRES DlFFïCLLTÉS

a clergé consli lu tionnel ; mais il est facile de prouver que « la base sur laquelle il repose n'est qu'un code régle- M mentaire, d'autant plus nécessaire à retrancher de « nos lois que la plupart des articles qu'il renferme « sont en contradiction avec la Constitution même, n « — En efiTet. la Constitution consacre la Liberté des u Cultes, et ce qu'on appelle la Constitution civile du <( clergé consacre un culte dominant dans l'Empire. La « constitution assure expressément aux citoyens le « droit de choisir ou d'élire les ministres de leur « culte, et la Constitution civile du clergé enlève ce u droit aux citoyens qui professent le culte catholique. « En un mot, toute cette constitution appelée ci\ile « forme un chapitre entier de lois hétérogènes ou « pour mieux dire inconstitutionnelles, enchâssées, on M ne sait trop pourquoi, dans le code de nos lois. — « Autrefois on poursuivait comme hérétique, au moins « comme schismalique, quiconque refusait de commu- « niquer avec le clergé romain ; aujourd'hui celui qui « refuse de reconnaître un prêtre constitutionnel est M suspecté d'incivisme et d'aristocratie. Ainsi, grâce à « la Constitution civile du clergé, c'est une sorte d'ex- « communication encourue aux yeux du peuple, du « moins en certaines localités, que de suivre son u opinion en fait de culte, conformément cependant u à la liberté que nous laisse la constitution de l'eni- « pire. * »

I. L'autour de co discours eut une carrière fort ajrîlc'e. Domihsionnaire i]c sa euro lo 5 août 1793,1! so maria et continua à publier des écrilii révolutionnaires, dont le dernier intitulé Des /f7« e^t do 1799. (Bibl. Nat., L* '- O39.) Après avoir été censeur du lycée de

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