‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 70 sur 364 · U'^S LE MARIAGE DES PRÊTRES · texte numérisé non relu

U'^S LE MARIAGE DES PRÊTRES

dit que roETicicr de Vétat-civil devait fecexoir k consenleiuenl des futurs époux, sans avoir le droit de leur opposer d'autres empêchements que ceux qui étaienl inscrits dans la loi. Or, parmi ces empêchements, ou avait volontairement omis d'inscrire celui qui résulte de la profession religieuse et de la réception des ordre.-^ sacrés.

Le célibat ecclésiastique était aboli par prétention. La loi s'obligeait à sanctionner le mariage des prêtres et il se trouva bientôt des prêtres constitutionnels qui entendirent profiter de cette liberté *.

Le premier prêtre parisien qui donna le scandale d'une union sacrilège, fut l'abbé Aubert, de Saiute-

I. Le 27 novembre 1789, Tabbo (^oiirnand (ou de Coumaiid)* chanoine d'Auxerre et professeur au coHèjre Royal, présenta à la section du PanUioon une motion en faveur du mariajre des jm*tres ; il fut vÎAement contredit par Tabbc Cliampagnc, diacre et professeur au collège Louis-le-Grand. Gournand se maria à V ersailles le 17 septembre i7(ji,et Cbamparrne, son contradicteur, en fit autant en 179/1. Tous deux demandèrent Tabsolutioii au cardinal Caprara en i8o'i ; ils étaient tous deux membres de riu>titut.

Le 3i mars 1790. Robespierre avait fait à la Constituante la proposition d'autoriser le mariage des prêtres; des murmures interrompirent l'orateur et l'Assemblée passa à l'ortlrc du jour. (lithjoUilions de Paris.) Le premier prêtre qui se soit marié n'est pa-* l'abbé Cournand, bien qu'il s'en soit vanté : ce fut Tabbi'* Viuchun. d' Vrcis-sur-Aube, qui se maria le 11 mai 1790, mais il dut le faire de\ant un notaire, parce que le mariage était encore légalem<.Mit un contrat religieux et qu'aucun prêtre n'accepta de prêter son niini^lèrc à cette cérémonie prohibée par la loi ecclésiasticiue. Il y eut à cette occasion un débat à l'Assemblée, et on imprima un mémoire de l'abbé Jallet, député du Poitou (imprimé chez Dii{)oul de .\emours, hôtel Rretonvilliers, île Saint-Louis^. Ce Jallei, élu é>éc|ue des I)eu\-St'\res, n'accepta pas et mourut peu de lemp< après.

LE MXRtAriE Î>ES T»IHvTRES -jag

Marguorilc. Quand M. Leniaii-e avait clé clu curé, eu 179!, il avait pris Aubert pour son preniior vicaire. Très attache à la Constitution civile, mais non moins pi'^nétré de la dignité de son sacerdoce, M. Lemaire apprit avec douleur la ivsolution prise par son vicaire d'éfjousor devant l'Eglise la fille d'\in clx3niste du fauiKmrg Saint-Antoine. La loi était formelle et le magistrat civil ne pouvait refuser de recevoir le consentement du pix^tre qui venait se marier, mais Aubert prétendait faire liénir par l'Eglise le mariage qu'il projetait. Vprès avoir inutilement essayé de le dissuader, Vf. LeniAîre fit défense à ses pr<^tres de pixWnler à une céivmonio qu'il condamnait. Malgré ces défenses, Aubert ftil marié à l'église par un de ses conft^éres, le pix^tresj^cristain IJernard.

Assistèrent à cette cérémonie sacrilègr. plusieurs ecclésiastiques, à la tète desquels figurait Baudin, Vwn des vicaires épiscopaux, secrétaire du conseil métropolitain de (îobeM.

Autant pour décharger sa conscience que pour donner satisfaction A l'indignation des paroissiens, le cun^ i^maire adressa à Gobel im mémoire qui fui signé par 2 2^ paroissiens mais, signe caractéristique, sur dix prôtres qui composaient alors le clergtî de Sainte- Marguerite, il n'y en eut que trois qui conseil tirent à mettre leur nom au bas de cette pièce. Quelques jours après, Bernard, qui a\ait marié Aubert se iit marier

I. Arch. Nat., K^ ^77.Vij. Osl le dossier des imitrsiiitcs intini- If'f's au ciirt; Lcmairr, pour avoir voulu s'oppostT au mariag:<î de M>n \icairt*; les pièces mentionnées plus loin sont extraites de ce dossier.

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par Viiherl dans l'église paroissiale; (îobol, saisi de la protestation du curé, promit de faire une enquôte el d'aviser. Pendant ce temps, Aubert, publiait un écrit apolo*?étique, où il essayait de prou\er (pfen se mariant il n'avait fait que s'inspirer de la discipline de la primitive Eglise. Les théologiens de son bord appuyèrent son témoignage par de lourdes dissertations où, de textes tronqués et de faits controuvés, ils concluaient à l'inexistence de la loi du célibat ecclésiaslicjue. De plus, des Ames sensibles commencèrent à déclamer contre ces prétresconlempteursdela Liberté, qui prétendaient empêcher un citoyen français de jouir d'un des droits que lui garantissait la loi^. Gobel, personnellement mis en cause, se garda bien de donner suite h cette affaire : Aubert el Bernard restèrent vicaires de Sainte-Marguerite. L'évéque, timide, ne devait sortir de sa réserve que l'année suivante, mais pas dans le sens qu'on aurait pu croire.

Vax effet, le curé de Saint- \ugustin (Nolre-Dame-d es- Victoires) étant mort au commencement de 1793, les électeurs imaginèrent de clioisir Aubert pour lui succéder. Tout le monde s'attendait à voir (îobel refuser l'institution canonique à ce prêtre marié. L'agitiition reprit : les clubs, (pii détenaient alors la meilleure partie de la puissance pubMcjne. crièrent à l'intolérance, et volèrent des motions violentes, annonçant que le ma-

I. Disroiirs dr ralibr Aubert, prcmirr vimirc de Sainte Marguerite, prononcé le '2S juin. Van IV de la Liberté, dans la section de la rue de Mon treuil, nu nu jet d'une adresse à M. l'éeéque de Paris contre s(m mariage, suivi de l'arrêté pris le niéme jour par la section. (Bihl. Nal., i;'«'"2iir).)

LE MARIAGE DES PRÊTRES Vi^l

ria«Tp des prelres allait (^Ire bien lot. non soulornont permis, mais obligatoire. Epouvante par tout ce bruit, (lobel donna l'investiture à l'inlrus, et alla assister à sa prise de possession.

Donoux, premier vicaire général, procéda à l'installation ; puis, il alla chercher la compagne du curé et la lit placer dans une « stalle d'honneur » qui avait élé (lisjK)sée pour elle dans le ciurur. Après avoir sanctionné par sa présence un tel scandale, Gobel chanta la messe (pii servit de conclusion à celte odieuse mascarade, (''est ainsi que le 9 mai 1793 fui solenniséc à \olre-Dame-des-Vicloires, la fête de l'Ascension * .

Beaucoup de curés constitutionnels s'aflligèrent de telles faiblesses, qui faisaient tomber le discrédit sur leur église 2. H s'en trouva quatre qui eurent le courage de publier une protestation : c'étaient MM. Lemaire.de Sainte-Marguerite, Brugière,de Saint-Paul, Leblanc de Beaulieu, de Saint-Séverin et Mahieu, de Saint- Sulpice-^ La réponse ne tarda pas : les quatre signa-

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