‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 73 sur 364 · SITUATION FAITE VU\ PRÊTRES INSERMENTES · texte numérisé non relu

SITUATION FAITE VU\ PRÊTRES INSERMENTES

Pour conmioncer, on ferma les yoiix, ou du moins, on se borna à introduire une modification dans la loi du 'ic^ novembre 1790, pour astreindre au serment les prédicateurs*. Troilhard expliqua d'ailleurs que cette modification était plutôt une interprétation : on avait demandé le serment aux professeurs des séminaires et des collèges, mais le prédicateur n'élait-il pas lui aussi un professeur? 11 enseignait dans la chaire des églises au lieu d'enseigner dans la chaire des écoles, mais il importciit que les fidèles reçussent l'instruction religieuse de maîtres capables de donner la doctrine officielle. On «aurait pu se demander comment les Jansénistes se permettaient ces subtiles assimilations, qui auraient provoqué leur vertueuse indignation si elle avait été fœuMe d'un Jésuite. On aurait pu aussi répondre que le choix des prédicateurs dépendant des curés, et les curés ayant prêté serment, il était douteux qu'ils invitassent des orateurs qui viendraient les traiter d'intrus dans leurs propres égli.ses.

On préféra voler celte addition à la loi, pour mettre le peuple en garde contre tout enseignement qui n'eilt pas été conforme en tout point au nouvel évangile. Au mois d'avril on étendit l'obligation du serment aux aumôniers des établissements publics, parce qu'ils y exerçaient une fonction analogue à celle du curé 2. Si on ne demanda rien aux aumôniers de religieuses, c'est que les couvents étaient supprimés en droit, et

I. Décret des â/ii février, ibid., 190. 1. IVrret des lâ/iy avril, ibid., 709.

a3(i siTt*\TroN f\ite \v\ prêtbks insermentés

4|ue. bfWficîant d'uno simplo lolér^nco. ils t»tairnt doslinés à tlisparaîlrc sans rclard ^

H faut reconnatlre qu'à Paris la loi fut appliquée, dans los premiers mois, avec une jurande circonspection, qui pourrait s*apj>eler de la largpcur d esprit, si les motifs en eussent été plus élevés. Le clergé constitutionnel ne fil aucune dilïicultc pour autoriser les ecclésiastiques insermentés à dire leurs messes dans les églises paroissiales, et de leurct^té, les iUvSermenlés ne se faisaient pas scnipule de célébrer dans les éj^ises conslilutionnclles ; il y on eut même qui continuoivnl à oc<:u|>er leur logement dans la maison curiale. et à fwrlager la table de leurs confrt^res assermentés*. Mais les fidèles ne lanlorcnt pas à manifester leurs préférences ; pendant que le curé constitutionnel disait la messe paroissiale dans leglise vide, il y (i\a\\ foule au\ heiHvs où olUciaienl les insermentés ol l'espril frondeur des Parisiens prit plaisir .\ souligner ces diftéronces. Les constilulionncls avaient pensé

I. L(MlL'<*appointom(ml dos parlisans de la ConstiluUon ci\i1c se Iradiiisll par dixTsos mcsiires p^is(•^ m jan\ior el fr\rîor 17111 ; on niocit^ra Irs disponlHons par trop rigoiireiisoft tic la loi en pr«»rogf^aril U> délai |)Oiid«fil lequel le scmtont pou\ail être reçu : (tu finit mt'nie par diVitler que tant q»run curé no serait jîas définît i \ ornent roniplaeé, SI jouirait do la facuUé de r«»5lf»r dans sa paroisse en prêtant tM^rmonl. ((tuicliant, sect. II. Décrois de» 11/ ni janvier (i8i-i8()); ly/Su jan\ier (iftjrf., ii<8); ï3 fé\rier (t6ic/., i»ji); 18 mars {ibid., nj'y).

1. M. (^hovalior, ruré assernuMdé de Saint-Gorvals, fui dénonce on 1791 pour avoir c(»nsorvé pondant six mois dans sa communaiité son vicaire l'abbé Anesl, qui était rétracté (Pisaui, / lU' fmroisse parisieniu' ftendani la fiérolution, dans lo (Correspondant, a 5 fév. iyo8: — \rrb. Nal., K' V»'ifi).

SlTl'ATIO.N FAITE AUX PHJÊTKJES i>SEAM£NTËS 2^7

d'abord que ces mauifeslations ne dureraient pas, et que le principal était de ne pas amener les personnes pieuses à désap]>rendre le chemin de leur paroisse. Mais on vil bientôt qu'il ne s'agissait piis de manifestations passagères, et la bonne harmonie en soulïrit.

Ce qui aggrava le conflit, c'est que, si les insermentés pouvaient dire la messe, ils n'étaient autorisés ni à prêcher, ni à confesser dans l'édifice paroissial. Ils étaient donc obligés de chercher un autre lieu pour exercer ce double ministère, et ce fut dans les chapelles de religieuses qu'ils durent se réfugier. Là au moins, ils se trouvaient sous l'autorité d'aumôniers qui n'a\ aient pas eu à prêter serment, et qui ne se montraient aucunement disposés à le prêter. On vit dès lors de longues files de voitures sillonner des rues jusque-là silencieuses et désertes : c'est là ([ue confessiiient les insermentés, qu'ils donnaient les stations de Carême. On était en efl'et, à proximité de la fêle do Pdques, qui, en 1791. tombait seulement le ifi avril et (HMidant que les églises constitutionnelles restaient abandonnées, les confessionnaux des couvents étaient assiégés, les chapelles étaient combles, quand on savait que devait y prêcher tel orateur à la mode, q!ie le refus de serment a>ait fait bannir des chaires oHicielles.

A peine installé, Gobel avait tenté d'arrêter cet exode en se faisant reconnaître par les religieuses : ses premières visites canoniques furent pour les chapelles de cimHUunautés qu'on lui avait dit être les plus frécpientées; il supposait que, par déférence pour ses désirs, les religieuses accepteraient de fermer leurs

a38 VIOLENCES EXERCEES CONTRE LES FIDÈLES

chapelles aux inserinenlés, et que, par la force dos choses, l'aflUience renaîtrait dans les paroisses, niais, à son grand dépil, Gobel ne fut reçu par aucune communauté de femmes ; on lui opposa qu'on ne le reconnaissait pas comme supérieur légitime.

Violences exercées contre les fidèles qui fréquenient les chapelles.

Que se passa-t-il alors? Le jeudi 7 a>ril, dans la matinée, les chapelles les plus courues furent envahies par des bandes de mégères recrutées dans les marchés ou dans les mauvais lieux ; les prêtres sont insultés, malmenés ; les femmes sont traînées dans la rue cl fouettées publiquement, sous l'anl indifférent de la police. Sans aucun doute, il y avait eu un plan arrêté d'avance, car ces scènes révoltantes se produisirent à la même heure dans les différents quartiers, rue Saint- Antoine et rue du Bac, à Saint-Uoch et à la Montagne Sainte-Geneviève. Faut-il aller justprà dire que Gohcl fut l'organisateur de ces scènes barbares et scandaleuses ? Faut-il penser que la colère lui inspira quelques paroles de vengeance qui furent colportées dans son entourage et que les clubs se chargèrent de

mettre à exécution * ?

1. Ia's int'iicui's tic la Uc\oIiiLioii (niroiil une altilii<le fort embarrassée et clierclièrent à délounicr la (]iicstion par dcsdi\ersioiis a>sez gauches. Pnidhonime (fith\ de Paris, 11" f)7 t/i-i6) linil par se décider à conclure son article on absohanl l(»s violentH: « Le succès de la UéNolution drpt'ndniil-il donc de quelques coups « de \ery:es donnés fort à propos et Tort décemment? » Puis, à la page suivante, il revient sur le &ujet et accuse des prêtres réfrac-

QUI FRÉQUENTENT LES CHAPELLES sSq

Des le lendemain 8 avril, le ministre de rinlérieur, (le Lessart, écrivait, au nom du Koi, au Directoire du département de Paris, pour flétrir de tels attentats et demander que les auteurs en fussent recherchés et punis * .

Lp Directoire répondit, le 9 avril, par une proclamation qui interdisait les attroupements autour des couvents et requérait la Garde Nationale pour les dissiper ; mais, en même temps il arrêtait que « M. le Métropolitain de Paris serait invité à prendre toutes les mesures qui dépendaient de l'autorité spirituelle, pour empêcher que des ecclésiastiques sans pouvoirs s'immiscent dans aucunes fonctions publiques ecclésiastiques, et n'abusent pas à cet effet des églises de maisons religieuses 2. »

Le II avril, le Directoire prit un arrêté destiné à réglementer Texcrcice du culte •^. 11 était institué un préposé laïque chargé de veiller au bon ordre dans les églises paroissiales ; le préposé devait dresser une liste des ecclésiastiques attachés à l'église, et cette liste devait être aflîchée à la porte ; toutes fonctions étaient interdites aux prêtres qui n'y seraient pas inscrits. Toutes les autres églises ou chapelles devaient être fermées dans les a/i heures et mises en vente ; les

laîrcî» de ne vouloir faire le schisme avec l'église gallicane que IMiur pouvoir prêcher le dcs{Mjtisme et renverser la conslilutioii. •-VnI sur celle calomnie que la presse anti-religieuse vivra jusqu'à J.1 fin de la Révolution... el inèmo depuis.

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