PREMIERE LOT DE PROSCRIPTION, ETC
accentua, pour les prêtros constitutionnels, la marche de leur discrédit. On s'explique donc comment il se fait que les partisans de l'Eglise assermentée eussent combattu la loi.
On voit aussi pourquoi les catholiques non-conformistes la regardèrent comme une délivrance : ils firent, en celte occasion, cause commune avec ceux qui désiraient voir disparaître la religion en tant qu'institution d'Etat, en attendant qu'ils puissent la détruire entièrement.
Mais, par la suite, on sentit que la sécularisation de rétat-civil avait tranché un des liens qui unissaient la Religion à la société civile. Par un empressement irréfléchi, les non-conformistes avaient travaillé à acheminer la société vers une rupture complète avec l'Eglise, ce qui arriva en fait a partir de novembre 1793, et en droit après la loi de Ventôse an 111 (1790).
Premih^c loi de proscription contre te clergé insermenté.
L' Vssemblée législative, en se réunissant, le i" octobre 1791, trouvait la guerre religieuse déchaînée sur la France ; il nous reste à voir comment elle entreprit de résoudre cette grave dilïiculté.
Par un vote, qui a généralement été jugé regrettH'ïble, la Constituante avait décidé qu'aucim de ses membres ne serait rééligible à la prochaine législature. C'était im acte de désintéressement, mais c'était en même temps une faute. La nouvelle assemblée se trouva donc
•j5() première loi de proscription
composée d'iiommes nouveaux, dont beaucoup étaieni élran^^ers aux affaires politiques, et qui allaient, dans leur zèle de néophytes, se lancer dans des réformes impralicables, dont les daup^ers échappaient à leur inexpérience. L'opinion qu'ils représentaient était notablement plus avancée que celle de leurs devanciers, surtout au point de vue religieux ; l'ancienne droite était complètement éliminée et les révolutionnaires relativement modérés de la (Constituante représentaient maintenant le parti rétrograde. Les élus du clergé étaient douze évéques et une vingtaine de prêtres, tous constitutionnels, dont plusieurs s'acheminaient visiblement vers l'apostasie.
La situation religieu.se s'était beaucoup compliquée depuis ((uelques mois. Les brefs du Pape avaient reçu une publicité suffisante pour mettre fin aux illusions de beaucoup d'assermentés, et les partis étaient bien plus tranchés que pendant les premiers mois de 1791 ^
Nous axons \u avec quels scrupules de légalité le clergé insermenté de Paris avait agi pendant celte période : il ne s'était résigné au ministère secret qu'après avoir épuisé toutes les ressources que lui donnaient les lois, et n'avait battu en retraite qu'à mesure
I. Le i^ février, les évc^ciucî» de Trégiiier, Saint-Pol do U'on c>t Vannes étaient mandés à la barre de l'Assemblée, à cause des mandements qu'ils avaient publiés contre la consUtution civile L'évèquc de Senez était en prison. L'archevé«iue d'Embrun a^ail été condamné à fioo I. d'amende. A l'occasion des troubles sur>o nu» k Nîmes entre catholiques et protestants, Prudhomme écrivait (Révolutions de Paris, n" 85, 829) en parlant de M. de Béthisy, évé(iue d'Uzès : « Un éM*que le harl au col serait un holocausle salutaire. »
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que ces lois étaient abrogées ou violées. En aucun cas, sauf dans quelques petites paroisses de la banlieue» il n'y avait eu résistance ouverte.
En province, et surtout dans les campagnes, il en a\ait été tout autrement. Dans plusieurs contrées, les paysans étaient trop profondément attachés à leur culte traditionnel pour se laisser longtemps séduire par les nou%eautés. Les anciens curés restés ou rentrés dans leurs villages, avaient réussi sans peine à ramener à eux les esprits un moment égarés, et continuaient, dans les maisons particulières, un culte auquel leurs paroissiens s'associaient en très grande majorité. L'intrus restait seul dans son église déserte, car les partisans qu'ils pouvaient avoir étaient précisément ceux qui n'allaient jamais à la messe, et pour qui l'installation d'un curé constitutionnel n'avait été qu'un moyen d*<^tre désagréable à leur ancien curé. Parfois, l'intnis avait dû se retirer, soit par découragement, soit par suite de menaces, ou même de violences, comme celui (pie ses paroissiennes avaient voulu pendre h la corde de la lampe du Saint-Sacrement.
L'Assemblée ne tarda pas à être saisie de plaintes relatives aux troubles religieux. Il y avait urgence h agir, car, dans certains départements, les Directoires avaient pris les devants par des mesures qui, pour être absolument illégales, ne montraient pas moins la volonté d'écraser toute velléité de résistance. Dans le Finistère était évêque Expilly, ancien constituant, (lui sera guillotiné comme modéré, mais (jui était alors un violent. A sa requête le département décréta, le 31 avril 1791, que les prêtres insermentés pourraient
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être obligés de s'éloigner à quatre lieues au moins do leur ancienne paroisse; el, celle mesure s'étant trouvée inefTicace, on avait pris le parti d'interner tous les prêtres suspects au château de Brest, où ils étaient traités a\ec la dernière barbarie.
Dans la Loire-Inférieure, c'était le séminaire qui avait été transformé en prison. Dans le Doubs, l'Ain, la Charente, la Somme, les autorités départementales avaient pris l'initiative de mesures de rigueur qui dépassaient leur compétence et violaient ouvertement la liberté individuelle, garantie par la Déclaration des Droits de l'Homme t.
L' assemblée prit pour tâche non de réformer tontes ces injustices, mais de leur donner un caractère légal. La discussion, commencée le rai octobre 1791, se termina le rif) novembre ; elle dut être plusieurs fois interrompue pour l'examen des mesures à prendre contre les émigrés, de plus en plus nombreux à mesure qu'augmentaient les vexations illégales, et dont les rassemblements armés sur la rive gauche du Uliin étaient une menace de guerre civile.
L'un des députés qui parlèrent.a\ec le plus de passion contre les insermentés, fut l'abbé Fauche t. de%enu évéque du Calvados, en récompense du zèle qu'il avait montré pour le succès de la Révolution.* Comme Expilly, il devait évoluer plus tard vers le modéranlisme, et porter sa tète à la guillotine, rachetant alors ses erreurs passées par un austère repentir. Mais alors,
I. Aiilard, op cit., 71. — La Législative ordonna on octobre 1791 la misp en liberté des pn*lrps arbitrairement détenus {Révolutions de Paris, n" 120).