‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 87 sur 364 · CONTRE LE CLERCÉ INSERMENTÉ · texte numérisé non relu

CONTRE LE CLERCÉ INSERMENTÉ

il mettait toute la fougue d'une éloquence de déséquilibré au service de la cause constitutionnelle. Le 26 octobre il demanda que tous les prêtres, sans exception, fussent astreints au serment, et, en cas de refus, privés de leur pension, de cette pension c[ue la Constituante a\ait solennellement garantie comme une dette nationale, le jour où elle s'était attribué les biens de l'Kglise. Alors il représenta les insermentés comme des monstres « inspirant aux citoyens crédules une baine « implacable contre leurs frères... ils voudraient nager n dans le sang des patriotes » — « en comparaison de « ces prêtres, les atbées sont des anges ». Ces métapbores de rhéteur à la recherche d'mie idée et ne trou- >ant que des mots, étaient salué(»s par les applaudissements de l'auditoire.

[Vautres évèques constitutionnels se lc\èrent pour plaider la cause de la justice et de la charité : \nastase Torné, ancien doctrinaire, devenu métropolitain du Centre et évéque du Cher, réfuta de point en point les déclamations de Fauchet et cependant Torné devait finir plus Irislement que Fauchet : par une évolution contraire, il se convertit sur le tard aux principes qu'il avait si bien réfutés ^ Il fit une apostasie parliculiére-

1. Anastase Torné attacha son nom à doux propositions qui no lui font pas lionneur : ce fut lui qui fil étendre les effets de la loi sur les ordres religieux aux congrégations ecclésiastiques, entre autres celle des Doctrinaires, dont il avait fait partie ; ce fut également lui qui fit voter la loi qui prohibait le costume ecclésiastique et religieux. 11 se mettait ainsi à la remorque du journaliste révolutionnaire qui depuis un an poursuivait cette abolition. I^ 3 février i7()*, Prudhomme écrivait : « Jésus-dhrist n'a pas porté Thabit religieux : en \oulez-vous la prcu>c.5 Allez

aGo PREMIKHE roi DE PROSCRIPTION

moiil scandalruso» se maria cl mourut, autant i\o honto que de misère, en 1797. Claude Le Coz, évoque d'IUe-el-Vilaine essaya aussi de tenir le langajre do la raison^ celui-là fut au moins conséquent a\ec hiimôme, et, ayant refusé d'apostasier, il fut enfermé en 179/4, au Mont Saint-Michel, avec les prêtres détenus pour n'a>oir pas \oulu le reconnaître comme leur é\éque. Il sera un des personnages les plus en vue d<; l'église constitulionnelle après la Terreur, présidera les pseudo conciles de 1797 et de 1801, et finira archevêque concordataire de Besançon, mais toujours gallican irréductible.

Un député du Var, Isnard. dépassa en >iolenco révéque du Calvados. U fui le premier à parler d'exiler les réfractaires « pestiférés qu'il fiuit renvoyer dans les lazarets de Rome v. puis accumulant les injures les plus sanglantes contre ceux qu'il \oulait bannir, il s'en prenait mémo à leur bonne foi, les qualifiant d'incrédules, d'hypocrites, qui ne feignaient de pleurer sur la Religion, cprafln de recouvrer leur rang et leurs privilèges. Après avoir vu la mort de près en 1794. Isnard revint sincèrement à la foi^.

La loi qui fut votée commença, suivant l'us^^ge, par un préambule qui aurait surpris les rédacteurs de la constitution civile :

« Attendu que le ministre d'un culte, en refusant de (( reconnaître l'aclo constitutionnel qui l'autorise à

voir les tableaux de Jouvenet à Saini-Martin-des-Champs. » fR^iK de Paris, n* 8a, 185).

1. Kii^^ne Welvcrt, Lendemains révolutionnaires. Paris, iijo8.

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COTRE LE CLERGÉ lNSEHME?iTÉ a6l

» professer ses opinions religieuseâ (sans lui imposer « d'au Ire oblig<ition que le respect pour l'ordre établi «' par la loi, et pour la sûreté publique), annoncerait " par ce refus-là même que son intention est de ne <' pas la respecter... qu'en ne voulant pas reconnaître " la loi, il abdique volontairement les avantages que <* celte loi jieul lui garantir... qu'en remontant h la y sources de c^s désordres, l'Assemblée a entendu la «! voix de tous les citoyens éclairés proclamer l'empire »' de cette grande vérité que la Religion n'est, pour les • ennemis de la ConstitutioUt qu'un prétexte dont ils « abusent, et un instnament dont ils osent se servir «« pour troubler la terre au nom du Ciel^.... »

l/cs prêtres devaient prêter le serment selon la formule prescrite par la loi du 37 noveml)re 1790, à peine d'élre privés de leurs pensions, et d'être inscrits sur une liste de suspects. S'ils sont soupçonnés de causer quelque trouble, ils pourront êlro éloignés du lieu de leur résidence, par mesure administrative, sans préju- <lice des poursuites qui leur seraient intentées s'ils avaient commis quelque délit.

Cette loi provoqua de nombreuses protestations. Les prêtres insermentés de Paris*, les éxêques résidant à Paris s'adressèrent au roi pour se disculper des imputations gratuitement dirigées contre cu\, et lui demandèrent de ne pas sanctionner cette œuvre de haine et de mauvaise foi. Ce qui est plus signiiicatif, c'est que le Directoire de Paris se joignit à eux et remit au roi

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