‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 9 sur 364 · I. Chassin, op. cit.. Ht · texte numérisé non relu

I. Chassin, op. cit.. Ht

58 LES C\HIRKS

d'Aviau, vicaire général de Poitiers, était depuis longtemps désigné comme un des prêtres les plus vertueux et les plus capables du royaume. Quand son évêque, M. de Sainto-Aulaire, rappela à M. de Marbeuf, ministre de la Feuille, qu'on laissait sous le boisseau une des lumières do l'Eglise, le ministre objecta seulement « qu'il était de trop petite noblesse ». M. de Saintc-Aulaire démontra, le d'ilozier en mains, que la i'amille d'Aviau de Sanzay était au contraire une des familles les plus anciennes du Poitou, que, par ses alliances, elle se rattachait aux plus grandes familles de France, et M. d'Aviau fut nommé... l'année suivante, par le successeur de iM. de Marbeuf ^ 11 est mort en 182G cardinal et arche>é([ue de Bordeaux.

Cet e\clusi\isme n'était pas sans causer delà tristesse aux prêtres qui n'étaient pas « nés » ; il provoquait les colères de la bourgeoisie. La question du cboix des é\éques prend donc une grande place dans les cahiers en général, et dans ceux de Paris en particulier. Il fîiut que désormais le mérite seul soit conq^té, et, méfiants à l'égard de la (lour, les bourgeois demandent que l'élection désigne au Hoi les sujets parmi lesquels il aura le loisir de choisir les évoques. 11 ne s'agit encore que de l'élection canonique, telle quelle était pratiquée avant le Concordat de i5i6 ; mais c'est un pas de fait sur un chemin dont la pente est rapide et les tournants brusques.

La question des religieux se trouve aussi posée

1. Ilishtire. df Monst'igtwur d' ivinu, par rabbc Lyoïiiicl L>on, i8',7, I. vi'À-j'.'i.

presque partout : Paris intra muros demande la conservation des couvents» au moins en principe el avec certaines dispositions qui tendent à relarder l'âge de la profession el menacent l'existence de plusieurs instituts.

On peut dire d'ailleurs qu'à la veille de la Révolution la situation des ordres et congrégations religieuses était déjà précaire» et que l'Ancien Régime avait porté à leur vitalité des coups dont tous étaient plus ou moins profondément ébranlés. La suppression des Jésuites avait fait une première brèche dans le principe d'intangibilité qui défendait les religieux contre l'arbitraire de l'Etat. Ceux de ces religieux qui eurent la faiblesse d'applaudir, sinon de contribuer, à la dispersion de leurs rivaux, ne se doutaient probablement pas qu'ils tra>aillaient à leur propre perte. Le trou une fois fait allait fatalement s'élargir et les engloutir sans aucune exception. La commission des Réguliers avait procédé sous couleur de réforme à une première suppression d'ordres qui avaient peut-être dégénéré ; mais le retour à la discipline régulière aurait puélre obtenu autrement ; seulement, ces ordres étaient riches el ce fut leur perte. Ce devait être aussi la perte de ceux qu'on avait laissé subsister : fervents ou relâchés, ils devaient tous disparaître. Dans l'héca tombe révolutionnaire, ils seront les premières victimes.

Malgré certains passages inquiétants, les cahiers ne contiennent que l'expression modérée des projets de réforme qui étaient dans l'air. Œuvre collective, ils ont dû subir des atténuations de forme et de fond, afin de réunir l'assentiment du grand nombre. Les principes

6o LES CAHIERS

dont la mise en pratique a été la Révolution étaient alors mal définis : ceux-là même qui devaient un jour leur donner une expression brutale n'en avaient pas encore une perception bien nette. On sentait le désarroi des finances, mais aucun financier n'avait assez de clairvoyance pour en déterminer les causes, et assez de courage pour les dire ; les rouages d'une administralion compliquée fonctionnaient mal ; mais nul ne savait dire quelle pièce de la vieille machine avait besoin d'élre réparée ou remplacée ; quant à mettre la machine tout enliore au rebut pour en construire une autre, c'était une idée trop radicale ; même ceux qui en sentaient vaguement le besoin auraient hésité à l'avouer. Partout régnaient les abus, mais il n'en était aucun qui ne profitât à quelqu'un ; ceux même qui en soufTraient espéraient qu'un jour leur tour viendraitd'en bénéficier ; et tous étaient d'accord pour maintenir un état de choses dont ils tiraient ou pensaient devoir tirer parti. Seul, le peuple, les ou>riers des villes et des campagnes n'avaient rien à attendre, mais on ne s'en inquiétait pas. La bienfaisance des é^éques et de (juelques philanthropes était impuissante pour porter un remède à un mal qui était général, et d'ailleurs la bienfaisance n'est pas un remède approprié à certaines misères sociales ; elle combattait les syptômes du mal, mais laissait subsister le mal lui-même. Quant à l'Etat, dont le devoir est de procurer le bien-être de ses administrés, il ne s'en préoccupait pas ; il considérait les maux qu'on lui signalait comme une conséquence naturelle et nécessaire de l'organisation sociale. r4*est cette organisation cpii \a être bouleversée de fond en

LES CAHIERS f)l

comble ; mais la possibilité d'uno lollo n'Yolution n'appîiraissail encore à personne, mt^me k ceux qui auraient pu se dire en droit d'en sortir moins opprimés, moins exploités et moins méprisés.

Ajoutons que la « sensibilité ». si en vogue à la lin du xviir siècle, venait compliquer ces questions d'ordre infiniment positif; les déclamations n'ajoutaient rien comme lumière, et les déclamateurs, quand ils avaient raison, défendaient leurs manières de voir avec des arguments tellement absurdes qu'on était tenté de croire qu'ils axaient tort.

Vu chaos financier et administratif répondait le chaos des idées : tout le monde était à la recherche d'une solution qui eût satisfait tout le monde. Les hommes de bon sens se taisaient, parce qu'ils ne savaient que dire ; les inil)éciles parlaient à tort et à travers, sans qu'aucun projet pratique se dégageAt de toute cette phraséologie.

Nous qui jugeons de l'ensemble des événements grâce au recul des années, nous arrivons à discerner, parmi tant d'aspirations confuses, quelques idées destinées, à cause de leur simplicité, à se dégager de toute celte matière amorphe ; mais en 1789, personne, ni le Roi, ni la Cour, ni l'Episcopat, ni le Parlement, ni la Noblesse, ni la Bourgeoisie, ni surtout le Peuple, premiei* intéressé, ne savait où on allait, et ne semblait croire qu'on allât quelque part.

Il ne manquait pas pourtant de donneurs de conseils et de bâtisseurs de systèmes. Voici, par exemple, le gigantesque projet de l'abbé Thuin, curé du diocèse de Meaux : il remplit deux énormes cahiers in-folio, qui

()'i LES CAHIERS

sont conservés niix Archives Nationales*. Le principe général du réformateur était la reprise par l'Etat de la totalité des biens ecclésiastiques. Ces biens une fois liquidés (et l'auteur ne dit pas le moyen de procéder à cette liquidation), il devait rester disponible un revenu net de 4^)6 millions. Les quatre cinquièmes de ce revenu devaient constituer la dotation du clergé ; et le reste était partagé entre les pauvres, les fabriques chargées de l'entretien des édifices religieux et la Nation, qui figure dans le partage pour une rente de 76 millions. L'organisation administrative est remaniée comme celle des finances ; dans toute paroisse, il devait y avoii un bureau de charité et une école primaire ; dans chaque ville un hospice et un pensionnat de jeunes gens ; dans chaque résidence épiscopale, un collège et un séminaire. Les paroisses seraient divisées en douze classes, et les curés jouiraient d'un traitement en argent s'élevant avec la classe. M. ïhuin estimait à /40.300 le nombre des paroisses à doter. Les cadres de l'épiscopat étaient conservés : 7 cardinaux. 18 archevêques et 118 évoques, touchant respectivement 100.000, 5o.ooo et lO.ooolivres. Les i3G diocèses, quelle (jue fut leur étendue, qu'il s'agît de Rouen ou de Forcalquier, recevaient une organisation identique: dans chacun de ces diocèses, quatre maisons religieuses d'hommes et autant de femmes, vivant sous deux règles uniformes, établies en combinant toutes celles qui avaient été observées dans les siècles passés. Dans chaque diocèse aussi, un seul chapitre com-

Page 1