u' de M. Emcry, I, 3ao-3i
37^ SEKMENT DE MBERTÉ-ÉG ALITÉ
plus haut*. Vvanl tout, ii est prêt à se soumellrp. ({ J'ai fait dire à Sa Sainteté que la distinction du Pape (( qui parle ex cathedra et du Pape qui parle comme (( personne particulière* n'était, par rapport à moi, «d'aucun usage; que je ne soutiendrai jamais une (( opinion que je saurais n'être pas la sienne, et que, « dans le cas présent, je pourrais dire : Causa Jinlln (( est,.. » (( J'ai été très persuadé que le serment était « licite, j'ai cru même que, dans les circonstances « présentes, il était bon de le faire. Des personnes très
I. Co n'osi quVn i7(j'4 ciu'uno réponse fut «Joiinéo, et pIIp nV^I pas conriic en Irrinos absolus ; en voici le texte : « Quid appinluiii cum sorundi a.>qualilHtis ac libcrUitis jurauioiiti labo polluti<, si pœnitcntiani poiant, ncc iuto pnoslilum publiée relractandi sjh's iilla effiiljîcal? — llcsp. Ad dubiuui, rrsrribonihiin niandaYitsati> esse quod ii qui pra^stilorunt junuuoiiluin a>qualilatis ctliberlalis consulant conscicntije su>e, cum in duhiojurare non Uceat ; neque ulla lofre usquemodo ol)slrinf;i, nondum prolalo Sanctitatis Sua»judicio. ad emiltendam cjusmodi jurauuMiti retraclalioneni. (CoJlcft. I^onrr. <les Brefs do Pie M, II, 'ity).
La ré])onse invUo le consultaut à so nieUre en reple a\ec «-a conscience et lui ra])pollp la n'jjle : in ditbio...; mai« celte appli cation n'apparaît pas comme absolument adaplce au cas en question.
Le principe : in diibio... est appliqué par les Ibéologicns aux serments qtii doi\enl corroborer une afllrmation (juramentum assfrtorium); il ne peut être permis d'afllrmer sous serment ce dont on n'a pas la ccriilude. au moins morale (ita : S. Alpb. df Li^.. Theol. Mor., 1. 111, n" l'x^); mais dans le cas présent, il n'y a aucinii' raison oblij:eant à rétracter b; serment prêté ; ainsi (iurv-BalIcrini. (T. I, <h' pni'rcplis Dcralogi^ p. 3o(i) : An liceal pneslart» juramentum in publicfe rei perturbationibus ? -- Resp. : Ilric pleninique a circumslanliis pendel. Perpendc quid postulet justitia, aul bonum commune, et qua^nam sint requisiti juramenti oblipationes... Polissimum vero expedit consulere superion's eccloslasticos, ad quo»» pertinet dclinire ([uid pro variis circumslantiis *il agcndum. »
SERME:IT de LIKERTÉ-ÉOAMTÉ «j^jj
« intelligentes et 1res înstniitos sont même peisuadces «' que le clergé de Paris, par la prestalicMi qu'il en a (' faile. a préveini de grands maux... (>u\ qni disent « qu'il fallait attendre le jugement du Pape raisonnent <i comme des hommes qui viendraient du Mono- " mota[>a; il aurait fallu au moins deux mois i>our « a^oir une réponse de Uome, et le glai\e était levé à t' Paris sur la tête des ecclésiastiques. 11 menaçait de « se promener sur toutes les têtes dans le royaume. Si « le serment pouvait être fait en conscience, il fallait « ne point tarder de le dire. Persuadé cju'on pouvait le « faire, je ne le fis cependant que pour ne point me « séparer des directeurs qui avaient des raisons de ne « pas larder davantage, et pour ne pas me mettre dans " la nécessité d'abandonner le Séminaire, où la Provi- « dence m'avait conser>é jus(ju'à présent, et où j'espé- «' rais pouvoir être utile aux membres dispersés de la <• Compagnie. ^ ous me proj)osez d'imiter l'exemple de « Fénelon, c'est-à-dire de me rétracter. Mais r vous « connaissez bien peu la situation actuelle des choses : " ce serait appeler le couteau, non pas sur ma tête « (grâce à Dieu, je ne crains pas la mort) mais sur la « tête de tous les prêtres qui xoudraient imiter mon « exemple, a" Persuadé que le serment n'est que pure- H ment civil, le public regarderait la rétractation tt comme un signal de contre-révolution. Ce serait « mettre le trouble dans les consciences de ceux qui M sauraient ce que j'ai fait, qui ne m'imiteraient pas (• tous, et qui, très certainement, ne se reprochent rien, i> et n'ont pas commis, dans rémission <lu serment, la 0 faute la plus légère, parce qu'ils se sont déterminés
a8o SERMENT DE LinEHTÉ-ÉO ALITÉ
« sur des raisons et des autorités respectables. On peni « se tromper sans être coupable. »
« Vous ne savez pas qu'on fait périr chaque jour dos « hommes uniquement pour avoir témoigné qu'un roi « nous conviendrait mieux qu'un gouvernement rcpu- (( blicain ; que les prisons regorgent de prêtres incar- « cérés pour avoir dit la messe dans des maisons parli- « culières, ou pour dos faits encore moins graves? Vous « ne faites donc pas attention que, dans un point d'une « si grande conséquence pour l'ordre ecclésiastique oi u la Religion, je ne dois rien faire précipitamment, et (( sans avoir pris le conseil de personnes sages qui sont « sur les lieux? Tout cela est si évident, que, si xnis « étiez ici, vous ne j)enseriez pas autrement ^ »
Olle discussion re\iendra en 1795, à propos d'un serment analogue, mais sans qu'aucime raison nouvelle fut présentée. Les doux partis étaient alors bien déiinis : d'une part, le clergé émigré, qui jugeait que la lidélité due au roi faisait un devoir de se refuser à tout acte qui paraîtrait une adhésion au régime issu de la Kévolution ; de l'autre coté les prêtres qui pensnienl que la Religion est indé])endanle des formes de gouvernement civil, et qui ne pouvaient se résoudre à sacrifier à leurs préférences politiques les Ames dont ils avaient la garde et dont ils répondaient devant Dieu.
A Paris, il se trou^a parmi les non-émigrés quelques ])rélres qui partageaient les croyances des émigrés, mais ils se condamnaient à uîie inaction absolue, ou.
I. Ix'lln* «le XI. EiiHTy à M. Cinnul, ii août i7y'<. Cl ïV (h' M. Emcry, L .'^i'i-33(>). - L»*llro à l'ablK' de Toiirnoly, 30 août, Arcli. Nal., ^^* 181 : cittV par Môrîc, op. cit., ai'^-iià.
SERMETTT DE LIIIERTÉ-ÉCALITÉ 'aHï
s'ils essayaient de faire quelque ministère, c'était au milieu de tant de difficultés que les résultats en étaient à pou prés nuls. En outre, il fallait tenir compte des (lancers dont ils auraient fait bon marché, en ce qui les concernait, mais qui menaçaient toutes les personnes qui eussent recouru h eux. Nous voyons quelques-uns de ces « émigrés à rinlérieur » se confinant dans une profession séculière : M. de CorioHs, ancien conseillerclerc au Parlement d'.Vix, et qui deviendra chanoine de Notre-Dame, s'était fait homme de loi, et avait un cabinet important rue Fevdeau *; M. Pichot, vicaire de Siiinl-Sulpice, était écrivain public près de l'Arsenal, •^ous le nom de DelsoH, mais ils avaient dii rompre t<MU commerce avec leurs confrères qui avaient prêté l^' sonnent de Liberté-Egalité, n'avaient aucun rapport a\oc les fidèles et ne disaient même plus la messe. Nous ^<Trons au contraire comment ceux qui s'étaient mis ('w vvtr\p avec le serment, savaient se mouvoir dans les ♦lioilos limites de la liberté lé^'ale, et ronlinuer leur (Jaii^rereux, mais fructueux ministère.
La question du serment de Liberté-Egalité nous a f nlraînés un peu loin, mais il était nécessaire de Texafiiincr attentivement, ne serait-ce que pour répondre '»u\ accusations que jettent contre le clergé insermenté '"^partisans des constitutionnels et les défenseurs des Ji^cobins^. Quoi qu'on ail pu dire il n'y eut janmis de
' Arch. NaL. F" /|fM^i.
■■'- Vrih. \at., F7 4/7 Vt'»- - ^'^^ ii3t>.
■^- M. VIb. Mailliez me paraît a\oir exajrc'Té la porU'c de ces iHs- ^"nliiiienls dans son article : Ia's divisions du clenjè réfractai re, ^^■^^^^ h Héoolu lion française, 1899, .Vi-72 ;c)7-!Ki.
'iS'i SERMENT DE LIBEHTÉ-ÉG VLITÉ
schisme parmi les prêtres fidèles au Pape, parce que tous recomiaissaient l'autorité, supérieure à toutes les opinions privées, du Docteur suprême, principe d'unité en matière ecclésiastique; il put y avoir des divergences d'opinion : il n'est pas impossible que des esprits peu circonspects aient usé d'épitliètes mal sonnantes, mais tous étaient résolus à obéir au Pape le jour où son avis serait connu, et à répudier les manières de voir qu'ils avaient cru pouvoir adopter, sous la réserve de l'assentiment de Pautorité pontificale. Il ne reste donc rien de ce qui a été dit, enseigné et imprimé sur de prétendues scissions, qui n'ont jamais dépassé les limites d'une libre et indépendante discussion.