‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 27 sur 146 · iiicdrd, op. cit., Il iii · texte numérisé non relu

iiicdrd, op. cit., Il iii

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dues. Dans les jours qui suivirent, des mesures plus raisonnées régularisèrent ce que le geste du 4 août avait eu d'incoiiérent dans sa théâtrale improvisation. En ce qui concerne le clergé, on transforma en suppression pure et simple le rachat des dîmes, sans prendre garde que ces 70 millions de rente, que le clergé abandonnait, allaient profiter non aux pauvres, mais aux propriétaires dont les terres étaient grevées de cette redevance. Nul n'en bénéficiait qui ne fût propriétaire, et seuls en tiraient un profit important, ceux qui avaient beaucoup de terres au soleil. Les vainqueurs de la Bastille avaient tiré les marrons du feu, mais c'étaient d'autres qui les mangeaient.

M. de Juigné avait pris la parole pendant la nuit célèbre, et c'est par sa bouche que le clergé avait renoncé à ses droits fonciers. Il semble être resté quelque temps sous l'influence de l'enthousiasme quelque peu irraisonné qui avait tourné toutes les tètes. Non seulement il prescrivit le i/j août qu'un Te Deiim serait chanté à Notre-Dame ', — après tout Louis XVI en avait fait chanter un à Versailles, — mais il l'annonça -dans un mandement qui reflète bien l'étal d'esprit de la plupart de ses contemporains.

(( 0 époque à jamais mémorable dans l'histoire de ■(( la Nation ! Que n'avez-vous pu être témoins, mes (( Frères, de ce qui s'est passé le 4 de ce mois dans (( l'Assemblée Nationale ! Avec quelle reconnaissance (( vous auriez vu les représentants de tous les ordres,

1. Le niandciucnt qui ordonne ce Te Deuin csl reproduit dans Je Journal ecclésiastique, sept. 1789, 3G-A7.

K de toutes les provinces et de toutes les villes du (( royaume, animés, transportés par l'amour et l'en- (( thousiasme du bien public, se dépouiller à l'envi, en « leur nom, et au nom de tous ceux qui les avaient (( envoyés, des privilèges et des droits les plus anciens « et les plus précieux, pour en faire le sacrifice au (( soulagement du peuple, et au bonheur général de la « Patrie. Non, il n'y a que les Français qui aient pu « donner l'exemple d'un dévouement, d'un patriotisme « aussi vif, aussi prompt, aussi généreux ! »

Ces belles paroles qui montrent la droiture et la bonté de celui qui les a écrites, ne désarmaient pas cependant ses ennemis, car il avait des ennemis acharnés, recrutés peut-élre dans les rangs de ceux qu'il avait secourus, obligés et nourris. 11 se défend noblement contre les calomnies, qui, après avoir été col|X)rtées dans l'ombre, sont tombées mainleiiaiil dans le domaine public; son inlraiisigeance d'un jour ne cessera plus de lui être reprochée, et les invenlions malfaisantes qui salissent son nom trouveront chaque jour plus de crédit. 11 a essayé, dans son mandement du i4 août, d'ouvrir les yeux à ceux qui le dénigrent : le II septembre, il revient sur ce thème qui lui lient vivement au cœur : « V Dieu ne plaise que nous vou- « lions rendre le peuple responsable des violences dont « nous gémissons. Le bon peuple, le vrai peuple fran- (( çais n'en est pas moins atlligé que nous-mêmes, « mais pouvons -nous nous dissimuler l'inquiétude « générale qui s'est emparée des esprits, les soupçons <* odieux, les défiances réciproques qui divisent les « citoyens d'avec les citoyens, la facilité avec laquelle

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(( on ajoute foi aux rumeurs les plus insensées, et aux (( calomnies les plus absurdes et les plus atroces? (( Faut-il que les citoyens, même les plus paisibles et (( les plus \erlueu\, soient ainsi les \iclimes de ces (( l'nnestes illusions i ! »

Pour désarmer l'hostilité, M. de Juigné se soumit sans protester à la mesure qui dépouillait les églises de la presque totalité de leur arf^enterie et de leur orfèvrerie ; bien plus, il en prit l'initiative ^.

Necker avait nég^ocié un emprdnt qui lui fournissait les moyens de parer aux éventualités les plus pressantes. L'Assemblée, au lieu d'approuver le projet de contrat, réduisit de 7 à 3 1/2 le taux d'intérêt convenu avec les prêteurs éventuels, et mêla le patriotisme dans une question qui se traitait avec des hommes d'affaires ; ceux-ci se retirèrent, et il fallut bien en revenir au contrat lel que \ecker l'avait rédigé. Mais les financiers effarouchés avaient disparu. On songea donc à tirer parti du mobilier des églises : l'argenterie seule était estimée à un milliard — c'est le chiffre auquel on évalue ordinairement les biens d'église. — Quoi qu'il y ait à penser de cette estimation, il y avait des vases sacrés, des reliquaires, lampes, chandeliers en argent ou en vermeil, auxquels on pensa pour trouver quelques ressources immédiatement réalisables. Quand la proposition fut faite, M. de Juigné se leva et déclara ([uc l'Eglise de France était prête à faire ce sacrifice. On envoya donc à la fonte, pour en faire des écus, des

Dolarc, op. cit., I, lâS.

Moniteur, 1. 5i(J.

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pièces d'arl d'iiii prix inestimable, oii le métal ne représentait qu'une part infinitésimale. — On abatlit un chêne pour avoir un ^land. — C'est avec ces expédients de fils de famille aux abois qu'on soutenait le crédit public ^ !

Il dut en coûter à M. de Juigné, parce que ce n'était pas son propre patrimoine qu'il aliénait, mais celui de ses églises. Quand un navire est sur le point de faire naufraf^e, on jette par dessus bord tout ce qu'on trouve sous la main.

Vu reste les sacrifices ne lui coûtaient plus : et il (bit s'en imposer d'autres qui lui pesèrent encore plus, car il s'agissait de sa dignité d'évéque et de genlilliomme.

Le 97 septembre, il officia à Notre-Dame pour la bénédiction des drapeaux de la (îarde \ationale. Hien, à la vérité, ne pouvait le réjouir plus que de voir les citoyens de Paris armés pour la défense de l'ordre, se montrer les enfants respectueux de l'Eglise en demandant sa bénédiction. Mais au cours de la cérémonie l'abbé Faucbet monta en chaiie et y prononça un discours qui dut répugner singubèrement à l'homme de tact et de goût qu'était rarclio^éque. Voici une partie de la péroraison 5 :

(( Jurons, sur l'autel du l)i<Mi \ictime des riches et

I. Décrets des nj octobre, 8 novciiiljre i78(). injuria confiscation ol la destruction de l'argenterie des é^dises et couAcnls, voir Cuicliard. Code (inbcrscl et mélhodique des nouvelles lois française... Ciiniiiièine division. Cbrcfé (Paris, Didot, i7()!)- t" section. D.^crct (U's'.\/:>.- njars 1791, 378-'j8o; .Ho mai/.'î juin, 'SiW ; 'A'ij-M) août 17J1, .H',().

:. Del arc, oji. cil., lOo.

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(( (le leurs esclaves ; \iclime de la liberté de la parole (( et du zèle du bien public ; victime de la Vérité et de (( rilunianité; victime de la Patrie et du genre « Jnnnain ; jurons... et quoi,Frères et Citoyens? Jurons (( (lac nous serons libres, par notre énergie, que, pour (( l'être, nous unirons toutes nos forces, et que, par la (( concorde et l'union, nous serons la plus invincible (( et la plus fraternelle Nation de l'univers? Jurons que (( nous serons heureux par notre liberté ; que, pour « l'être, nous aurons des mœurs,' en proscrivant par « les lois, et plus encore par la conscience publique, ({ l'intérêt personnel qui étoulTe le patriotisme, les « grandes richesses privées qui produisent tous les (( désordres. Jurons la liberté! Jurons la vertu! Et (( Dieu, notre Dieu, le Dieu de l'Évangile et de la (( Patrie nous jure le bonheur et l'immortalité. Ainsi (( soit-il ! » La cérémonie se termina par des acclamations et des feux de peloton qui furent exécutés dans l'église '.

I. Faucliet avait prononcé, le .') août, dans réalise de Saint- Jac-ques-la-Bonclierie, \\n discours « sur la Liberté, » après lequel il avait été conduit par deiix compa<>:nies de Garde Nationale à rilôtel de Ville, pour y recevoir une couronne civique. Prudliomme, qui rappelle ce fait dans sg^ Révolutions de Paris, n'allait pas tarder à couvrir de sarcasmes le mèm<> Fauchet lorsqu'il se refusa à la suivre dans ses violences.

• Quelques jours après, au service célébré pour les victimes delà Bastille, à Saint-Augustin, le prédicateur, nommé Osselin, du clerg^é de Saint-André-des-Arcs et ancien chapelain de Notre-Dame, avait trouvé moyen de placer dans son sermon un éloge de \o\taire (Rrv. de Paris, n" (>).

jouR?îÉES d'octobre ro8

Journées d'Octobre.

Depuis plusieurs mois, on se plaignait à Paris de la rareté et du haut prix des vivres. On se demande comment des mesures n'avaient pas été prises pour apaiser cette crise, cause très légitime de mécontentement. La récolte de 1789 avait été aussi belle que celle de 1788 avait été déficitaire ; mais, par suite de l'organisation déplorable des services publics, les marchés de Paris n'étaient pas assez approvisionnés pour satisfaire au\ besoins de la consommation. Certains commerçants abusaient de cette situation pour réaliser des profits illégitimes et parfois les boulangers, pris au dépourvu, devaient interrompre la confection du pain. \ous n'avons pas à examiner qui excita le mécontentement populaire, et qui espérait en tirer parti : nous n'avons qu'à constater un mal réel, mais auquel il n'eût pas été sans doute impossible d'apporter des remèdes appropriés. Toute à ses discussions constitutionnelles, I' Vssemblée ne se préoccupe pas sérieusementde savoir si les expédients qu'on imaginait étaient capables de faire disparaître la disette, et d'arrêter un sourd mécontentement qui ne faisait que croître. C'était livrer la masse crédule à la merci du premier tribun qui saurait l'entraîner '.

I. La rareté et la cherté des vivres provoquèrent d'antres soulèvements populaires, notamment au printemps 179(1, mais alors c'étaient la Constituante et la Municipalité qui étaient rendues responsables de la disette, et cette l'ois on sévit avec rigueur contre les mécontents, en qui on afrecta de \oir dos uf^itatcurs

l){^ là, soiliiciil les évènemeiils d'octobre: une foule en armes se rend à Versailles, en réclamant dn pain ; elle veut envahir l'Assemblée qui transige et admet une députation de poissardes conduites par Maillard ; des orateurs dénoncent l'accaparement des grains, et toujours M, de Juigné est accusé d'être d'accord avec ceux qui veulent affamer Paris i. L'émeute essaie de pénétrer dans le palais, dont quelques régiments fidèles gardent les abords : mais les grilles sont forcées, des meurtres sont commis, la vie de la famiHe royale est menacée et le roi se résout à céder. Il rentre à Paris environné d'un cortège de gardes nationaux, de femmes ivres et de têtes coupées qu'on porte sur des piques ^.

soudoyés par le parti de la Cour. Au reste, l'intervention des « Dames delà Halle » dans -les événements des 5 et 6 octobre, est plus que douteuse, et ceux qui avaient acclamé leur patriotisme en cette heure critique ne devaient pas tarder à oublier la consigne et à reconnaître que les prétendues (( Dames de la Malle » étaient de vulfjaires comparses. En juin et juillet 1790, il y avait eu de nombreuses manifestations en faveur du parti modéré et les (( Dames de la Halle » avaient pris part à ces démonstrations. Prudhomme, étant de mauvaise humeur, tire sur ses anciennes alliées: « Quand le ministère et la police voulaient faire pasiser « quelque chose (sous l'ancien régime), ils avaient des femmes « prêtes à jouer le rôle de (( Dames de la Halle ». Le Comité de (( Police usa, il y a quelque temps, de ce stratagème contre la « liberté de la presse et les gens de lettre (c'est-à-dire contre les « journalistes qui essayaient d'exciter à la gtierre civile). Le « Club de 8ij a joui des mêmes honneurs : on a usé de la même (( rvise, les I)ames de la Halle y sont venues faire un compliment (( au génie de M. Bailly, puis à notre bon général (Lafayette), à (( M. Mirabeau qui dit de si belles choses, et à M. Le Chapellier, «qui, sans cesser d'être breton, est devenu bon parisien... 6one ({ Deusf » Et les a Dames » du 5 octobre ? elle étaient bon teint, celles-là ?

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