I20 LA RELIGION D ETAT
délégation de la puissance spirituelle, le Roi avait l'obligation de protéger la Religion, de la défendre contre les empiétements des hérétiques et les entreprises des incrédules.
Sans doute, après les mesures de rigueur prises par Richelieu et Louis XIV contre les protestants, on avait senti la nécessité de ne pas opprimer les consciences, car l'esprit public avait commencé à s'en ofTusquer. Quant aux mesures de répression employées contre les Jansénistes, elles n'avaient servi qu'à donner de la vitalité à cette secte : la faveur dont ils avaient joui à la Cour, les marques de bienveillance qu'ils avaient reçues des magistrats ne prouvent pas que les grands seigneurs et les parlementaires eussent tous des idées bien arrêtées sur les matières de la grâce (( efticace », mais seulement que dans l'entourage du Roi et dans les grands corps de judicature, on trouvait regrettable que des gens fussent molestés à cause de leurs opinions religieuses. De leur côté, les évêques étaient convaincus que la persécution ne produit pas de conversions sincères, et ils étaient largement entrés dans les idées de tolérance à l'égard des dissidents ; c'est ainsi que M. de Juigné était intervenu pour obtenir renregistrcment de l'édit de 1787, qui régularisait l'état-civil des protestants.
L'Etat français n'en était pas moins essentiellement catholique, et le culte catholique était seul officiellement reconnu. Mais, parnri les esprits avancés qui avaient pris la direction de la Constituante, la tolérance accordée aux non-catholiques était regardée comme une concession insuffisante : celui qui tolère