‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 40 sur 146 · Ihid., p. i · texte numérisé non relu

Ihid., p. i

a. Ht'volutions de Paris, n" i35, p. 278.

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ture massive et robuste, nous ignorons qnc la sève ne circnle pins en Ini, qn'il est creux et que l'orage le couchera bientôt par terre. Ainsi en est-il des hommes et des populations, qui ont conservé ce qu'on appelle (( les ha])iludes chrétiennes » ; ils assistent aux offices, fréquentent encore les sacrements, mais leur âme est desséchée ; la sève de la foi est tarie dans leur cœur, la routine seule les soutient jusqu'au jour où la moindre cause extérieure fera voir que, sous ces dehors de religion, il n'y a qu'une ignorance tofale des devoirs chrétiens et une conscience faussée. Beaucoup des Constituants n'apportaient à Versailles qu'une religion de surface, d'étiquette, de mode, et quand la mode changea, ils se montrèrent les ennemis jurés d'un enseignement qui repose sur l'humilité, le détachement des biens terrestres et l'abnégation de soi-même. C'est donc une fable que le respect de la Religion chez les Constituants; il n'y eut chez eux que de la religiosité au début, puis une indifférence profonde qui se déguise au besoin sous des torrents de phraséologie larmoyante K

Le sentiment religieux dont on continua à faire parade était la négation de la religion. Les prêtres ne devaient être, selon une expression consacrée, que des officiers de morale, délaissant la prédication de dogmes surannés, pour annoncer au peuple les bien-

I. Voir, par exemple, la longue homélie que Prudhommc adresse dans les Révolutions de Paris, t. VI, p. 5o2, aux habitants de la campagne pour leur vanter les bienfaits de la religion et les mettre en défiance contre l'épiscopat dont il conteste la bienfaisance, précisément la qualité qu'il est le plus- difficile de lui refuser.

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faits do la Rôvolulion : l'église devait èlrc le lieu de rendez-vous des citoyens, luais ils s'y devaient réunir pour apprendre la législation nouvelle, et la lecture des décrets de l'Assemblée devait remplacer avantageusement celle de l'évangile. Pour les réformalcurs de la société, la religion était un moyen usé, que devaient remplacer les théories de la pliilosophle et si on consentait à la conserver, c'était à la condition qu'elle consentît à s'adaj)ter au nouvel esprit du temps : on y recourait pour atteindre les masses ignorantes et superstitieuses, — il fallait une religion pour le peuple — mais les hommes éclairés devaient s'en détourner et puiser aux véritables sources l'amour de la vertu et celui de la liberté. La leligion était donc tolérée, quand elle se bornait à préparer la voie à la philosophie ; on acceptait alors ce double emploi, mais elle n'avait pas le droit de garder sa vie propre et son organisation tradiliormelle ; il lui fallait se mettre à la suite de la Révolution, adorer ce qu'elle adorait, anathématiser ce qu'elle anathématisait et évoluer avec elle ; parce ([u'elle répudiait de compromettantes et dangereuses solidarités, elle fut traitée comme un foyer de contrerévolution. Jusque-là on lui avait fait bonne mine, mais ensuite, elle fut l'ennemie, et, sous le nom de fanatisme, dénoncée comme un fléau social.

Vu moment où nous sommes, on n'en était pas encore arrivé à une rupture ouverte ; en 1789, la bonne harmonie était encore à l'ordre.' du jour' ; l'atla-

I. Kn août, \e niîirqiiis de Lacost(î avait déposé une niolioii sur los biens du clergé; elle futécarlée, comme dangereuse; elle

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chomcnl à la roligion, sincère ou affecté, persistait dans les relations extérieures, et l'opinion n'était pas prête pour une attaque ouverte.

11 fallut donc recourir à une autre tactique ; elle consista à mettre en avant la nécessité de parer aux embarras financiers. Le 26 septembre, on avait voté ime contribution extraordinaire taxant chaque citoyen au quart de son revenu, mais on ne paraissait pas beaucoup compter sur cette ressource, qui supposait des déclarations spontanées, et ces déclarations, en supposant qu'elles fussent faites, risquaient de n'être pas toujours sincères ^.

La confiscation.

Le 8 octobre, la question des biens d'église fut posée par l'évéquc d'Autun, Maurice de Talleyrand- Périgord '^. Récemment promu à l'épiscopat, malgré les scandales de sa conduite, ïalleyrand s'était effacé pendant les premiers mois ; il ne savait pas encore au juste de quel côté allait souiller le vent •^. 11 y avait

avait cependant en l'approbation de l^rndhomme. (Bévoliitions de Paris, n° 5).

1. C'est ce {[ni paraît être arrivé; voir le rapport financier de l'abbé de Montesqnion, en date dn 9 septembre, commenté par les Révolutions de Pnris {n° ii/»).

2. La motion de Talleyrand est reprodnite intégralement dans Gnichard (op. cit., sect. I, S-j^); elle est snivie du discours prononcé sur le même sujet, le 28 octobre 1789, par Thouret (29-31).

— Journal ecclésiastique, nov. 1789, 282-29H.

[^ 3. Sur ïalleyrand : Pisani. Répertoire..., introduction et 217;

— A. de Charmasse, J. L. Gouttes, évêque de Saône-et-Loire, p. 20-35 ; — Bernard de Lacombe, Talleyrand, évêque d'Antun. — Sicard, op. cit., II, 129 et suiv. ; — Journal ecclésiastique, nov.

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cependant dans le cahier d'Autun, dont il était le rédacteur, des phrases inquiétantes : après avoir insinué que certains biens ecclésiastiques n'avaient jamais pu être une propriété, comme présentant une violation du droit naturel, que d'autres propriétés, légitimes dans le principe, avaient cessé de l'être par l'anéantissement ou l'inevistence actuelle de la cause à laquelle ils étaient liés, il ajoutait : u Quant aux autres proprié- <( tés certaines, il sera déclaré que la Nation ne peut les <( attaquer qu'en accordaFit un dédommagement rigou- (( reusement proportionnel. »

La discussion, ouverte le lo octobre, et plusieurs fois interrompue, ne fut close que le 'i novembre '. (( Vous êtes chargés, avait-on dit aux gens d'église, de (( satisfaire à un service public, et vous avez droit, à « ce titre, à une juste rémunération. Mais qu'on vous (( laisse des biens immobiliers ou qu'on vous en (( garantisse la rente, votre position est identique, et la {( mise dans le commerce de vos biens-fonds permetif Ira de relever le crédit public. »

De part et d'autre un grand nombre d'orateurs prirent la parole : Maurv, Siéyès, La Fare, évêqiie de Nancy, l'abbé de Montesquiou, l'archevêque d'Aix iioisgclin, présentèrent avec abondance et clarté les

1789, .S83-391. Ij' même journal reproduit on iriars lyijr la lettre (les curés d'Autun à leur ancien évéque, qui leur exposait les motifs qui l'avaient poussé à adhérer à la Constitution civile ; cette lettre commence ainsi : « Monseigneur, votre apostasie n'a « surpris persoime... » la suite est à l'avenant, dette lettre est analysée par M. de Lacombe (pp. 2/16-a/iG) <|ui l'attribue à vni des vicaires générauv, le clianoine de Chassignole. I . Monilriir. 11. .')--i ■>.(].

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raisons qui garantissaient à l'I^^glise l'inviolabilité de son patrimoine i. Parmi les orateurs de l'autre parti, Mirabeau tenait la première place. Son admirable talent de parole, sa voix tonitruante, la véhémence passionnée ei l'imprévu de ses mouvements oratoires subjuguèrent la plus grande partie de ses auditeurs. Mais, plus que les grandiloquentes figures de rhétotique, l'argument qui décida le vote fut la nécessité d'une plus juste répartition des revenus ecclésiasriques 2. 1.200 livres, au moins, au moindre curé de campagne, telle fut la formule qui enleva l'assentiment de la majorité. On s'était beaucoup apitoyé depuis quelques mois sur le sort infortuné des (( congru istes », réduits à 700 livres : il fallait faire œuvre d'équité en améliorant la position de ces modestes et méritants serviteurs du jieuple •^.

Les orateurs qui défendaient le maintien de l'ancien ordre de choses essayaient de montrer à quelles impossibilités on allait se lieurter : 48.000 curés et vicaires à 1.200 livres de\aient absorber 62 millions; il

i. SlcarJ (0/^. cil., il, ly.'i-ibi), analyse les discours do \Iaiir\. Sicyès, Boisgeliii (12 octobre) et Montesquiou (3o octobre).

^>. (( Qui de vous n'a pas été frappé de cette répartition inégaie, qui voue à l'indigence d'utiles pasteurs, pour maintenir dans la mollesse des hommes souvent inutiles? » (Discours de Treilhard à la Constituante, séance du 1 1 octobre 1790).

3. Dillon, curé de Vieux-Pouzauges en Poitou, lit cette déclaration : u Quand il serait matliématicpiement démontré que nous « avons la propriété des fonds, préfonds et tréfonds des biens « ecclésiastiques, il serait, je ne dis pas de notre générosité, mais <( de notre devoir de les abandonner à la Nation ))(3 octobre 1789). Sa cure lui rapportait-elle plus de 1.200 livres? Si oui, son acte était généreux ; ^i non, il était lialiile.

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restait à payer les évêques, les chanoines, les vicaires généraux, fournir des pensions convenables aux bénéfîciers, religieux et religieuses, faire face enfin aux frais d'entretien des églises et presbytères, les 80 millions de rente restant à l'Eglise n'y pouvaient suffire : il faudrait 100, i3o millions et peut-être 160, en faisant la part des pauvres, qui n'avait vécu jusqu'alors que des largesses du clergé.

L'archevêque d'Aix, particulièrement compétent en matière de finance et d'administration, représenta le danger qu'il y avait à mettre en vente une telle quantité de biens ; les prix ne tarderaient pas de s'avilir. Il olTrit donc, au nom de son ordre, de contracter, pour les besoins de l'Etat, un emprunt de 4oo millions, gagé sur l'ensemble des biens de l'Eglise de France et garanti par elle. Le crédit du clergé était encore assez solide pour obtenir de l'argent à 5 "/„, tandis que l'Etat n'en trouvait pas à ce prix. Mais accepter cette offre, c'était reconnaître l'existence de l'Eglise en tant (pi'ordre, c'était surtout devenir son obligé, s'interdire toute action hostile confie elle. La gauche de r Vssemblée repoussa donc cette proposition, en affectant d'y voir un piège.

La majorité n'en était pas moins hésitante, et, pour la ralher, il fallut encore une fois se rabattre sur une formule vague, mais perfide, qui fut votée le 2 novembre par 568 voix contre 346 : « Les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la Nation, à la charge de pourvoird'une manière convenable à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres. » On Y avait ajouté colle disposition complémentaire

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destinée à conquérir le vote des cnrés : « Il ne pourra être afTeclé à la dotation d'une cure moins de i .300 livres par année, non compris le logement et le jardin en dépendant. » Le 4 novembre, le roi donaa sa sanction à ce décret ^.

Les mesures d'exécution ne se lirent pas attendre : tous les bénéfîciers furent invités, par le décret des i3/i8 novembre, à déclarer, dans le délai de deux mois, le détail de tous les biens composant leurs bénéfices^. Deux autres décrets des 17/^7 et i4/'27 novembre assurèrent, sous des sanctions sévères, la conservation des immeubles, meubles, archives et bibliothèques appartenant aux évéchés, chapitres, cures, bénéfices et monastères 3.

Avant même que fût expiré le délai imparti pour les déclarations, on s'occupa de réaliser les ressources nouvelles, et, bien qu'une somme de 170 millions fut seulement nécessaire, on vota la mise en vente de 4oo millions de a biens nationaux » (17-19 novembre). Une (( Caisse de l'Extraordinaire » fut instituée pour recevoir le produit de ces aliénations'^, et, en attendant la rentrée des fonds, cette caisse fut autorisée à

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