‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 45 sur 146 · EXODE DES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

EXODE DES RELIGIEUX

M>ici, par exemple, ce qui se passa pour les Carmes de Paris : il y avait trois maisons de Carmes : les grands Carmes, à la place Maubert, les Carmes de la Réforme de Bretagne, aux Bille ttes, et les Déchaussés, rue de Aaugirard. Dans les deux premières communautés, il y avait eu beaucoup de sorties : i6 sur 25 aux Billettes ; >.i. sur 3o à la place Maubert. Les Carmes déchaussés, j)lus attachés à leur règle, sans doute parce qu'elle était plus austère, n'avaient d'abord vu partir que 7 des leurs surGG qu'ils élaienl. On amena rue de Yaugirard les ao C-armcs des autres établissements ; ceux-ci suivaient une règle mitigée et s'accommodèrent mal de la vie plus pauvre et plus sévère des Déchaussés. 11 s'éleva des plaintes de part et d'autre et plusieurs des mécontents quittèrent le couvent.

Mais ce qui amena surtout la désertion, ce fut l'incertitude du lendemain ; l'asile offert aux persévérants ('lait temporaire et, nul ne l'ignorait, c'était par tolérance qu'ils se sentaient conservés dans leurs couvents, à un jour prochain ils s'attendaient à être congédiés. Ceux ([ui avaient des parents sortirent, non pour al)jurer leurs engagements, mais au contraire, pour pouNoir mener dans leur famille une existence conforme au genre de \ie auquel ils s'étaient voués. Ajoutons

les (loiiv farauds couvents des Capucins et des Feuillants de la rue Saint Honoré furent é>acués par les reli«?ieux. ; on y installa le secrétariat, les bureaux, les archives et rimprinKîrie do l'Asseniblée Nationale. Pendant l'année 1790, ■2-j maisons relif^ieusos lurent aliénées, sans compter les maisons et terrains situés hors' des lieux claustraux. La Municipalité de Paris les prit en bloc pour aoo millions, avec faculté de n'en payer le prix qu'en. I.'» annuités, et raiitorisation de rétrocédera des [)articulicrs.

l48 EXODE DES IIELIGJCLX

aussi qiiic ceuv qui avaient quelque activité ue pouvaient se faire à l'existence de reclus à laquelle ils étaient condanniés par la nouvelle réglemeutation. Quand les refus de serment eurent fait de larges vides dans le clergé séculier, beaucoup de régulieis acceptèrent des postes dans les paroisses. Le traitement qu'ils y recevaient dépassait la pension qui leur était servie et ils pouvaient vivre plus occupés et moins dénués que dans leurs couvents à la veille d'une inévitable désaffectation.

Enfin, il se trouva des religieux qui, condamnant la Constitution civile, voulurent prêter leur concours à cette partie du clergé qui avait refusé le serment . Mais pour se livrer à un ministère de jour en jour plus dangereux, ils durent abandonner les maisons où ils étaient recueillis, et se tenir à l'abri des espions et des délateiurs.

Nous voyons donc par quel ensemble complexe de mobiles les sorties de relig^ieux se multiplièrent de plus en plus ; il n'est par conséquent jias possible de former un jugement absolu sur leur conduite, ni d'englober dans une même condanmation ceux qui agirent par lâcketé ou par faiblesse,, ou pour des motifs qui «n'ont rien que de louable.

La loi se itrouva donc appliquée avec des tempéraments qui lui firent perdre aux yeux du grand nombre, une partie de ce qu'elle avait de vexatoire. Par une pression lente, on arrivait au même résultat que par des expulsions brutales. En allendant, les biens des religieux étaient incorporés au Domaine Public.

Pour la ville de Paris seulement, l'opération était importante : 38 étaMi-ssCîments appartenant à ao ordres

SlPPRE>*ïSTO\ DES GHAPIIRES I /j()

OU congrégations avaient déclare l'année précédente en revenu brnt de 2.787.000 livres, réduits par les charges à 1.643.000 livres^. Un millier de pensions à 800 livres, chilTre moyen, absorbaient 800.000 livres ; il restait donc le capital de 800.000 livres de rente à la Caisse de l'Extraordinaire ; et le reste, grevé senlement d'une charge viagère, pouvait être également aliéné, pourvu ([ue fut assuré le service dc^ allocations attribuées par la Loi.

Supprcssio/i des chnpi/rcs.

Une autre liquidation non moins fructueuse suivit la suppression des Chapitres. Les mêmes raisons furent alléguées pour faire disparaître ces corps respectables. Or, le Chapitre de Notre-Dame avait un revenu net de AA^-ooo livres 2, et les onze collégiales du département, supprimées comme le chapitre métropolitain, percevaient un revenu net de 473.000 livres •*. C'était donc

I. Sur les 7.") comiiHinaiilés de femmes, m avaient l'ait des déclarations de leurs revenus trop mal -rédigées pour qu'il puisse en être tenu compte. I.es (Jô autres maisons, comprenant 1.9G0 religieuses, accusaient un revenu brut de 1.898.000 1, et net de (joo.ooo. Les plus riches étaient les franciscaines du monastère royal de Longchamp, où le revenu divisé par le nombre des religieuses dépassait .H.ooo 1. ; les plus pamres é-taient aussi des franciscaines, celles de VAvc Maria, cpii devaient vivre avec 180 1. de revenu annuel par tète.

Parmi les religieuv, les plus riches étaient les Bénédictins, les Mathurins et surtout les Minimes; les plus pauvres, les Franciscains, n'avaient pas plus de 3oo 1. par religieux.

Page 1