‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 8 sur 146 · LES EGLISES PAROISSIALES · texte numérisé non relu

LES EGLISES PAROISSIALES

quartier d'élection de la haute aristocratie : des rues s'étaient ouvertes au milieu des prairies du Pré-aux- Clercs, et le long de la route qui menait au lointain Vaugirard. Les sentiers ombreux que longtemps n'avaient parcourus que les troupeaux revenant du pâturage, étaient devenus des voies élégantes sillonnées par de luxueux carrosses, la population avait centuplé, et, malgré la récente ouverture de la nouvelle église paroissiale du Gros-Caillou, Saint-Sulpice avait encore 90.000 communiants, ce qui représente au moins 120.000 habitants. Encore faul-il ajouter à ce nombre les malades des trois hôpitaux de la Charité, des Incurables et des Petites-Maisons, les religieux Bénédictins, Augustins, Carmes, Dominicains, Prémontrés et ïhéatins, dont les couvenis s'étaient construits sur le territoire paroissial, et les religieuses des dix-huit couvents, exemptes, comme les religieux, de la juridiction curiale ^.

Dans le faubourg Saint-Jacques, l'église de Saint- Jacques-du-Haut-Pas a traversé la Révolution, ainsi que Saint-Médard, au faubourg Saint-Marceau ; mais Saint-Hippolyte, Saint-Martin du Cloître et Saint-Victor

I. L'enclos de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prc's ('■tait exempt de la juridiction paroissiale ; une chapelle dédiée à saint Symphorien et située iin peu au sud de l'église abbatiale, servait de paroisse aux habitants des maisons construites dans le cloître ; le curé était, en 1790, D. Heulland, religievix bénédictin. Cette paroisse était indépendante de l'ordinaire, et c'est à cette raison que ni D. Heulland, ni le curé de Saint-Jean-de-Latran, ni le Grand-Prieur de Saint- Victor, ni l'abbé de Ligny de la Quesnoy, prieur du Temple, ne furent admis comme électeurs de droit en 1789, parce qu'ils n'étaient pas à proprement parler « curés de Paris ».

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n'existent plus : leurs ruines ont été même détruites, celles de Saint-Victor, quand on a établi l'Entrepôt des vins, Saint-Martin et Saint-Hippolyte lors des grands travaux exécutés sous le second Empire ^.

Dans le faubourg Saint-Antoine, l'église de Sainte- Marguerite a été conservée ; la chapelle de Saint- Antoine, dite des Quinze-Vingts, lui servait de succursale, et, érigée en paroisse au Concordat, elle a occupé à titre précaire un local dépendant de l'Hôpital jusqu'à la construction toute récente de l'église actuelle. Le faubourg Saint-Antoine renfermait une population de près de oo.ooo habitants.

Le faubourg du Xord en avait plus de 60.000 ; le territoire de Saint-Laurent s'étendait des Filles-du- Calvaire à Montmartre ; il avait ses premières maisons en face du prieuré de Saint-Martin-des-Champs et touchait au nord aux paroisses de la Villette et de Pantin.

A l'ouest de la ville, le hameau de la Ville-l'Evêque, devenu quartier aristocratique, avait pour paroisse une petite église de la Madeleine qui fut démolie et que devait remplacer l'édifice monumental qui, commencé en 1764, ne fut livré au culte, et après quelles péripéties ! qu'en 1843.

Plus loin, dans le faubourg du Roule, une modeste chapelle qui servait d'annexé h la paroisse de Villiers, avait dû être abandonnée en 1741, parce qu'elle menaçait ruine ; de 1768 à 1788 Chalgrin construisit l'église que nous connaissons, et qui parut alors bien

I. Consultor la très énidite Monofjraphiv de la paroisse de Saintmpprjlyle, par l'abbé Gaston. Paris, Champion, 1908.

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disproporlionnéo, car la paroisse créée par M. cleJuigné n'avait encore que (3oo communiants.

Plus loin encore, le village de Chaillot, englobé administrativement dans Paris, mais gardant son aspect campagnard, avec ses cultures étagées sur les terrasses qui bordaient la rivière ; les hauts bâtiments de l'abbaye de Sainte-Périne, de la Visitation et du couvent des Bons-Hommes ou Minimes, couronnaient les pentes d'où la vue pouvait se reposer sur les tours de iSotre-Dame ou se perdre jusqu'aux hauteurs alors verdoyantes de Montmartre ou de Chatillon.

Enfin, je dois dire un mot des grands hôpitaux qui avaient pour leurs aumôniers le privilège de la juridiction curiale : c'étaient l'Hôtel-Dieu, qui relevait directement du Chapitre de Notre-Dame, ainsi que l'Hôpital Saint-Louis, son annexe. Puis la Salpétrière, qui recevait 5oo malades et plus de 6.000 infirmes ; les Quinze- Vingts, la Pitié, qui ne s'était pas afï'ranchie sans peine de la dépendance du curé de Saint-Médard ; la Charité, les Petites-Maisons et les Incurables (aujourd'hui Laënnec) étaient sur la paroisse Saint-Sulpice, comme il vient d'être dit. Les hôpitaux moins importants, tels que Sainte-Catherine, Saint-Gervais, la Miséricorde ou Notre-Dame de Liesse étaient soumis à l'inspection et la direction des curés de leurs paroisses respectives.

Les chapitres.

Pour ne pas être investis de la charge pastorale, les Chapitres n'en étaient pas moins une partie importants du clergé de Paris.

LES CHAPITRES l"

Lc Cliapilro Métropolitain avec ses cinquante dignitaires et chanoines, ses vicaires de chœnr, niachicots, chantres, clercs de matines, formait alors une belle couronne d'hommes de prière. Les offices étaient célébrés avec une majesté digne de la première cathédrale du royaume, les chants étaient exécutés avec une perfection justement réputée ; mais Notre-Dame de Paris n'était pas une église i>aroissiale et son Chapitre n'avait de juridiction spirituelle que sur ses propres membres et sur les employés, clercs ou laïcs, qui dépendaient de lui.

Les chanoines, dont plusieurs se trouvaient associés au gouvernement du diocèse, jouissaient de revenus importants que doublaient ou triplaient asvsez souvent (les aljljayes ou d'autres gros bénéfices. Le revenu du (lliapitre, déduction faite de toutes les charges, s'éle- ^ail en 1790 a /j/i'i.ooo livres.

Il y aurait beaucoup de détails inléressanis et capables de tcnler un historien dans l'histoire de cette Ncnérable (Compagnie ; le travail a été entrepris, au moins en partie, par l'abbé Meuret ^ qui a exposé avec talent la situation du (chapitre de Notre-Dame à la \ cille de sa suppression en 1790. C'est à cet excellent ouvrage que je renverrai les lecteurs désireux d'en savoir plus long sur cette question ; aussi bien se trouve-t-elle un peu en dehors du sujet que nous avons à traiter ici, puisque les Chapitres disparaissent au début même de la Révolution. Si j'ai à parler par

I. Ij' chapitre <h' ,\olrc-lhiiiic de /V/r/.s m l/lfO^ 1 vol. in-8". Paris. Picard, irjoO.

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la siiilc do (fiiolc|ues-iins dos chaiioinos de Paris, ce sera parco qu'ils se seront trouvés mêles à titre individuel h la vie religieuse du diocèse.

J'en dirai autant des collégiales parisiennes qui étaient au nombre de dix : la Sainte-Chapelle du palais fondée pour recevoir les reliques insignes de la Passion de Notre-Seigneur, Saint-Louis du Louvre, Saint-Honoré, Sainte-Opportune, Saint-Marcel, Saint- Merry, le Saint-Sépulcre, Saint-Benoît, Saint-Etiennedes-Grès et la Sainte-Chapelle 'de Yincennes i. Leur revenu net s'élevait à 473. ooo livres"^.

En général les chanoines des collégiales parisiennes

1. Saint-Benoît et Saint-Merry étaient à la fois des églises paroissiales et collégiales ; un des chanoines y remplissait les fonctions de curé. Sur les dix églises citées plus haut, celle de Saint- Merry est la seule restée ouverte au culte. La Sainte- Chapelle a été désaffectée le jour où a cessé d'être célébrée la « Messe Rouge » qui mettait sous la protection divine la rentrée des Cours et Tribunaux. La Sainte-Chapelle de Vincennes est dans un état de délabrement dont s'affligent les ainis de l'art. Les sept autres églises collégiales ont disparu : Saint-Louis, pour ragrandissement de la Place du Carrousel; Saint-Etienne-des-Grès, pour celui de la rue Cujas ; Saint-Benoît, pour le percement de la rue des Ecoles ; Saint-Marcel, pour l'ouverture du boulevard de ce nom. Sainte- Opportune avait disparu depuis longtemps quand la rue des Malles a été tracée sur son emplacement. Saint-Honoré a laissé son nom à un passage dont une entrée est rue Croix-des-Petits-Champs et qui conduit dans un ancien cloître qui était celui du Chapitre. A la place du Saint-Sépulcre, on édifia des bâtiments dont la réimion fut appelée la Cour Batave ; ces bâtiments ont été remplacés par ime rue lors de la création des Nouvelles Halles Centrales et le nom de « Cour Batave », qui sert d'enseigne à une boutique, est le seul souvenir qui nous reste d'une église illustrée par les travaux et les vertus de ceux qui la desservaient.

■i. Près de la moitié produite par celui de Saint-Honoré qui passait pour le Chapitre le plus riche du royaume.

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