H MUI.ENCES EXERCÉES CONTRE LES FIDELES
chapelles aux iiiseinieiités, el que, par la force des choses, l'anUience renaîtrait dans les paroisses, mais, à son grand dépit, Gobel ne fut reçu par aucune communauté de femmes ; on lui opposa qu'on ne le reconnaissait pas comme supérieur légitime.
Violences exercées contre les fidèles (jui J'réqiie/ile/il les chapelles.
Que se passa-t-il alors? Le jeudi 7 avril, dans la matinée, les chapelles les plus courues furent envahies par des bandes de mégères recrutées dans les marchés ou dans les mauvais lieux; les prêtres sont insultés, malmenés; les femmes sont traînées dans la rue et fouettées publiquement, sous l'œil indifférent de la police. Sans aucun doute, il y avait eu un plan arrêté d'avance, car ces scènes révoltantes se produisirent à la même heure dans les différents quarliers, rue Saint- Antoine et rue du Bac, à Saint-Uoch et à la Monlagne Sainte-Geneviève. Faut-il aller jusqu'à dire que Gobel fut l'organisateur de ces scènes barbares et scandaleuses ? Faut-il penser que la colère lui inspira quelques paroles de vengeance qui furent colportées dans son entourage et que les clubs se chargèrent de mettre à exécution ^ ?
I. Les meneurs de la Révolution eurent une attitude fort embarrassée et cherchèrent à détourner la question par des diversions assez gauches. Prudhomme (Rév. de Paris, n° 92-2/1-26) finit par se décider à conclure son article en absolvant les violents : « Le succès de la Révolution dépendroit-il donc de cfurlques coups « de verges donnés fort à propos et fort décemment;' » Puis, à la page suivante, il revient sur le sujet et accuse des i^rètres réfrac-
gtl FKÉQLKM'L.M- LES CHAPELLES 20()
Dès le lendemain 8 avril, le ministre de l'Intérieur, de Lessart, écrivait, au nom du Roi, au Directoire du département de Paris, pour flétrir de tels attentats et demander que les auteurs en fussent recherchés et punis'.
Le Directoire répondit, le 9 avril, par une proclamation qui interdisait les attroupements autour des couvents et requérait la Garde Nationale pour les dissiper ; mais, en même temps il arrêtait que « M. le Métropolitain de Paris serait invité à prendre toutes les mesures qui dépendaient de l'autorité spirituelle, pour empêcher que des ecclésiastiques sans pouvoirs s'immiscent dans aucunes fonctions publiques ecclésiastiques, et n'abusent pa^ à cet effet des églises de maisons religieuses-, n
Le II avril, le Directoire prit un arrêté destiné à réglementer l'exercice du culte -^ Il était institué un préposé laupie chargé de veiller au bon ordre dans les églises paroissiales ; le préposé devait dresser une liste des ecclésiastiques attachés à l'église, et cette liste devait être affichée à la porte ; toutes fonctions étaient interdites aux prêtres qui n'y seraient pas inscrits. Toutes les autres églises ou chapelles devaient être fermées dans les '24 heures et mises en vente ; les
taires de ne vouloir faire le scliisme avec l'église gallicane que j)our r)ouvoir prêcher le despotisme et renverser la constitution, (l'est sur cette calomnie que la presse antireligieuse vivra jusqu'à la fin de la Révolution... et même depuis.
t. Monilcur, 10 et 12 avril lyiji.
■>.. Molli leur, ihid.
.i. Vrrèté du Directoire de l'aris. (luicliard, o/>. cit., sccl. 11.
! l'S-2 iG.
fî^iO VIOLENCES EYEUGEES CONTUE LES FIDELES
chapelles des hôpitaux, prisons, collèges, séminaires et coniniunautés cloîtrées resteraient alfectées au culte, mais seulement pour l'usage des personnes résidant à l'intérieur des maisons dont elles faisaient partie ; elles seraient rigoureusement interdites au public, et aucun prêtre n'y pourrait célébrer sans une autorisation de l'évoque, visée par le curé de la paroisse. Si des particuliers voulaient tenir des assemblées religieuses, ils avaient la liberté de le faire, à condition de placer sur la porte un écriteau indiquant l'objet de leur réunion.
Ce dernier article contenait une innovation et consacrait une liberté : les citoyens pouvaient donc s'assembler dans un édifice leur appartenant ou mis à leur disposition, pour y exercer un culte, quel qu'il fût. Les protestants usèrent de cette faculté, et louèrent la collégiale de Saint-Louis du Louvre, abandonnée depuis un an par les chanoines. Le 33 mai, ils lircTit la dédicace solennelle de leur nouveau temple ^
M. de Pancemont, curé de Saint-Sulpice, les aNait devancés; l'arrêté est du 11 avril : le i3 avril, il louait l'église du ci-devant couvent des Théatins, situé entre la rue de Lille, et le quai des Théatins, aujourd'hui quai Voltaire. Le 1 5 avril, il sollicitait la permission d'ouvrir, dès le 17, dimanche des Rameaux. Le Directoire lit droit à sa demande, et autorisa l'apposition
I. Aulard, Etudes et leçons... V° série, 90-93. — Honet-Maury, Histoire de la liberté de conscience en France, eti, xi, 30-84. — A. Lods, L'éylise réformée de Paris pendant la Révolution. Paris, 1889, — du même : L'église luthérienne de Paris pendant la Révolution. Paris, 1893. — C, Coignct, L'évolution du protestantisme français au XIX' siècle. Paris, 1908, 00-0 1.
Qll FRÉQUENTENT LES GÎTA-PELLES a/iT
do rinscriplion suivante : Edijice consacre cm aille religieux par une société particulière. — Paix et Liberté^, C'était strictement légal, mais, en donnant aux catholiques non conformistes le droit d'exercer pnbliqnement leur culte, on portail un coup sensible à l'église constilutionnelle. Ce que la loi autorisait, la violence seule pouvait l'empêcher; une manifestation fut organisée 2 ; on annonça que M. de Pancemont se proposait de donner lecture du dernier Bref du Pape, où la Constitution civile était condamnée ^^. Le curé de Saint- Thomas-d'Aquin, l'ex-oratorien Latyl, plus intéressé que personne à la suppression de ces réunions, qui achèveraient de vider son église, ne paraît pas avoir été étranger à l'agitation rpii se préparait^.
Le 17 avril, dès 7 heures du matin, des groiq:)es menaçants étaient massés sur le quai ; une partie des personnes qui venaient entendre la messe crurent prudent de rebrousser chemin; d'autres pénétrèrent dans l'église, mais les clubistes les y suivirent, et les scènes des jours précédents se renouvelèrent. Les patriotes