CONTRE LE CLERGE INSERMENTE
que CCS lois étaient abrogées ou violées. En aucun cas, sauf dans quelques petites paroisses de la banlieue, il n'y avait eu résistance ouverte.
En province, et surtout dans les campagnes, il en avait été tout autrement. Dans plusieurs contrées, les paysans étaient trop profondément attachés à leur culte traditionnel pour se laisser longtemps séduire par les nouveautés. Les anciens curés restés ou rentrés dans leurs villages, avaient réussi sans peine à ramener à eux les esprits un moment égarés, et continuaient, dans les maisons particulières, un culte auquel leurs paroissiens s'associaient en très grande majorité. L'intrus restait seul dans son église déserte, car les partisans qu'ils pouvaient avoir étaient précisément ceux qui n'allaient jamais à la messe, et pour qui l'installation d'un curé constitutionnel n'avait été qu'un moyen d'être désagréable à leur ancien curé. Parfois, l'intrus avait dû se retirer, soit par découragement, soit par suite de menaces, ou même de violences, comme celui que ses paroissiennes avaient voulu pendre à la corde de la lampe du Saint-Sacrement.
L'Assemblée ne tarda pas à être saisie de plaintes relatives aux troubles religieux. Il y avait urgence à agir, car, dans certains départements, les Directoires avaient pris les devants par des mesures qui, pour être absolument illégales, ne montraient pas moins la volonté d'écraser toute velléité de résistance. Dans le Finistère était évêque Expilly, ancien constituant, qui sera guillotiné comme modéré, mais qui était alors un violent. A sa requête le déparlement décréta, le 21 avril i79r, que les prêtres insermentés pourraient
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être obligés de s'éloignera quatre lieues au moins de leur ancienne paroisse ; et, cette mesure s'ctant trouvée inefficace, on avait pris le parti d'interner tous les prêtres suspects au château de Brest, où ils étaient traités avec la dernière barbarie.
Dans la Loire-Inférieure, c'était le séminaire qui avait été transformé en prison. Dans le Doubs, l'Ain, la Charente, la Somme, les autorités départementales avaient pris l'initiative de mesures de rigueur qui dépassaient leur compétence et Violaient ouvertement la liberté individuelle, garantie par la Déclaration des Droits de l'Homme ^.
L'Assemblée prit pour tache non de réformer toutes ces injustices, mais de leur donner un caractère légal. La discussion, commencée le ai octobre 1791, se termina le 29 novembre ; elle dut être plusieurs fois interrompue pour l'examen des mesures à prendre contre les émigrés, de plus en plus nombreux à mesure qu'augmentaient les vexations illégales, et dont les rassemblements armés sur la rive gauche du Rhin étaient une menace de guerre civile.
L'un des députés qui parlèrent avec le plus de passion contre les insermentés, fut l'abbé Fauchet, devenu évêque du Calvados, en récompense du zèle qu'il avait montré pour le succès de la Révolution. Comme Expilly, il devait évoluer plus tard vers le modérantisme, et porter sa tête à la guillotine, rachetant alors ses erreurs passées par un austère repentir. Mais alors,
I. Aulard, op cit., 71. — La Législative ordonna on octobre 1791 la mise en liberté des prêtres arbitrairement détenus {Révolutions de Paris, n" 120).
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il niellait toute la foiigvie d'une éloquence de déséquilibré au service de la cause constitutionnelle. Le 26 octobre il demanda que tous les prêtres, sans exception, fussent astreints au serment, et, en cas de refus, privés de leur pension, de cette pension que la Constituante avait solennellement garantie comme une dette nationale, le jour où elle s'était attribué les biens de l'Église. Alors il représenta les insermentés comme des monstres u inspirant aux citoyens crédules une haine « implacable contre leurs frères... ils voudraient nager (( dans le sang des patriotes » — a en comparaison de « ces prêtres, les athées sont des anges ». Ces métaphores de rhéteur à la recherche d'une idée et ne trouvant qne des mots, étaient saluées par les applaudissements de l'auditoire.
D'autres évêques constitutionnels se levèrent pour plaider la cause de la justice et de la charité : Anastase ïorné, ancien doctrinaire, devenu métropolitain du Centre et évêque du Cher, réfuta de point en point les déclamations de Fauchet et cependant Torné devait finir plus tristement que Fauchet : par une évolution contraire, il se convertit sur le tard au\ principes qu'il avait si bien réfutés ^. Il fit une apostasie particulière-
I. Anastase Torné attacha son nom à deux propositions qui ne lui font pas honneur : ce fut lui qui fit étendre les effets de la loi sur les ordres religieux aux congrégations ecclésiastiques, entre autres celle (\o-i Doctrinaires, dont il avait fait partie ; ce fut également lui ([ui lit voter la loi qui prohibait le costume ecclésiaslifjue et religieux. Il se mettait ainsi à la remorque du journaliste révolutionnaire qui depuis un an potirsuivait cette abolition. Le ') février 179^ Prudhomme écrivait : « Jésus-Christ n'a pas porté l'habit religieux : en voulez-vous la preuve ? Allez
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mont scandaleuso, se maria et mourut, autant do honte que de misère, en 1797. Clavide Le Coz, évêque d'IUe-et-Vilaine essaya aussi de tenir le langage de la raison, celui-là fut au moins conséquent avec luimême, et, ayant refusé d'apostasier, il fut enfermé en 1794, au Mont Saint-Michel, avec les prêtres détenus pour n'avoir pas voulu le reconnaître comme leur évêque. Il sera un des personnages les plus en vue de l'église constitutionnelle après la Terreur, présidera les pseudo conciles de 1797 et de 1801, et finira archevêque concordataire de Besançon, mais toujours gallican irréductible.
Un député du Var, Isnard, dépassa en violence l'évêque du Calvados. Il fut le premier à parler d'exiler les réfractaires « pestiférés qu'il faut renvoyer dans les lazarets de Rome », puis accumulant les injures les plus sanglantes contre ceux qu'il voulait bannir, il s'en prenait même à leur bonne foi, les qualifiant d'incrédules, d'hypocrites, qui ne feignaient de pleurer sur la Religion, qu'afin de recouvrer leur rang et leurs privilèges. Après avoir vu la mort de près en 1794, Isnard revint sincèrement à la foi^.
La loi qui fut votée commença, suivant l'usage, par un préambule qui aurait surpris les rédacteurs de la constitution civile :
(( Attendu que le ministre d'un culte, en refusant de (( reconnaître l'acte constitutionnel qui l'autorise à
voir les tableaux de Jouvenet à Saint-Martin-des-Champs . » (Réc. de Paris, n" 82, i85).