‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 130 sur 286 · I. B. III · texte numérisé non relu

I. B. III

PAS DE RÉTRAGTATIOn ! ai3

sinon le Concordat sombrait à l'entrée du port. Ils se flattaient alors de recevoir du Gouvernement une investiture nouvelle et la mission de réorganiser à leur façon l'église de France,

Consalvi, atterré en découvrant cette machination, fut obligé de promettre au Premier Consul que les évêques constitutionnels seraient, eux aussi, invités par le Pape à démissionner. Rome allait donc avoir à reconnaître officiellement ceux que depuis dix ans elle avait toujours considérés comme des intrus I Ce jour-là, le parti de Grégoire put se vanter d'avoir remporté un succès sans précédent et qui ne devait pas être ledernier.

Le 3i juillet, alors que Consalvi était déjà sur la route de Rome, Bernier lui adressait un mémoire dans lequel il développait avec abondance les conditions auxquelles était subordonnée toute demande de soumission à réclamer des constitutionnels. « Le « Gouvernement, disait-il, ne souffrirait pas que, par « une rétractation expresse, ils parussent abjurer les « résultats de la Révolution ». — « Revenir aux « principes, accepter la nouvelle convention, se dé- « mettre de leurs places, et souscrire en cela aux déci- « sions du Saint-Siège et aux vues du Gouvernement, « voilà, selon le Premier Consul, ce que l'on peut (t uniquement leur demander pour rentrer dans la (( communion du Saint-Siège », et il ajoutait : « Le « désir du Consul est que toute idée de rétractation « formelle soit écartée ^ »

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C'est sur ce thème ingrat qu'eut à travailler le rédacteur du bref, et il n'y a pas à nier qu'il en tira tout le parti possible : pas une expression humiliante, mais les appels lendres d'un père qui a longtemps pleuré la faute de ses enfants. Le bref : Post multos labores était, de l'aveu de Dernier, rempli de l'esprit de charité, de condescendance et de zèle : « Si ces prêtres, jusqu'ici « rebelles, ne cessaient pas de l'être après une telle « exhortation, le Gouvernement ne poqrrait plus voir « en eux que des hommes également ennemis et de ce « qu'il veut et de ce que l'Église adopte*. »

Une particularité du bref, c'est qu'il n'était pas adressé personnellement aux évèques constitutionnels, mais à Spina, qui était chargé de le leur communiquer; il y avait une nuance, et, bien qu'au cours du bref, le Pape ne leur déniât pas le caractère épiscopal, ils n'étaient pas traités absolument sur le même pied que les évêques légitimes et cela leur fournit un nouveau prétexte à d'interminables récriminations. Une autre rédaction avait été préparée et celle-là usait de la voie directe : Spina avait l'ordre de n'en faire usage que dans le cas seulement où le Gouvernement n'approuverait pas la communication indirecte, mais aucune opposition ne s'étant produite, Spina avait fait passer à chacun des constitutionnels le bref à lui adressé, en y joignant une lettre d'envoi rédigée d'accord avec Bernier^.

1. B. ni, 792; Annales Catholiques, VII, i6/i-i65; Annales de la Religion, XIV, io3-ioG.

2. Dix ans après, quand les Archives du Vatican furent transportées à Paris, Grégoire découvrit dans le registre des Brefs

LE BREF AUX CONSTITUTIONNELS ai5

Après avoir parlé des sentiments dans lesquels le Pape appelait tous les enfants de l'Église à se réconcilier, il disait: « Faites... tout ce que la Religion et « la conservation de l'unité catholique exigent de « vous. Volez dans le sein d'un père qui vous tend les <( bras et brûle du désir de vous voir tous réunis h lui. <( Écrivez-lui comme au chef visible de l'Église de <( Jésus-Christ ; témoignez-lui cette soumission filiale <i que le successeur des jVpôtres est en droit d'attendre <( de tous les chrétiens. Adhérez librement aux déci- <( sions du Saint-Siège relatives aux affaires ecclésias- « tiques de France et abandonnez le siège que vous « occupez.... J'attends de vous avec confiance cette <c preuve éclatante de déférence pour le Saint-Siège et « d'attachement à l'Unité. Vous le devez à la paix qui t( l'exige, à la France qui l'attend, à l'Eglise qui la <( commande, au Gouvernement qui la mérite, aux a fidèles qui en seront édifiés, et, j'ose dire, à votre « propre cœur qui ne sera joyeux et content qu'après iK l'avoir donnée w^.

Cette lettre si pacifique et si cordiale déchaîna une horrible tempête. Les Annales de la Religion commencent par la dénoncer comme une machination de Spina : elles parlent avec un insolent dédain de cette pièce qui est envoyée clandestinement jusqu'aux extré-

dc 1801 la minute du Bref direct, qui y avait été transcrite, et sa rancune tenace ne craignit pas alors d'accuser le Cardinal Spina de s'être rendu coupable d'une falsincation.

Le P. Rinieri {op. cit., 87/1) prétend que cette minute n'existe pas dans le registre en question.

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