Sorti le 28 frimaire-19 décembre (/6id
^.Annales CatholiqueSf IV, 82-83. — Arch. Nat., AF iv iSag, 23 messidor, 16 thermidor an VIII.
no LBS DÉPORTÉS RCIfTHVlfT
liste des émigrés. Seuls, les évoques restaient en dehors de cette mesure de clémence et ce ne sera qu'avec une manifeste répugnance que Fouché les autorisera deux ans plus tard à revenir dans leur pays ^.
Le 7 nivôse (a8 décembre 1800) un arrêté des Consuls ordonna la réouverture de toutes les églises que rhostilité du Directoire avait fermées ; et un autre arrêté du même jour déclarait cassées et annulées les dispositions illégales qui prétendaient n'autoriser l'ouverture des églises que le jour du décadi. 11 y était spécifié qu'en voulant rendre obligatoire l'observation du
I. M. d'Osmond, évéque de Gomminges, réparait à Pam en septembre 1800 ; il est ensuite signalé à Saint-Gcrmaia-en-Laye (F' 3688, 11); puis il retourne en Angleterre, probablement découragé par le mauvais accueil qu'il a reçu à Paris. H craignait aussi de perdre la pension que lui servait le gouvernement anglais et dont il avait besoin pour vivre. En août 1801, il repasse sur le continent, croyant être cette fois autorisé à résider en France» mais après un séjour de quelques semaines en HoUande, il est obligé encore une fois de regagner Londres, d'où est datée sa démission. Ce n'est que plus tard qu'il reçoit la permission de débarquer à Calais, mais il doit aller à Bruxelles pour y attendre un passeport pour Paris. L'archevêque de Bordeaux, M. de Cicé et M. de Barrai, évéque de Troyes, débarqués à Calais, l'un le 21 février, l'autre le 19 mars, reçurent également de Fouché l'ordre d'aller attendre à Bruxelles de no'uvelles instructions, et c'est en faisant valoir par des amis influents leurs infirmités et leur grand âge, qu'ils purent obtenir de se rendre directement dans leurs familles (Boulay de la Mourlhc, Documents sur le Concordat, V, ao/l n.). L'archevêque d'Auch, revenant de Catalogne, se présenta le 19 mai 1802, à Perpignan et le Préfet, auquel il présentait une lettre de Portai is, lui objecta les ordres de Fouché et l'obligea à rebrousser chemin jusqu'à Figuères (Boulay, op. cit., V, 2o5 n.). Les évèques de Lescar, de Luçon, de Dijon et l'archevêque de Toulouse avaient également ét6 arrêtés sur la route du retour par les méfiances vexatoires de la police (l3oulay, op. cit , IV, 557 ; Y, i35). .
LES EGLISES SONT ROUVERTES ai
décadi» on avait forcé le sens de la loi qui établissait l'annuaire républicain ^.
A Paris, où les municipalités étaient encore mal disposées ponr les prêtres, le renouvellement religieux ne s'obtint pas sans quelque hésitation ; mais Milly» Tellier et Champein, qui composaient le Bureau Central venaient d'être remplacés par Dubois» Plis et Dubos qui, sans être aucunement croyants» avaient reçu des ordres préds et firent reconnaître le droit des catho* liques 2. Leur rapport du i3 nivôse est bien significatif : il rend compte de l'impression produite par la réouverture des églises : « L'arrêté du Premier Consul tt en faveur de la liberté des cultes a fait la plus grande « sensation dans Paris. Uafiluence a été considérable « ces jours-ci à la porte des églises. Un grand nombre <c de celles qui avaient été fermées ont été rouvertes à ff la satisfaction d'une foule de personnes de tout sexe. « qui se la témoignaient par les démonstrations les <c plus vives. Plusieurs se serraient la main et s'ema brassaient. Tous prouvaient la vérité de cette obser- <t vatioa que fournit l'histoire de tous les siècles et de <( tous les peuples : la persécution n'a servi qu'à faire « dégénérer l'opinion de l'opprimé en un véritable « fanatisme ''^ »
Un autre obstacle devait ralentir et, dans certaines régions, paralyser complètement la restauration du
r. Annales Caiholiqites, IV, 86.
a. Le Bôieau Central fui supprimé le 17 reiilâsc an Ylfi
(8 mtrs 1800). DuboL» devink préfet de police, Piis, secrétaire général de la Préfecture et Dubos, sous-préfet de Sainl-Denys. 3. Arch. Nat., AF iv 1829.
culte : ce fut lobligation imposée aux membres du clergé qui voulaient exercer publiquement leurs fonctions de faire, devant les officiers civils, la déclaration suivante : « Je promets fidélité à la Constitution ». Telle était l'aversion qu'avaient inspirée tous les sermentsqu'on avait successivement demandés aux prêtres que cette formule anodine fut loin d'être acceptée unanimement ; et, dans quelques diocèses, comme celui de Lyon, quiconque s'y soumettait encourait la suspense ipso facto.
Les partisans de la promesse de fidélité disaient qu'il ne s'agissait plus d'un serment, mais d'une promesse purement civile. Le Moniteur, devenu journal oflîciel depuis le 7 nivôse, faisait remarquer, dans son numéro du 10 nivôse, que la promesse de l'an 111 s'étendait à la constitution et aux lois; en Tan VIll on avait évité de demander la promesse d'être fidèle aux lois, parce qu'on savait qu'aux yeux de certains catholiques, quelques-unes de ces lois étaient injustes et immorales ; on ne parlait donc plus que de la constitution dans laquelle il n'y avait pas un mot de religion. De plus,, on avait modifié la formule de l'an III en supprimant l'engagement de « maintenir la constitution ». Il n'était donc plus question de la soutenir, de la défendre, mai* de l'observer, comme y sont tenus tous ceux qui habitent un pays et il n'y avait que les royalistes qui pouvaient refuser leur adhésion à une loi républicaine. C'est justement ce qui incommodait plus d'une conscience : accepter la constitution consulaire, c'était avouer que la royauté était détruite et s'engager à ne pas travailler à la rétablir.
LA PROMESSE DE FIDÉLITÉ 'j'S
L'abbé de Boulogne développa, dans ses Annales ^ la thèse qui concluait à la légitimité de la promesse. Nous verrons qu'il se produira, à ce propos, une controverseaussi ardente et passionnée que celle qu'avaient engendrée les précédents serments. Ce ne sera même pas une controverse nouvelle, mais l'ancienne qui continuera à jeter la division parmi les meilleurs esprits.
A Paris, la grande majorité se soumit, suivant en cela les conseils et les exemples des vicaires généraux et de M. Emery. C'est pour reconnaître cette marque de déférence, que le Premier Consul avait autorisé, et même imposé, aux municipalités récalcitrantes la réouverture immédiate d'une douzaine d'églises notamment: Saint-Laurent, Saint-ïhomas-d'Aquin, les Capucins de la Chaussée d'An tin et ceux du Marais, la Conception, les Fi Ues-Sai ut-Thomas, Bonne-Nouvelle, les Blancs-Manteaux, les Eudistes, Saint-Benoît, les Carmes et les Missions-Étrangères -. 11 est vrai qu'au même moment une cérémonie véritablement païenne consacra les Invalides au culte de Mars, mais cette manifestation fut de courte durée, car, bientôt après, nous voyons l'abbé de Coriolis exercer les fonctions de premier chapelain de l'Hôpital des Invalides*^.