‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 143 sur 286 · L.V BULLE « QUI CHRISTI DOMINI · texte numérisé non relu

L.V BULLE « QUI CHRISTI DOMINI

encore question que de cinquante évêchés : c'est donc sur ces donoées que fut rédigée la bulle Qui Chris li Domini vices.

11 y avait encore à cette époque une quarantaine d'évêques dont on ne connaissait pas la réponse, mais il fallut se résignera passer outre pour satisfaire l'impatience de Bonaparte. On vit alors combien est fertile en ressources l'esprit des canonistes romains: au lieu d'engager des procédures au sujet de chacun des évêques qui refusaient de démissionner, la Bulle déclara que les i35 diocèses de l'ancienne France, ceux de Belgique et ceux de la rive gauche du Rhin étaient supprimés : démissionnaires ou non. les évêques perdaient toute juridiction, puisque l'objet de leur juridiction n'existait plus. C'était une solution d'une simplicité un peu radicale, mais qui avait l'avanlage de couper court à toute velléité de réclamations. Dar la même bulle, le Pape instituait cinquante nouveaux diocèses dont il ne restait plus qu'à désigner les titulaires.

A la fin de décembre 1801, le Pape avait reçu 69 réponses, dont 82 seulement étaient conformes à ses désirs ; 36 prélats avaient dit non. Sept, presque tous fixés en Allemagne, hésitaient encore : de ce nombre était l'archevêque de Paris.

Autant qu'en Angleterre, les royalistes d'Allemagne avaient exercé une pression désespérée sur les évêques pour les empêcher de démissionner, mais ceux d'Angleterre, réunis k Londres sous la direction très ferme de M. de Dillon, archevêque de Narbonne, s'étaient

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prononcés immédiatement tandis que ceux d'Allemagne, qui étaient disséminés en Bavière, en Westphalie et sur les côtes de la mer du Nord, n'avaient pu se concerter en vue d'une action commune; ils restaient indécis, ballottés entre des sentiments opposés et subissaient tour à tour des influences contradictoires.

Aucun d'eux ne fut plus assiégé que M. de Juigné, car de part et d'autre on sentait le poids qu'aurait sa décision ; mais l'archevêque de Paris manquait de volonté: nous l'avons vu, au début de la Révolution, passant des résistances intransigeantes aux concessions les moins nécessaires ; la veille chef du parti ultraroyaliste, il fait chanter le lendemain un 7e Deiim pour la prise de la Bastille. S'il avait émigré prématurément, c'est qu'il avait en quelque sorte conscience de son inutilité : incapable de s'arrêter à une résolution, il eût flotté comme une épave au gré des vents et eut mécontenté tout le monde avec le dessein de ne faire de peine à personne.

Les vicaires généraux, à qui il avait laissé ses pouvoirs, ne tardèrent pas à se rendre compte que s'ils voulaient donner une direction quelconque au diocèse, ils devraient en référer le moins possible à leur chef : l'éloignement lui avait fait perdre tout contact avec des réalités dont il y avait chaque jour à suivre révolution ; ils évitaient ainsi et pour lui des soucis inutiles et pour eux des instructions contradictoires. Lorsque les circonstances rendaient nécessaire une parole épiscopale, ils savaient comment l'obtenir et ne s'inquiétaient plus si le prélat, circonvenu ensuite par son entourage.

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paraissait regretter ce qui était déjà passé dans l'ordre des faits accomplis ^.

M. de Juîgné était un des évèques les plus charitables d'un temps où il n'en manquait pas: il trouva en exil l'occasion d'exercer sa charité. A Constance, à Augsbourg, il était le père de ses prêtres ; quand ils lui arrivaient exténués parles fatigues, les privations et les chagrins, il faisait tout pour les soulager et les consoler ; dépourvu de ressources, il s'ingénia pour leur en trouver et tendit noblement la main ; il recueillit ainsi des sommes considérables qu'il dépensa magnifiquement. 11 était aussi bon qu'il était bienfaisant : tous ceux qui l'avaient approché, c'est-à-dire tous ceux qui l'avaient vjouIu, ne parlaient plus sans émotion de ce vénérable évêque, grandi encore par le malheur et qui, à l'aumône matérielle, savait joindre celle, plus précieuse encore d'une tendre compassion.

Dès la fin de septembre 1801, Mgr Spina avait, par

1. B. ï, 100 n; Mg^r de Jiitgné avait auprès de lui son vicaire général M. de Floyrac, très op|X>sc à toute concession ; M. de la Myre-Mory, qui lui servait de secrétaire, paraît s'être abstenu de toute intervention. — Louis XVIII pensait à donner pour coadjuteur à rarchevéqnc de Paris Tabbé Ed$^>vorth, des dispositions duquel il était sûr; mais cette nomination ne fut pas faite et il est douteux que le Pape l'eut ratifiée.

Joseph-Jean-François de la Grange de Gourdon de Floyrac, rentré à Paris en 1802, ne fut pas repris comme vicaire nr^néral par M^ de Belloy et dut se contenter du titre de chanoine honoraire, il mourut le juillet 180/1, aux eaux de Bourbonne-les- Bains, à Vhge de 5o ans.

Claude-Madeleine de la Myre-Mory, né à Paris en 1755, chanoine honoraire en 1802, chanoine titulaire et vicaire général en i8o4, fut nommé, en 1830, à Tévéché du Mans. Il venait de donner sa démission quand il mourut le 3 septembre 1839.

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r intermédiaire de l'abbé de Dampierre, vicaire général de Paris, fait passer à l'archevêque une copie du bref, qui lui parvint seulement le 8 novembre. Ne recevant pas de réponse, il décida M. de Pancemont, curé de Saint-Sulpice, à faire le voyage d'Augsbourg, afin de mettre son supérieur biçnau courant de la situation et de rapporter sa démission ^ L'archevêque s'était déjà préoccupé de la grave question qui s'agitait autour de lui ; il avait expédié à Paris son secrétaire, l'abbé de la Myre-Mory et deux jours avant l'arrivée du curé de Saint-Sulpice, le i5 novembre, il avait écrit à Mgr Spina pour lui dépeindre toutes ses angoisses :

« Que de motifs pour me conformer aux désirs et à « la volonté du Souverain Pontife !.... Cependant, « comme je suis informé qu'un nombre de mes col- « lègues se propose de mettre sous les yeux de Sa « Sainteté des observations qu'on dit être de la plus (( grande importance... il me semble que la prudence « chrétienne m'impose l'obligation de me procurer la « connaissance de leurs réflexions avant d'adresser au « Pape la lettre que vous me proposez d'écrire - ».

M. de Pancemont fut persuasif, car il ne repartit qu'avec une réponse adressée au Légat, en date du 18 novembre, et qui pouvait être regardée comme une démission : cependant, il restait quelque incertitude, car on y lisait ce passage: « Je crois devoir mander à <( Votre Eminerice que, s'il est sûr que le Pape pcrsis-

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