LA PUBLICATION DU CONCORDAT
Arrivée à Paris du cardinal Caprara. — Concessions nouvelles qui lui sont arrachées. — L'opposition au Concordat. — Comment Bonaparte en est venu à bout. — Les nouveaux évêques. — Mgr de Belloy, archevêque de Paris. — Résistance des constitutionnels à toute rétractation. — La cérémonie du jour de Pâques i8oa.
Le cardinal Caprara avait été désigné par le général Bonaparte au choix du Pape lorsqu'il avait été pour la première fois question de charger un légat a latere de venir à Paris pour présider à rapplicatiou du Concordat ^
On peut se demander pour quelles raisons ce cardinal fut ainsi préféré à tous les autres membres du Sacré Collège, préférence tant soit peu compromettante d'ailleurs.
Le cardinal Caprara était alors âgé de 68 ans : entré fort jeune dans la carrière diplomatique, il avait occupé successivement les postes de nonce à Cologne, à
I. Spinaà Consalvi, 8 avril iSoi ; Talleyrand à Cacault, 27 juillet (B. 111, 3oii).
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Lucerne et à Vienne ; chargé de défendre les droits du Saint-Siège contre les .entreprises de Kaunitz et de Joseph 11, avait-il fait preuve de l'énergie et de l'habileté nécessaires ? C'est ce qui pourrait être mis en doute, car, à son retour de Vienne, il parut tombé en disgrâce : il fut fait cardinal, comme tout nonce parvenu au terme de sa mission, puis, en 1798, exilé dans le petit évêché d'iesi, dans la marche d'Ancône.
Une autre cause contribuait à le faire mal noter : dès que la situation politique et religieuse s'était compliquée du côté de la France, il fut du petit nombre de ceux qui se prononcèrent contre les résistances inutiles ; l'expérience que lui donnaient vingtcinq ans de nonciature le portait à penser qu'il ne fallait pas traiter par le dédain un mouvement dont il ne se dissimulait pas la puissance ; il convenait, d'après lui, de réserver tous les efforts pour sauver, grâce à d'opportunes concessions, les points essentiels sur lesquels il n'était pas permis de transiger.
Pendant la période aiguë de la Révolution, il fut tenu systématiquement en dehors des conseils du Pape; lorsque Pie VI prisonnier traversa Bologne, il ne put pas même être admis à le saluer. Ce qui avait contribué à le rendre encore plus suspect, c'est que son neveu s'était compromis en acceptant de faire partie du gouvernement révolutionnaire de Bologne; lors de la débâcle de 1799, les Autrichiens avaient arrêté le jeune Comte Caprara et le retenaient dans une de leurs forteresses ; le cardinal était intervenu auprès de Bonaparte pour obtenir sa délivrance et c'est peut-être cette circonstance qui l'avait signalé comme un esprit
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moins accessible que d'autres aux préjugés ecclésiastiques ^ .
On voit par là pourquoi beaucoup de ses contemporains et quelques historiens modernes se sont accordés pour lui contester toute capacité, toute connaissance théologique ou canonique et toute force de caractère. Mais celui qui veut asseoir son jugement sur autre chose que des préventions et sur d'autres témoignages que les médisances de quelques jaloux est obligé de reconnaître que le cardinal fit preuve au cours de sa légation d'un profond savoir, d'une prudence qui contribua puissamment au succès de sa mission et, à certains jours, d'une réelle fermeté. Je sais quelles concessions il se laissa entraîner à faire et je suis convaincu qu'en partie elles étaient inutiles ; que, par suite, elles furent dangereuses, mais on n'a pas assez dit dans quelles conditions il fut amené presque fatalement à ces concessions qu'on lui a si cruellement reprochées. Qui donc aurait pu lutter victorieusement contre l'obstination de bureaucrate qui était celle de Portalis, contre l'entêtement sectaire du fanatique Grégoire, les roueries de l'insaisissable ïalleyrand et les colères effrayantes de Bonaparte? Et pour le défendre contre ces quatre volontés irréductibles, il ne pouvait compter que sur l'appui timide et peu sûr de Bernier.
La fonction propre du Légat étant d'assurer l'exécution du C.oncordat, son rôle ne pouvait commencer que le jour où le Concordat serait publié, ou, si l'on veut,