‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 151 sur 286 · HOO GAPRARA A LA MALMAISON · texte numérisé non relu

HOO GAPRARA A LA MALMAISON

prouver au Cardinal que le Pape n'était que ce qu'on appelait un « colla teur forcé », obligé d'instituer sans -examen les sujets qui lui seraient désignés. — « Oui, répondit le Légat, mais à condition que ces sujets soient u idoines », c'est-à-dire de vie, mœurs et savoir irréprochables ». — « Tels sont, reprit le Premier Consul, ceux auxquels j'ai pensé, mais je vous avertis qne ma liste contient le nom de quinze anciens constitutionnels. 11 faudra bien que le Pape les accepte comme les autres : on leur fait un crime à Rome d'avoir adhéré à la constitution civile, mais la constitution civile a été votée par l'Assemblée Constituante : c'était une loi de l'État et, en ne s'y conformant pas, les évêques émigrés ont manqué à leur devoir ». 11 fallait que Rome instituât les constitutionnels et sans leur demander aucune rétractation : « Exiger cette rétractation c'est montrer de l'orgueil, la faire serait une lâcheté ! » Le malheureux Légat, étourdi par ce flot de paroles, embarrassé par ces raisonnements captieux et intimidé par ces menaces, s'évertua à donner réponse à tout : il discuta pied à pied, sans rien gagner, mais sans rien céder. Il était ii heures du soir quand sa voiture rentra rue Plumet ^

Une note de Portalis, du 3 novembre, reprenait toute l'argumentation et maintenait toutes les conclusions du Premier Consul. 11 y avait bien dans la situation du Cardinal un point faible : la manifeste insuffisance de .ses pouvoirs *, qu'une défiance dont nous connaissons

1. Caprara à Gonsalvi, 2 novembre (B. IV, '^09-37^1). a. Ibid., 280-283.

LE LÉGAT y A PAS DE POUVOIRS 35 1

le principe lui avait étroitemeQt mesurés. Mgr Spina, dans la dernière lettre qu'il adressa à Gonsalvi, avant de retourner à Rome, y faisait allusion d'une façon assez piquante : « Je m'étais imaginé que la dignité <( de Légat a latere comportait une puissance propor- « tionnée à un titre aussi magnifique. Il est nommé « dans un consistoire spécial, on lui remet la croix « papale et il serait permis de croire après cela que « c'est le Souverain Pontife lui-même qui est présent <( en la personne de son Légat; mais, en prenant con- « naissance des instructions remises à Son Eminence, <( je me suis aperçu que je m'étais trompé : la charge « de Légat ne lui confère qu'un pouvoir illimité, celui <( de donner sa bénédiction à ceux qui la lui deman- « dent... » ^ Et, avec cette liberté qui est donnée à celui qui a terminé sa mission, Spina représente l'urgence d'accroître les facultés données au cardinal Caprara, et cela sous peine de le rendre ridicule et avec lui ceux qui l'ont envoyé.

Deux courriers partirent ensemble, le 4 novembre : celui du Légat, qui rendait compte de la scène de la Malmaison, celui de Talleyrand porteur d'une note conçue en termes presque comminatoires. Elle réclamait tout d'abord la bulle établissant les nouveaux diocèses ; pour le cas où le Premier Consul nommerait toul au moins une partie des nouveaux évoques, afin qu'ils fussent installés le jour de Noël, il fallait cinquante bulles d'institutions tputes signées, où il n'y aurait plus qu'à inscrire le nom des titulaires. Enfin, la

Page 1