LE PAPE ET LES CONSTITUTIONNELS
Si le Gouvernement français se refusait à reconnaître révidence en persistant à réclamer l'institution pour quelques-uns des intrus, on pourrait au besoin trouver un terrain d'entente. H était possible que certains évêques ayant adhéré à la constitution civile, reconnaissant tardivement leurs torts, fussent prêts à faire une soumission complète et sincère. A la vérité, s'ils voulaient prouver la sincérité de leur repentir, la meilleure manière de le faire serait de rentrer dans l'obscurité et de se dérober à une dignité redoutable à laquelle la grâce de Dieu ne les avait pas appelés. Mais si le Gouvernement tenait toujours à nommer des ci-devant constitutionnels, c'est parmi ceux-ci qu'il y aurait le moins d'inconvénient à en choisir.
Des instructions envoyées à la même époque au Légat développent cette proposition et énumèrent les conditions qu'il faudra imposer aux évêques venant à résipiscence. 11 y aurait à leur faire désavouer toute participation aux conciles provinciaux ou nationaux tenus en France sans l'autorisation du Saint-Siège, et avant tout à leur faire signer une déclaration explicite^ où, abandonnant la constitution civile, ils promettraient d'obéir humblement aux jugements du Saint- Siège concernant les affaires ecclésiastiques de France. Moyennant cette réparation formelle, le Pape autoriserait, bien qu'à regret, son Légat à leur conférer l'institution canonique. Mais cette concession était essentiellement subordonnée à la manifestation extérieure de repentir*.
I. Nouvelles instructions envoyées au Légat on date du 1" décembre i8oi (B. IV, 3a8-335).
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Les considérations présentées au nom du Pape étaient tellement solides qu'elles avaient absolument convaincu Cacault. Reconnaissant la valeur de ces raisons, ce ministre écrit, le a décembre, à Portalis : « Quand il « paraît au Pape que la doctrine qu'il faudrait qu'il « ratifiât est erronée, il descendrait plutôt du trône (( pontifical pour aller au martyre que d'accorder un (( tel point. Je ne saurais saisir en quoi consiste l'héré- « sie des Jansénistes et les différences d'opinion entre <( mon ancien collègue au Corps Législatif Grégoire, et le Saint Père. Je ne connais que les règles qui enfin doivent gouverner le monde. L'abbé Grégoire n'est pas le Pape et c'est le Pape dont l'autorité est « reconnue et établie pour décider ces questions sub- « liles. Qui ne sent qu'après des secousses et des con- (( vulsions comme les nôtres le rétablissement de « Tordre ne peut naître que de l'obéissance? A qui « faut-il qu'elle soit rendue en matière de religion ^ (( Est-ce à Pic Vil ou à l'abbé Grégoire * ? »
On était au milieu de décembre 1801 quand arrivèrent à Paris les dépêches de Cacault, celles de Consalvi et la lettre autographe que le Pape y avait jointe pour conjurer le Premier Consul de ne pas insister pour la nomination des constitutionnels. Il se produisit alors un temps d'arrêt dans la négociation et Bonaparte que nous avons vu jusqu'à présent si impatient d'aboutir semble avoir complètement perdu de vue cette aflTairc.