‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 156 sur 286 · I. Moniteur dn 20. thermidor an l\ (8 août i8ot · texte numérisé non relu

I. Moniteur dn 20. thermidor an l\ (8 août i8ot

OPPOSITICKH Des PABIlEMENTAIRJES %5r]

purement décoratif auquel Us se sentaient réduits, tribuns et législateurs avaient lésolu de prendre leur revanche et de reconquérir la puissance politique que le Premier Consul avait confisquée à son profit. Leurs rancœurs étaient d'autant plus tenaces que non seulement ils avaient été diminués, mais qu'ils avaient conscience d'avoir été joués. Leurs attributions constitutionnelles tendaient de plus en plus à n'être qu'un vain simulacre et s'ils n'y mettaient ordre promptement, ils seraient complètement annihilés. Mais, en même temps, ils ne pouvaient se dissimuler que l'opinion ne leur était pas favorable : ils étaient les survid'une époque à laquelle on aimait mieux ne plus penser ; on était la*~4e leurs bavardages inutiles lorsqu'ils n'étaient pas malfaisants et, en revendiquant les droits de la représentation nationale, ils n'auraient été suivis par personne. Qu'importaient en effet à la France les criailleries de quelques centaines de politiciens discrédités?

Ils n'avaient trouvé quelques alliés que dans le clan militaire, parmi les généraux, hier les égaux de Bonaparte, aujourd'hui ses subalternes ; pour les empêcher de se plaindre, Bonaparte les avait flattés, les avait pourvus de grands commandements et de beaux émoluments, mais en échange, il leur demandait une soumission absolue ; de plus, il avait sévi, ou menacé de sévir, contre ceux qui n'avaient pas renoncé à la vieille habitude révolutionnaire de regarder les fournitures militaires comme une source intarissable de profits illicites ; jaloux ou inquiétés dans leurs opérations louches, plusieurs généraux se seraient mis au service

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d'une opposition puissante, mais, comme on savait dans le public à quoi s'en tenir sur leurs doléances, le concours qu'ils promettaient ne pouvait pas ajouter une grande force aux opposants.

Restait la ressource suprême, celle à laquelle la démagogie a eu si souvent recours en France pour créer des coalitions passagères : c'était d'agiter le spectre clérical. Le Concordat pouvait être présenté, en s'y prenant bien, comme la revanche de la contrerévolution, le rétablissement d'une religion dominante, le triomphe du parti-prêtre, le retour prochain des moines, et la résurrection de tout un passé qu'on croyait définitivement disparu. On vit dès lors accourir à la rescousse les savants de l'Institut, gardiens du Capitole de l'incrédulité officielle, les militaires à qui on faisait croire qu'on remplacerait bientôt leurs fusils par des cierges, les acquéreurs de biens nationaux troublés par la perspective d'un prochain règlement de comptes, les apostats et les défroqués, dont on annonçait que les mariages seraient déclarés nuls, toute cette bourgeoisie incroyante et frondeuse qui avait fait la Révolution et qui en avait profité ; enfin le bataillon sacré des constitutionnels marchant sous la crosse de Grégoire, prêts à livrer le combat suprême afin de se soustraire aux conséquences redoutables pour eux d'une réconciliation de l'Ëglise et de la France.

Les journaux étaient alors réduits au silence, mais les brochures foisonnaient pour dérouter l'opinion crédule. Les bulletins de police inspirés par le Ministre Fouché et le Préfet de Police Dubois distillaient goutte

LE CONCORDAT EST ATTAQUÉ - nbg

à goutte les insinuations les plus perfides. ( Le bruit

« répandu il y a quelque temps que le Gouvernement

m allait reconnaître et rétablir la religion romaine et

n salarier ses ministres, a fait beaucoup de sensation

« parmi les prêtres * » ; u Le rétablissement de là reli-

« gion catholique trouve beaucoup d'opposants... [le

« bruit court] que le clergé sera payé par le moyen de

<( sous additionnels ; c'est même une opinion assez

<( généralement répandue et qui donne lieu à des

« propos de la part de ceux qui n'aiment pas les prêtres

<( et ne veulent pas de culte... ; [à la sortie de la céré-

« monie finale du concile] on disait que si Ton salariait

« les cultes, les Français se feraient protestants afin

« d'avoir moins de prêtres à payer... on ajoutait que

(( le Gouvernement destinait quarante millions à cette

(( dépense* ». — « Nombre de tribuns sont fortement

« opposés aux projets dont on s'occupe en ce moment

« dans le clergé. Ils crient beaucoup contre le traite-

« ment ou salaire accordé aux prêtres sur les deniers

(( publics et font monter très haut les sommes qu'il

<t faudra percevoir sur les citoyens au moyen de con-

(( tributions extraordinaires 3 » ; — « On fait circuler

<( avec autant d'adresse que de profit dans le public

« qu'un arrêté doit supprimer les pensions des pères

(( et mères des défenseurs de la patrie et que celles des « militaires vont éprouver une très forte réduction

« pour salarier les prêtres * ».

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