‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 181 sur 286 · PRÉPARATIFS A 7«OT RE-DAME · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS A 7«OT RE-DAME

vengeance n'était assez raffinée pour satisfaire à leurs colères.

Bernier avait commis une faute grave et qui devait lui coûter cher. Sa charge de coadjuteur de Paris va lui être enlevée ; son crédit près du Premier Consul s'évanouit ; son titre de cardinal, réservé in petto, ne sera jamais publié; sa mort prématurée sera la conséquence de tous ses déboires. C'était un esprit aussi puissant que souple, mais de sa souplesse il avait abusé : tel un acrobate qui émerveille les spectateurs par ses tours prestigieux et qui finit par se casser les reins.

Le 9 avril, le préfet de police Dubois rendait compte de la visite qu'il avait faite à Notre-Dame et indiquait les travaux qu'il avait ordonnés afin que le jour de Pâques l'édifice ne laissât pas trop voir son délabrement. Plus de 5o.ooo francs furent dépensés dans ces quelques jours pour niveler le sol dépavé, abattre les cloisons hideuses qui barraient les nefs et masquer avec des tapisseries les chapelles dévastées. Le palais contigu, progressivement envahi par les services de rilôtel-Dieu, étaht rapidement évacué ; les chirurgiens Pelletan et Giraud occupaient les appartements archiépiscopaux ; ils furent invités à déménager moyennant une large indemnité et on leur reprit à bon prix une partie de leurs meubles *

Il ne restait pour la sonnerie que les cloches de l'horloge. « Ces dernières, dit le rapport, peuvent

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seules servir, car le bourdon est descendu et il faut au moins dix jours pour le remettre en place ». On travailla jour et nuit ; à Pâques, le bourdon Emmanuel se mit à faire retentir ses notes profondes. « En un (( instant, dit un témoin *, tous les habitants des envice rons furent aux fenêtres : « Le bourdon de Notre- (( Dame ! L'entendez-vous ? » Muet depuis dix ans, il résonnait glorieusement et dans la rue, les gens pleuraient en s'embrassant. Un habitant de l'île Saint-Louis en éprouva une telle émotion qu'il tomba mort.

Jamais les cloches pascales n'avaient carillonné avec autant d'allégresse qu'après ce long silence. Ce matinlà, le soleil d'avril se levait radieux, illuminant progressivement les hautes tours, puis les contre-forts massifs et répandant un air de jeunesse sur la vieille cathédrale ; en bas, les petits oiseaux qui s'éveillaient remplissaient de leurs gazouillements les maronniers déjà verdoyants, et, dominant les mille bruits de la ville, Vallehiia du majestueux bourdon lançait aux quatre coins du ciel la grande nouvelle du Christ ressuscité.

Dès six heures du matin on vit sortir de la Préfecture une troupe imposante, composée de dragons et de gendarmes, de commissaires de police et officiers de paix, en grande tenue et à cheval ; ils escortaient le Secrétaire général de la Préfecture chargé de publier, à son de trompe, sur les douze places principales de Paris la « Loi du i8 germinal, relative à l'organisation

1 . Journal de Gilbert, sonneur de Notre-Dame, dont j*ai publié des extraits dans la Semaine religieuse de Paris.

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