AUTOUR DE NOTRE-DAME
A l'issue de cette imposante cérémonie, les Consuls furent reconduits par le clergé jusqu'au parvis ; les rues, les places et les quais étaient encombrés par une foule en habits de fôte qui voulait prendre sa part du spectacle, mais qui tenait aussi à manifester son enthousiasme. Depuis le retour deMarengo, Bonaparte n'avait pas entenflu de pareilles acclamations. On voyait bien, cà et là, quelques figures renfrognées de révolutionnaires impénitents; quelques officiers frondeurs maugréaient contre cette corvée qui venait de leur être imposée et demandaient d'un air grognon si c'était pour aboutir à cette capucinade qu'on avait fait massacrer un million d'hommes.
On les laissait dire sans les écouter; leurs murmures étaient trop en contradiction avec le sentiment universel du peuple de Paris ; un soupir de soulagement sortait de toutes les poitrines : c'était fini avec les discours pathétiques où on ne parlait de fraternité universelle que pour allumer la guerre civile; — avec les « journées révolutionnaires » faites au cri de <( Vive la Liberté ! » et après lesquelles le peuple sentait plus lourde la chaîne rivée à son pied ; — fini le régime de l'espionnage et de la délation ; — plus d'arrestations et de guillotines, de fusillades et de déportations ; — fini le règne des assignats et de la disette, des parvenus insolents et des fournisseurs prévaricateurs, dont le luxe était une insulte pour la vertu ! — Fini surtout le règne des tortureurs de consciences, des prêtres indignes, des prédicateurs de religion naturelle et des apôtres du décadi ! Et le signe de tout cela, <:'était la réouverture des églises ! Non plus cette