RÉCONCILIATIONS
quelle énergie les évêques assermentés, soutenus par la complicité du Gouvernement, s'étaient refusés à toute démarche impliquant un désaveu de leur conduite passée. Pour ce qui concerne les simples prêtres, la volonté du Premier Consul était formelle : qu'ils déclarent accepter le Concordat et ils s'en suivra implicitement qu'ils sont disposés à rentrer dans le sein de l'Église. Il était interdit aux évêques d'exiger rien de plus : c'était, soi-disant, afin d'éteindre de vieilles querelles ; c'était en pratique le moyen de les perpétuer ^
Ce qui n'était pas défendu aux constitutionnels sincèrement repentants, c'était de régulariser leur situation au for intérieur, de solliciter l'absolution des censures et de signer librement les rétractations les plus formelles, mais ces actes ne devaient recevoir aucune publicité. Il n'en est pas moins vrai qu'il existe un bon nombre de suppliques présentées par des prêtres qui, ne jugeant pas suffisante la réconciliation officielle, tenaient à s'humilier afin de se
1. C'est ainsi que, lorsque l'évêque des Vosges, Maudru, adressa au Légat un acte de soumission, fait en son nom et au nom de 187 prêtres constitutionnels de son département (Arch. Nat., AF, IV, 1897, a/i mai 1802), sa démarche fut fort mal vue par le Préfet ; le Cardinal en fut très embarrassé et les évêques constitutionnels, exploitant la situation, en prontèrcni pour ramener leur collègue dans leur parti.
Maudru avait d'ailleurs été blessé de se voir interdire par le Légat l'usage dos ornements pontificaux et il avait tort puisque cette mesure avait été prise d'accord avec le Gouvernement qui prétendait empêcher ainsi les évêques rentrés de l'émigration de revenir faire des fonctions épiscopales dans leurs anciens diocèses (VF, IV, 1887 et 1891 ; — Episcopat Constitutionnel, 274).
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readre digne du pardon, Il y en eût même qui, ne reculant pas devant les fatigues d'un long voyage, s'imposèrent d'aller chercher à Rome, aux pieds du Souverain-Pontife, l'assurance que leurs fautes étaient remises et réparées ^
Sans aller aussi loin, quelques-uns des anciens intrus voulurent donner une preuve aulhenlique de leur repentir. Nous savons que Panissel, l'évêque constitutionnel de la Savoie, était réconcilié depuis plusieurs années quand fut signé le Concordat. Nous avons vu que Montault des lies et Charrier de la Roche avant d'accepter d'être compris dans la promotion des nouveaux évêques s'étaient soumis aux pénitences canoniques et avaient été régulièrement absous. Après le Concordat, Le Blanc de Beaulieu, nommé à Soissons, répudia Terreur janséniste et rentra pleinement dans l'unité catholique ; Primat, Bécherel, Berdolet étaient disposés à se mettre en règle, et, quand Pie VII vint à Paris pour sacrer Napoléon, il mit comme condition à son voyage que les derniers réfractaires lui donneraient des preuves sincères de repentir. Mandés à Paris, par ordre de l'Empereur, ils firent tous une soumission qui, pour quelques-uns, ne fut pas obtenue sans peine et laissait deviner encore bien des arrière-pensées. Pie VU se contenta de leurs affirmations sans trop les contrôler 2.
1. En 181G, Aubert, ancien religieux augustin, qui avait été cvêque des Bouches-du-Rhône, de 1798 à 1801, fît le voyage de Rome pour recevoir une nouvelle absolution (Episcopat ConsUtutionnel, 337-328.
2. Le Saint-Siège n'admit pas la validité de Tabsolution donnée à Incombe, Le Goz et Reymond, qui avaient formellement nié
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Parmi les évoques constitutionnels qui n'avaient pas été replacés en 1802, plusieurs se décidèrent ou furent décidés à écrire au Pape la lettre dont la formule leur était fournie par le Légat, et, moyennant cette démarche, ils reçurent un décret d'absolution. Il est regrettable de constater que ce ne fut pas le plus grand nombre ^
d'avoir fait aucune réparation ; Belmas, Primat et Saurinc sans aller auhsi loin, n'avaient pas caché, au début de leur administration, leur attachement aux principes de la constitution civile ; quant à Becherel, Le Blanc de 13eaulieu, Perier et Berdolet, leurs sentiments restaient douteux et de nombreuses plaintes s'élevèrent contre leur conduite.
L'allocution prononcée par le Pape au consistoire du a/i mai 1802 ne laisse aucun doute sur leur situation : ils étaient ref^ardcs comme des « relaps » et leurs bulles ne furent pas expédiées.
En i8o3, plusieurs des ex-constitutionnels, désireux de sortir de cette fausse position, firent agir Portails et le cardinal Fesch pour obtenir une réconciliation; mais Rome ne se pressa pas de répondre. Ce n'est qu'en décembre 180/i, quand le Pape vint à Paris, que raffairc fut reprise et menée à bonne (in. Dans une visite collective qu'ils firent au Pape le ai décembre, des explications furent données et reçues ; le Pape parla avec fermeté, mais avec une telle lj,onté que les cœurs s'ouvrirent et que la réconciliation fut consommée pour neuf des dissidents.
Seul, Le (]oz resta inaccessible ; il discuta longuement et se retira en refusant un pardon dont il continuait à dire qu'il n'avait pas besoin. Ce n'est que le lendemain que l'action combinée de M. de Pancemont, évêque de Vannes, et de Fouché, Ministre de la Police, lui arraclia ce que les appels paternels du Pape n'avaient pu obtenir. Le Coz signa la pièce qu'on avait réduite à une simple déclaration de soumission à l'autorité du Saint-Sit't^o.
C'est alors seulement que les bulles des évêques dissidents furent établies ; le 17 juin i8o5, Portalis put annoncer à l'Empereur qu'il venait de les recevoir et en outre le PalUum pour Primat et Le Coz, qui étaient archevêques (B. V, 091-592).
1. D'après les ref?istres du Légat, neuf de ces évèques reçurent l'absolution en 1802 ("Maudru, des Vosges, le a/i mai, Rovère,