‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 191 sur 286 · Episcofot constilulionncl,(j · texte numérisé non relu

Episcofot constilulionncl,(j

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Nous arrivons à la partie la plus délicate de la mis sion du cardinal Légat. Le Pape avait promis au Premier Consul de traiter avec la plus grande indulgence les prêtres qui, pendant la Révolution, avaient abandonné leur état et s'étaient mariés : c'est à là liquidation d'une foule de situations fausses que le Légat eut à s'employer *.

Nous savons ce qu'il faut penser de ces prétendus mariages. A partir de novembre 1798 et jusqu'au 9 thermidor an II (juillet 1794) des commissaires de la Convention, chargés « d'entretenir l'esprit révolution» naire » parcourent certains départements ; ils faisaient comparaître les prêtres, les accusaient de tiédeur républicaine et déclaraient que, munis de pouvoirs illimités, ils allaient prononcer contre eux la peine de déportation. Or, le mot de déportation avait considé-

I. Je dois répondre ici à une critique dont mes précédents volumes ont été J'objet dans diverses revues protestantes d'AUemagfne et d'Angleterre. Chaque lois que j'ai eu à parler de prêtres oublieux de leurs serments au point de s'engager dans le mariage, je n'ai pas dissimulé l'indignation que m'inspirait leur conduite. Les critiques protestants m'ont accusé d'aveugle intran^ sigeance et ont trouvé mauvais que je défendisse le célibat ecclésiastique. Je ne les suivrai pas ici sur le terrain des discussions théoriques et je me contenterai de leur répondre : « Je n'ai pas à examiner aujourd'hui la question du mariage des prêtres qui est en dehors de mon sujet ; je me trouve en présence d'ecclésiastiques du xviir siècle qui, en se présentant librement à l'ordination, ne pouvaient ignorer les obligations qu'ils assumaici^t ; rien ne les forçait à recevoir le» ordres, mais en y accédant ils s'engageaient solennellement au célibat. Ces prêtres, quel que soit le sentiment auquel ils ont obéi, ont manqué à leurs Ferments. Ne suis-je pas en droit de les considérer comme des parjures ? »

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pablement changé de sens depuis 1792: alors, c'était l'exil ; aux déportés on remettait une feuille de route avec laquelle ils gagnaient librement la frontière pour 80 rendre en pays étranger et y vivre comme ils Tenlendraient. Depuis 1798 le lieu de déportation n'est plus libre : c'était ce que nous appelons aujourd'hui la « transporta tion »; les déportésétaient embarqués sur un vaisseau qui allait décharger sa cargaison humaine « en dehors du territoire continental de la République » et par là on entendait la côte d'Afrique, les îles de l'Océan Indien et la Guyane. Quand les malheureux prêtres étaient suffisamment terrorisés, on leur faisait entrevoir qu'un moyen de salut leur restait : ils étaient considérés comme traîtres à la République ; on savait que l'abdication qu'ils avaient faite de leurs fonctions n'était qu'une comédie et que même en remettant leurs lettres de prêtrise, ils conservaient au fond de leur cœur un attachement à leur vocation qui contredisait leurs paroles et leurs actes ; hypocrites, ils se réservai^at de retournera un ministère qu'ils n'avaient répudié que du bout des lèvres. S'ils voulaient donner une preuve irrécusable de leur conversion, ils devaient se marier et alors seulement on serait autorisé à croire que véritablement ils étaient résolus à vivre comme de bons républicains.

il est douloureux de penser que la peur eut trop souvent raison des scrupules de consciences déjà oblitérées : ceux qui avaient prêté le serment constitutionnel, qui s'étaient mis en possession de postes qui n'étaient pas les leurs, qui avaient subi en silence les exigences infâmes d'une loi antichrétienne, ceux-là do

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capilulatiou en capitulation, avaient mûri pour l'apostasie.

L'officier municipal était là : on procédait à une cérémonie dérisoire au milieu des quolibets et des outrages d'une assistance écœurée ; le Commissaire de la Convention continuait sa tournée bien assuré cette fois que ses victimes avaient sincèrement renoncé à leurs obligations puisqu'elles venaient de les violer*.

La plupart des malheureux qui se déshonorèrent ainsi n'eurent pas l'intention de contracter un mariage valide. Des habiles épousèrent des infirmes, des moribondes, des femmes ayant le double de leur âge ; d'autres ne s'étaient engagés devant la loi qu'après avoir fait et reçu la promesse que l'union resterait

1. Je n'ignore pas qu'avant i7y3, il y eut des prêtres qui se marièrent; ceux-là au moins ne le firent pas par lâcheté. C'étaient des hommes sans moralité, heureux de profiter des facilités que leur donnait la loi nouvelle pour satisfaire à leurs passions, ou pour donner une apparence de régularité à d'anciens concubinages. Il y en eut trop, mais je ne crois pas que pour toute la France on en ait compté plus de cent.

Après la Terreur, on n'est pas moins surpris de voir encore quelques prêtres se marier, et, ce qui est encore moins facile à comprendre, des prêtres qui n'avaient ni apostasie, ni même fait aucun serment. Ils sont fort peu nombreux et leur cas pourrait s'expliquer par le bouleversement des idres, la corruption générale des mœurs, la difflcultc avec laquelle s'exerçait Tautorité des évêques et la vie indépendante que devait mener le clergé pour se soustraire aux tracasseries de la Police.

Ce qui prouve que ce furent les violences des Conventionnels en mission qui furent la plus efficace des causes qui ont détermmé les apostasies, c'est que ces lamentables défections se produisirent surtout dans les régions où passèrent certains proconsuls. A Arras, la guillotine de Joseph Lebon était un argument devant lequel succomba la constance du clergé asser-

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purement civile et ne serait pas suivie de cohabitation. 11 y eut beaucoup de ces mariages, ou du moins beaucoup de mariages commencèrent ainsi ; mais ime première transgression de la loi préparc h en commettre d'autres et on rencontre, hélas, trop de cas on cette maxime se vérifia.

D'ailleurs, aux yeux de TÉglise, la faute consistait avant tout dans le mépris de la loi religieuse; elle condamnait tous les scandales et il n'en était pas de plus grand que la lâcheté du prêtre.

Est-il possible d'évaluer le nombre de ceux qui oublièrent jusqu'à un tel point la promesse solennelle qu'ils avaient faite à Dieu au jour de leur sous-diaconat ? Grégoire a écrit un livre sur le mariage des prêtres ; il le condamne avec la plus grande sévérité et quand il

mente ; en Seine-et-Oise, en relevant les dates successives des apostasies, on reconstitue ritinéraire du Conventionnel Couturier entre Etampes et RambouiUet. Dans le Midi, Tadhésion plus g«!'nérale des populations au mouvement révolutionnaire rendait moins impitoyables les missions de représentants et ceux qui visitèrent le Sud de la France n'étaient pas atteints au même degré que Joseph Lebon de la manie déchristianisatrice.

Paris est dans des conditions à part; on y avait vu affluer une foule de dévoyés venant de toutes les parties de la France ; c'était un terrain que la tyrannie des comités révolutionnaires allait largement exploiter. Sur Goo membres du clergé constitutionnel, il yen eut i3o qui se marièrent (dont 12 curés et lio religieux devenus vicaires à la sortie de leur couvent). En y joignant une soixantaine d'autre?» religieux et quelques prêtres retirés à Paris sans y exercer de fonctions, on atteint, et je crois mémo qu'on dépasse le chiffre de 300. Mais ce qui prouve que leur défection était plus l'efl'ct de la peur que celui d'une révolte raisonnée contre l'Église, c'est qu'à partir de 1803 la plupart sollicitèrent l'absolution en manifestant un repentir qui les rend dignes de quelque pitié.

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faut en venir à des chiffres, il dit qu'il y eut aooo prêtres mariés. Theiner, dans son Histoire des deux Concordats, va beaucoup plus loin et estime que 12.000 prêtres furent infidèles à leur vœu. Je crois que la vérité se trouve entre ces deux extrêmes.

En dépouillant les vingt cartons qui se rapportent à cette triste question, on constate un fait ; c'est que près de 5. 000 prêtres ou religieux se sont adressés au Légat pour obtenir soit leur réintégration dans l'état ecclésiastique, soit la dispense leur permettant de régulariser leur mariage. En tenant compte des décès qui se sont produits entre 1798 et 1802, en remarquant également que tous les prêtres coupables n'ont pas manifesté le repentir qui était la condition de leur pardon, il est bien difficile de penser que le nombre de ceux qui ont succombé pendant la persécution soit inférieur à 7.000 *.

Les pouvoirs exceptionnels conférés au Légat lui permettaient d'accorder aux prêtres mariés, avant le i5 août 1801, la dispense de l'empêchement qui résulte de la réception des ordres sacrés. Ce qui avait déterminé le Pape à lever, pour cette fois seulement, cet

I. C'est à ce chiffre qu'est aussi arrivé M. Bliard en usant d'antres moyens d'investigation (Jurears et constitutionnels^ i83 n.); mais comment concilier ce fait brutal avec ce que dit Grégoire ? N'était-il pas mieux placé que personne pour savoir ce qui s'était passé sous ses yeux? Ne lui avons-nous pas reconnu un goût prononcé pour la statistique? ou faut-il croire qu'il était tenté de réduire à de moindres proportions un scandale qui, quoi qu'il en ait dit, était bien le fait des constitutionnels? J'ai déjà eu l'occasion de dire ce que je pense de Grégoire : je ne conteste pas sa sincérité, mais je nie sa clairvoyance.

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empêchement dirimant, c'était avant tout le désir de voir disparaître une des causes qui s'opposaient au rétablissement de la paix religieuse. Tous les apostats» contrits ou non, aspiraient à sortir de la situation irrégulière dans laquelle ils s'étaient engagés et la miséricorde de l'Église les encourageait à reconnaître leurs torts en échange d'une exceptionnelle réconciliation ; en les rebutant on n'eût réussi qu'à les pousser au désespoir. Il fallait aussi penser que le refus atteindrait également des femmes, peu intéressantes sans doute puisqu'elles savaient pour la plupart ce qu'elles faisaient en s'engageant dans une union sacrilège, et des enfants qui, ceux-là, auraient payé pour une faute qu'ils n'avaient pas commise.

On voit par là que l'Eglise savait montrer une sollicitude maternelle à l'égard de ses fils dévoyés, mais accessibles encore aux sentiments d'un véritable l'epentir.

Une fois la dispense accordée, ceux qui en bénéfi" ciaient devaient la présenter à leur évéque; celui-ci désignait le prêtre qui aurait à entendre les pénitents, à les relever dos censures et qui, en tenant compte à la fois de la nécessité d'une réparation du scandale public et des ménagements que pouvaient exiger les situations particulières, recevait, aussi discrètement que possible, le consentement mutuel qui est l'essence du sacrement de mariage.

Tous les prêtres qui s'étaient mariés ne profitèrent pas de la dispense : quelques-uns étaient devenus veufs, d'au 1res avaient divorcé et la loi civile avait détruit le mal qu'elle avait fait. Ayant recouvré leur

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liberté, plusieurs de ces prêtres aspiraient à reprendre des fonctions sacerdotales et ils se présentèrent au Cardinal pour être réhabilités. On comprend sans peine qu'une telle faveur ne fut pas accordée du premier coup : il fallait qu'une enquête établît que le mariage était irrévocablement rompu, que le bonpropos du solliciteur était sincère, que sa réintégration ne serait pas une nouvelle cause de scandale et qu'il y avait lieu de croire que sa persévérance serait définitive. Après un temps d'épreuve proportionné aux dispositions du suppliant, on l'admettait à la communion laïque ; on l'autorisait ensuite à prendre part en habit ecclésiastique aux cérémonies du culte, puis, graduellement, on le rétablissait dans tous ses pouvoirs. J'ai compté à Paris une vingtaine au moins de ces prêtres, dont plusieurs firent pendant de longues années l'édification des fidèles. Malheureusement, le secret de leur passé n'était pas toujours fidèlement gardé; parfois, une indiscrétion était commise, les mauvaises langues l'exploitaient et des prêtres, méritants d'ailleurs, devaient s'en aller dans un diocèse lointain où personne, sinon l'Évêque, ne savait rien de leurs fâcheux antécédents.

Une quinzaine d'évêques constitutionnels s'étaient mariés; un seul montra un très vif désir d'obtenir sa réhabilitation, mais ce désir n'avait pas pour cause le regret de ses péchés ; cet évêque, c'était Talleyrand,

Le jour où Bonaparte commença à négocier Te Concordat, il sentit la nécessité de régulariser bien des cliosi s : il pria le cardinal Caprara de bénir secrète-

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