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LE CAS DE TALLEYRAND

ment le mariage de son frère Louis avec Hortense de Beanharnais: Murât dut, le même jour, faire donner la consécration religieuse à l'union civile qu'il avait contractée avec Caroline Bonaparte. Lui-même, le Premier Consul aurait eu besoin d'une cérémonie analogue, mais il se considérait déjà comme au-dessus des lois et ce ne fut que la veille de son sacre qu'il consentit, sur les instances du Pape, à épouser religieusement la future Impératrice. .

Talleyrand s'était passé d'abord de toute formalité, même civile, mais il ne convenait plus que le salon du Ministre des Affaires Êtrangèies fût tenu par une femme qui ne portail pas son nom. Bien que Madame (irand fut en possession d'un mari, l'union civile fut célébrée sans difficultés ; mais, pour un homme qui restait fier de son origine aristocratique, qui était apparenté à tout ce qu'il y avait de bien pensant dans la société renaissante et qui était très jaloux d'y être reçu sans s'exposer à quelque mauvais compliment, cela ne suffisait pas. 11 lui fallait un mariage à l'église, et, aussi longtemps que dura la négociation du Concordat, l'ancien évêquc d'Autun déploya toutes les ressources de son habileté pour obtenir une sécularisation complète. De son concours au Concordat il fit le prix de la faveur à laquelle il prétendait; sans rompre jamais d'une façon irrévocable, il fit une opposition qui se graduait selon le plus ou moins de chances qu'il avait d'en arriver à ses fins. Du côté de Rome, on ne lui laissa jamais grand espoir : quand le Pape fît savoir les sentiments de miséricorde dont il était animé pour les prêtres déchus, il eut soin de dire

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nettement que deux catégories d'apostats seraient exclus : les religieux ayant fait des vœux solennels et les prêtres ayant reçu le caractère épiscopal^

Talleyrand adressa à Rome un mémoire dans lequel il prétendait établir que la grâce qu'il demandait avait déjà été accordée par l'Église et il citait un certain nombre de cas : mais, les théologiens romains qui connaissaient à fond leur histoire réfutèrent point par point toutes ces assertions et le Pape, dan» la lettre^ adressée au Premier Consul le 12 mai 1801, ne lui laissait pas ignorer qu'aucun évêque ne serait autorisé à se marier. 2.

. Les négociations préliminaires étaient terminées et les ratifications échangées lorsque le Pape consentit à donner à Talleyrand une preuve de sa gratitude; le 10 mars 1 80a, il lui adressa un bref 3, qui le relevait en partie des obligations ecclésiastiques. Talleyrand était autorisé à revêtir l'habit séculier, il était dispensé de la récitation de son bréviaire et pouvait se consacrer aux affaires séculières ; de plus, il avait, s'il le jugeait

1. Parmi les pouvoirs qu'il avait reçus en quittant Rome, le cardinal Gaprara n'avait pas celui de réconcilier les religieux ; dans les premiers mois, il dut renvoyer à Rome ceux qui s'adressaient à lui, mais en présence du nombre croissant des suppliques de cette nature, on se départit de la sévérité qu'on avait marquée tout d'abord ; en novembre, Gaprara rcrut un bref l'autorisant à absoudre ceux qui étaient liés par les vœux de religion ; 1300 prêtres, frères lais et religieuses, bénéficièrent de cette dispo sition.

a. Boulay de la Meurthe (II, ayfi). Voir aussi la dépêche de Spina à Consaivi, du a6 février 1801 (H, 56 et 63); le contre-projet de concordat du 17 avril 1801 et son commentaire par Mgr Di Pietro (II, 212 et 216).

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