‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 194 sur 286 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

A dminis Iraiion diocésaine .

En prenant possession de rarchevêché de Paris, Mgr de Belloy eut à faire agréer les vicaires généraux qui devaient l'assister dans le gouvernement de son ■diocèse.

La loi l'autorisait à avoir trois vicaires généraux : le premier fut M. de Malaret, que nous avons vu pendant toute la Révolution supportant le poids d'énormes responsabilités et s'exposant à des périls qui étaient loin d'être imaginaires; si son âge le dispensa de la déportation, il eut à subir dans la prison de Franciade une dure captivité où ses forces s'usèrent plus que pendant la période d'activité féconde qui avait duré de 1791 à 1798. L'autorité que M, de iVialaret avait acquise faisait de lui le collaborateur désigné du nouvel archevêque ; il ne le fut que trois ans et mourut le i3 août i8o5, âgé de 79 ans^.

I. Sur les trois vicaires généraux qui représentaient à Paris l'autorité de Mgr de Juigné, M. de Malaret resta premier vicaire général ; M> SynchoUe d'Espinasse fut chanoine titulaire et

3ia LES VICAIRES OENÉRA.UX

Le second vicaire général était M. Barthélémy Abrial, prelre absolument étranger à Paris et même à la région parisienne ; bien qn'originaire de Vienne-en- Dauphiné, c'est dans le diocèse d'Angers qu'il avait passé une vie sacerdotale déjà longue, mais sans grand éclat : son seul titre à un posle supérieur était d'être l'oncle du Ministre de la Justice, qui. Tannée précédente, avait tout fait, mais sans succès, pour le faire nommer évêque. Cette candidature présente même une singulière particularité : c'est que M. Abrial fut inscrit comme ex-oonstittitionnel sur les listes de

M» de Dampierre devint évéque de Clermonl (^L'éptscapat Jrançais depuis le concordat jusqu'à la séparation. Paris, 1907. Société bibliofrraphiquo, pp. 197-198).

Une lettre interceptée par la police an mois d'aoAl 1800 (Arch. Nat., F", C61 1/1690) nous donne quelques renseignements sur la vie ([ue menaient à Paris les membres de Tadministration diocésaine; l'autour et le destinataire de celte lettre sont également inconnus, mais j'ai lieu de penser qu'elle était adressée à Tabbé Lambert, secrétaire particulier de Tarchevéque par le chanoiue Charles Buée qui desservait avec MM. Bertier et Varin la paroisse établie dans Tancienne collégiale de Saint-Marcel.

a M. de Damp[ierrc] est à Paris actuellement; il se porte bien <( et fait ses affaires avec une tranquillité dont il n'a guère joui « depuis plusieurs années, car il a éprouvé bien des coups de « raquette au cours des grands dangers. — M. (de] Mal. [aret] « est associé dans son commerce et a partagé ses risques et « périls. — Lccourt (ancien secrétaire de l'archevêché) a un « emploi dans un bureau qui le fait vivre depuis deux ans ; je « ne sais pas de quoi il aurait vécii sans cette ressource. « M. [Lecorgne de] Launay (chanoine de Notre-Dame) vit encore, (( mais ne se mêle pas des affaires du monde; ; il garde la soli- « tude... Quant à moi, je suis toujours resté dans Paris et j'ai « constamment vécu avec mon père, ma mère et ma sœur. Ma « vie a été et est encore celle d'un ermite; j'ai passé une fois « jusqu'à un an entier sans m«tti>e le pied dans la rue. Malgré « cette espèce de captivité, je me suis assca bien porté jusqu'ici.

LES VICAIRES GÉNÉRAUX 3l3

présentation ^ ; s'il le fut, il le fut si peu qu'on ne voit pas très bien pourquoi il se réclamait de ce titre peu honorable. Un érudit angevin, M. l'abbé Uzureau, s'est d'ailleurs inscrit en faux contre cette qualification, qui, malgré tout, me semble méritée 2. Selon lui, le ministre Abrial aurait jugé que son oncle avait plus de chances d'arriver à l'épiscopat s il était présenté comme un ci-devant constitutionnel et Portails se serait prêté à ce subterfuge. J'ai eu l'occasion de dire combien cette hypothèse me paraît invraisemblable 3. Ce qui est hors de doute, c'est que M. Abrial, insermenté ou rétracté, fut déporté en Espagne en 1792, en sorte que son adhésion à la constitution civile ne fui en aucun cas de longue durée. C'est malgré tout

« Si j'avais eu à ma disposition certaine bibliottièque où jadis « j'entrais à volonté (la bibliothèque capitulaire ?) j'aurais moins « souffert de l'ennui. — Quant à vous, mon cher confrère, vous « avez toujours respiré le grand air et je vous en félicité. Vous « mettez dans votre billet que vous espérez nous revoir avant « l'hiver. Vous serez sans doute le bienvenu, mais je vous « exhorte à ne pas mettre le pied sur notre soi avant d'avoir « essayé s'il est assez solide pour vous porter. Croyez fermement « que la région que nous habitons est bien loin de l'étal où vous « rav«2 laissée : la misère y est grande et ce pays a coutume de « dévorer ses habitants. Presque tous ceux que vous avez connus « sont morts ou absents. L'abbé Mai[nel[ (vice promoteur du « diocèse et député aux Etats-Généraux) n'existe plus depuis <c près de deux ans. Je ne tous marquerai pas de nouvelles poli- (( tiques : je présume que vous .ét-es instrxiit de notre situation « présente. — Ch. »,

Page 1