LA LIBERTÉ EN I
leur emploi, pour ne pas se voir retirer la permission d'exercer leur profession, pour ne pas être inquiétés sous tous les prétextes imaginables et pour ne pas se trouver, du jour au lendemain, sans pain et sans asile.
On a prétendu que le clergé, sous le Directoire, n'avait qu'une clientèle de bourgeois et que les ouvriers avaient oublié le chemin de l'église ; ce n'est pas vrai d'une façon absolue ; mais en quoi pouvonsnous nous étonner si les petites gens, se sentant sous la coupe d'une police impitoyable, n'allaient à l'église qu'en se cachant, afin de ne pas être rangés dans la catégorie des « fanatiques », et « fanatique » était réputé quiconque faisait baptiser ses enfants, entendait la messe le dimanche et ne montrait que peu de goût pour le culte décadaire. Pour avoir fermé la boutique le dimanche ou travaillé le décadi, c'étaient, nous l'avons vu, des poursuites aboutissant à une condamnation à l'amende et à l'emprisonnement en cas de récidive ^.
Pour les prêtres suspects la déportation était prononcée sans jugement : après le coup d'état de fructidor, le Directoire s'était fait attribuer le droit monstrueux de procéder par voie sommaire contre les « prêtres perturbateurs » ; il suffisait de la signature de trois des Directeurs en bas d'une formule
vague pour que, sans autre forme de procès, un prêtre fût arrêté, incarcéré et acheminé vers la Guyane ou rîle de Ré. Seuls les sexagénaires et les infirmes n'étaient pas « déportables » ; à Paris, on se conten-