ATTITUDE DES ÉMIGRÉS
dans leur diocèse ; d'autres Tautorisaient ; d'autres l'imposaient.
Les arguments employés de part et d'autre n'étaient pas nouveaux : aux prélats qui prétendaient régler de leur propre chef une question qui intéressait l'Église universelle, l'abbé de Boulogne, dans ses Annales Catholiques, répondait que sur les points qui n'étaient pas définis par l'autorité suprême, seule compétente, il n'y avaî-t pas lieu de contraindre l'assentiment des autres: « in dubiis libertas * ». Mais pour les adversaires de la promesse, le doute ne pouvait exister : une constitution qui ne tenait pas compte des droits de Louis XVIII était mauvaise, nécessairement et intrinsèquement mauvaise, et c'était une impiété de la reconnaître. — « Mon système, disait l'évêque de Béziers, Nicolaï, « est que sans royauté légitime point de catholicité (( en France, de même que sans catholicité point de « royauté 2. »
I. Annales Catholiques, V, 872, 668, 5o3 ; VI, 67, 79-83, ii3-ia6, 171-173, 3ig-3ai, 362-270, 281, 325-329, 3/47-860, 899, 611, 476-479, 525-028, 556-567 ; vu, 38-4 1.
3. B. I, 75. Les évêques du parti contraire n'étaient pas moins absolus ; voici ce qu'écrivait M. de Bonnal, évêque de Clermont en parlant des prêtres qui refusaient la promesse : « La con- (( duite de ces Messieurs est absurde, insensée, scandaleuse ; les « principes qu'ils osent mettre en avant sont vraiment schisma- « tiques. Ils méritent bien davantage cette dénomination odieuse « que ceux à qui ils la donnent. Je ne puis revenir de l'igno- « rance présomptueuse et du fanatisme tranchant de ces Mes- « sieurs. Les zélés amers et effrénés qui traitent de schisma- « tiques les prêtres qui ont fait l'acte de soumission ont été « au-delà de toutes les mesures et ont fait un mal infini par « leurs excès. » (Cité par M. Méric (Vie de M. Émery, t. I, p. 376).
Ces divisions entre « soumissionnaires » et « nonsoumissionnaires )) comblaient de joie les constitutionnels, qui, feignant de croire que la promesse de 1800 avait la même portée que le serment de 1790, demandaient pourquoi ceux qui avaient refusé celui-ci s'empressaient de faire celle-là ; ils allèrent plus loin : mettant en parallèle les deux formules, ils s'ingéniaient à prouver que la plus catholique des deux était celle de la constitution civile ^
Nous n'avons pas à nous arrêter à ces misérables chicanes ; perdant visiblement du terrain, lesjureurs faisaient flèche de tout bois, mais n'arrivaient pas à retarder leur décadence.
Parmi les catholiques, on objectait à l'envi les décisions de Rome. 11 avait été jugé à propos du serment de haine à la royauté que ce serment était illicite, qu'il devait être rétracté, mais que ceux qui l'avaient prêté de bonne foi n'avaient encouru aucune censure. Quand avait été réclamée la promesse de soumission, la controverse avait repris de plus belle, les uns raisonnant a pari, les autres a contrario. Tout acte pontifical était disséqué dans l'espoir d'y trouver une phrase, un mot pouvant fournir un argument. Les cardinaux, les nonces étaient interrogés fiévreusement sans qu'on pût tirer d'eux autre chose que des paroles vagues et souvent contradictoires.
Nous connaissons maintenant ce que tant de gens cherchaient à apprendre : la pensée intime du Pape
/i. Annales de la Religion, XI, 206-21 3, /173 ; XII, 297-331, 669-579.
nous est révélée par un document des Archives du Vatican, publié en 1898 par M. Boulay de la Meurlhe. Il s'agit des instructions envoyées le i3 octobre 18 10 à Mgr Spina par le cardinal Consalvi, secrétaire d'État et approuvées par Pie VII ^ Voici la traduction intégrale du passage relatif à la promesse de fidélité à la constitution :
(( La première [demande que Mgr Spina aura à for- « muler] sera l'abolition de la loi qui impose la pro- (( messe de fidélité à la constitution à tous les ecclé- « siastiques qui veulent exercer en France les fonctions (( de leur ministère. Cette promesse a finalement été « déclarée illicite par Sa Sainteté, par une décision (( solennelle et mûrement étudiée. La majeure partie « des évêques et ecclésiastiques français avaient « prévenu cette décision : quand le Chef de l'Église « l'aura publiée, tous s'y conformeront, et, dût-il leur (( en coûter d'être exilés de leur patrie et dépouillés de « leurs places, ils s'abstiendront unanimement de faire (( cette promesse.
(( Cependant Sa Sainteté a difTéré pour quelque temps u encore la promulgation solennelle de cette prohibi- (( tion à raison des négociations en cours, afin que le « Gouvernement qui a fait cette loi puisse la retirer lui- « même. Et, en vérité, si d'une part Sa Sainteté a jugé (( cette promesse illicite, mais si, d'autre part, aucun (( ecclésiastique ne peut exercer sans la faire enregistrer « à la Municipalité, à quoi bon entreprendre la conclu- « sion d'un traité en vue du rétablissement de la Reli-