‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 57 sur 286 · B. III · texte numérisé non relu

B. III

LA. PROMESSE DE FIDÉLITÉ ']iy

« gion, si cette Religion ne pouvait être servie par « aucun de ses ministres, ou par des ministres refrac- « taires au jugement du Saint-Siège } Au lieu de la « promesse de fidélité à la constitution, il faudrait « qu'on pût la promettre au Gouvernement, et, sur ce « point, on ne trouverait plus aucune opposition de la « part des évêques ; Tenvoyé sait bien en quoi ces deux « promesses diffèrent l'une de l'autre. »

En effet, il y avait la différence entre l'acte de soumission aux personnes, qui n'implique l'adhésion à aucun principe, et l'acceptation de lois qui revient à l'acceptation de principes qui peuvent être condamnables en ce qu'ils ont de contraire à la doctrine catholique.

Cette soumission « aux personnes », indépendante de la soumission « aux lois », la ferait-on admettre par le Gouvernement aussi aisément que le document pontifical paraît le supposer ? c'était peut-être douteux et il fallait beaucoup d'optimisme pour le croire ; mais ce qu'il faut remarquer, c'est la divergence profonde qui se manifeste quand il faut préciser le sens du mot : « constitution ». Il n'avait pas manqué de partisans de la soumission (et le Moniteur leur avait ouvert une porte de ce côté) pour dire que la constitution c'est la loi qui institue les grands rouages de l'État et en règle le fonctionnement, mais rien de plus. Toute autre est l'interprétation officielle du Saint-Siège : par constitution il fallait entendre non seulement l'acte qui organise les pouvoirs publics, mais l'ensemble de la législation que ces pouvoirs publics sont chargés d'appliquer. Or, plusieurs de ces lois étaient en con-

8o DEL.X PARTIS BN P^SENGE

tradiction avec la loi ecclésiastique comme celle qui régissait le mariage, autorisait le divorce et le mariage des prêtres ; les corporations religieuses étaient proscrites et les vœux de religion anéantis quant à leurs efTels civils ; TËglise était spoliée par la confiscation de ses biens et condamnée à l'indigence par l'incapacité d'acquérir ; toute une catégorie de citoyens innocents était frappée par les articles relatifs au3t émigrés et aux déportés... Pour ces raisons, il n était pas permis, sans manquer à un devoir de conscience, d'adhérer à des lois que réprouvait la morale chrétienne.

Quoi qu'il en soit, nous sommes obligés de reconnaître qu'une division bien tranchée coupait en deux camps sensiblement égaux les catholiques soumis au Saint-Siège.

Qu'il y eût parmi les non -soumissionnaires une trentaine d'évêques et quelques centaines de prêtres royalistes avant tout, qui faisaient passer les droits du Trône avant ceux de l'Autel, cela n'a qu'une importance secondaire, car ils ne représentaient pas la majorité du clergé de France. Nous voulons nous élever au-dessus des calculs souvent trompeurs des prêtres politiques et voir la question de plus haut.

11 y avait alors, comme il y a toujours eu en France, deux écoles : les indulgents et les rigoristes. Pour les premiers, il fallait élargir les voies qui mènent à Dieu, compatir aux faiblesses humaines et tenir compte des difficultés sans exemple que l'Ëglise de France venait de traverser. Les seconds pensaient que Dieu n'est

IIIDULGEI^TS ET RIGORISTES 8l

utilemeai servi que par les âmes généreuses ; que des âccommodemeiits avec le mal il ne sort qu'une aggravation du mal ; que dans plus d'un cas l'indulgence est de la faiblesse et que pour vaincre, il faut moins s'occuper du nombre de ses soldats que de leur valeur personnelle.

Nous trouvons l'application de ces deux méthodes opposées dans les deux premières villes de France : à Paris et à Lyon.

J'avoue que j'ai été tout d'abord déconcerté par Textrême facilité avec laquelle les vicaires généraux qui gouvernaient le diocèse de Paris accueillaient les prêtres qui venaient à résipiscence : nulle réparation extérieure n'était demandée pour le scandale qui avait été donné aux lidèles ; nulle épreuve un peu prolongée ne semble avoir été imposée aux curés qui se rétrac^ taient et, en tout cas, aucune pénitence publique, ainsi qu'on le faisait dans beaucoup de diocèses de province et surtout chez les constitutionnels. Du jour au lendemain, une église passait de l'obédience des jureurs à celle des insermentés et il suffisait d'une notification lue en chaire pour que tout le passé fût oublié.

Pour ceux qui étaient tombés dans les fautes les plus graves, il y avait sans doute un intervalle laissé entre le jour du repentir et celui de la réhabilitation ; à la rue des Postes, aux Blancs-Manteaux, on recevait pour quelques semaines les apostats qui voulaient être reconciliés ; on les y gardait le temps nécessaire pour leur faire faire une solide confession générale et voir s'ils savaient encore dire leur messe ; puis on les

Sa INDULGENTS Eï RIGORISTES

plaçait dans une paroisse auprès d'un curé expérimenté et prudent qui avait à veiller sur eux.

Un cas de ce que j'avance est celui de Prudent Gasnier: ce prêtre avait quitté Paris eh 1791 pour suivre Fauchet à Bayeux en qualité de vicaire épiscopal; quand vint la persécution de 1793, Gasnier se laissa emporter par le flot de l'impiété : il abandonna ses fonctions, renonça à son état de prêtre, livra ses lettres et se maria. En 1796, ayant perdu sa compagne et l'enfant qui venait de naître, il se repentit : renonçant à une succession qui lui eût assuré une large aisance, il revient à Paris, va faire à M. de Malaret l'aveu de ses fautes et demande sa réintégration dans , liî clergé qu'il a déshonoré par son apostasie. Que d'années d'expiation d'autres lui eussent-ils imposées avant de l'autoriser à remonter à l'autel I M. de Malaret avait une miséricorde plus facile et l'année n'était pas achevée que (jasnier était relevé de toutes les censures et attaché à la paroisse de Sa in t- And ré-d es- Arcs ^ 11 se trouva qu'il fut fidèle à la grâce et persévéra, mais il en est d'autres qui firent repentir M. de Malaret de sa longanimité.

Quant aux serments, les prêtait qui voulait ; pour MM. de Malaret, de Dampierre, d'Espinasse et Emery, ce qui importait avant tout, c'était de ne pas laisser les fidèles à l'abandon ; la sainteté du ministère couvrait les faiblesses des ministres.

A Lyon, nous voyons toute l'autorité concentrée entre les mains de l'abbé Linsolas, et ce sont des prin-

Page 1