Arch. Nat., AF iv
L*ABBÉ L1NSOLA.S A LIO!» 83
cipes tout différents qui sont en honneur. L'archevêque, M. de Marbeuf, était à Lubeck, d'où il correspondait difficilement et rarement avec ses représentants; il convient du reste de dire que, lorsqu'il émigra, il n'occupait le siège de Lyon que depuis peu de temps : comme Ministre de la Feuille, il résidait à Paris, au palais abbatial de Saint-Germain-des-Prés, et les Lyonnais ne le connaissaient que par ses mandements, très bien faits par son vicaire général, M, Bonnaud, qui fut massacré aux Carmes.
Deux des vicaires généraux étaient restés à Lyon pendant la Terreur : l'un d'eux, M. de Castillon, fut guillotiné en décembre 1798 et M. Linsolas resta seul pour gouverner un diocèse qui comptait 840 paroisses. Disons cependant que l'émigration, la déportation, la prison, la guillotine, les fusillades et l'apostasie avaient fait d'énormes ravages ; il n'y avait plus qu'une trentaine de ces paroisses ayant conservé leur ancienne organisation. Sur plus de 3.000 prêtres, tant séculiers que réguliers, M. Linsolas en gardait i5o sur lesquels il pouvait compter et encore à condition de leur imposer une discipline de fer.
Tout d'abord, M. Linsolas n'autorisait aucun serment, quel qu'il fût ; les interprétations bénignes qui avaient prévalu dans d'autres diocèses, il n'en voulait pas entendre parler. Le prêtre qui avait pactisé, si peu que ce fût, avec le gouvernement des impies, était déclaré suspens de son ordre ; pour obtenir la levée de la censure, il devait se soumettre à une rude pénitence au bout de laquelle il recevait l'absolution, mais était réduit pour des mois, et souvent pour des années, à la
Sit l'abbé LHISOLA» a LTO!f
communion laïque, sans pouvoir ni dire la messe, ni prêcher, ni administrer les sacrements.
Les prêtres qui refusaient le serment ne pouvaient obtenir des autorités publiques l'usage des église» ; il n'y avait pas à y penser et M. Linsolasn'y pensait pas ; il préférait même qu'il en fût ainsi ; il put, dans ces conditions, briser tous les anciens cadres et sans tenir aucun compte des droits que beaucoup de prêtres tiraient de leur titre de curé, il abolit momentanément ce qui restait de l'ancienne constitution paroissiale. A la place, il établit des « missions » et des « missionnaires » : les missions, au nombre de 28, étaient soumises à un chef désigné par le vicaire général et assisté d'un certain nombre de coopérateurs. Les missionnaires n'avaient aucune résidence fixe ; ils parcouraient le pays, allant de village en village, suivant l'itinéraire qui leur était marqué ; ils disaient la messe dans des chapelles secrètes, parfois dans des granges isolées ou dans des grottes ; ils n'étaient pourvus que de pouvoirs limités étroitement ; les instructions qu'ils recevaient laissaient le moins de jeu possible à leur initiative et sur tout ce qu'ils avaient fait, ils devaient à leurs supérieurs un rapport détaillé, fait oralement ou par écrit. Ils devaient user pour circuler de déguisements, ils portaient avec eux les objets indispensables pour dire la messe et donner les sacrements ; ils séjournaient peu de temps dans le même endroit et quand les supérieurs croyaient qu'étant un peu trop connus dans une région, ils risquaient d'être trahis, ou surpris, ils les expédiaient ailleurs. Les curés revenant de l!exil ne furent pas exceptés de ces règles impitoyables ;
L ABBÉ LINSOLA.8 A LYON 85
M. Liasolas, en leur donnant des pouvoirs, les affeotait à une mission avec défense d'exercer dans leur ancienne paroisse et même de s'y présenter.
Pour suppléer au petit nombre des missionnaires, il y avait dans chaque localité des catéchistes laïques, présidant aux prières communes, quand il n'y avait pas de prêtre, instruisant les enfants, veillant sur la conduite des jeunes gens et signalant au missionnaire les abus à réformer ; ils visitaient les malades, et, en cas de daager, savaient où trouver un prêtre pour leur donner les sacrements.
La sévérité de M. Linsolas s étendait autant aux fidèles qu'aux prêtres : sous peine d être privé des sacrements^ nul ne pouvait envoyer ses enfants dans les écoles publiques où, sous l'étiquette pompeuse de neutralité, on enseignait l'irréligion. Les futurs époux qui venaient demander la bénédiction uuptiale après s'être présentés devant l'officier de l'état-civil, étaient, pour commencer, ajournés à un mois et ils étaient avertis des censures et empêchements auxquels ils s'exposaieiit en ne prolongeant pas, jusqu'au prochain passage du missionnaire, le temps de leurs fiançailles ^.
Si M. Linsolas pouvait imposer, sans rencontrer trop d'opposition, des prescriptions aussi rigoureuses, c'est que son autorité s'appuyait sur une sainteté peu
1. Les mémoires de M. Linsolas ont été analysés et commentés par M. Tabbé Vanel dans V Université Ckitholique du i5 mai igio. Voir aussi : L'EgUse de Lyon pendant la Révolution, Yves- Alexandre de Marheuf, archevêque de Lyon (i73U-i799), par l'abbé Ch. Monternot (Lyon, 1911); et l'article sur le précédent ouvrage paru dans le Bulletin historique du diocèse de Lyon (mars-avril 191 1).
86 l'abbé unsolas a lyon
commune qui faisait passer sur ce qu'elle avait de dur et parfois d'injuste. Il arrivait par le prestige de sa vertu à conquérir tous ceux qui l'approchaient. Son mérite alla jusqu'à émouvoir les chefs de l'église constitutionnelle de Lyon qui vinrent négocier près de lui pour leur rentrée dans le giron de l'Ëglise ; il leur posa des conditions tellement sévères qu'ils se retirèrent découragés et il ne tenta rien pour les faire revenir. Telle était son inflexibilité en ces matières qu'il n'aimait pas à parler de l'ancien évêque constitutionnel Lamouretle, parce qu'étant à la Conciergerie, il avait été converti par M. Emery et avait fait une fin édifiante ; il ne lui convenait pas d'avoir à reconnaître qu'un évêque intrus n'était pas mort dans l'impénitence finale.
En septembre 1801, M. Linsolas fut arrêté et mené à Paris où il fut détenu à Sainte-Pélagie ; on voulait qu'il se démît de son titre de vicaire général. Sur son refus obstiné, il fut transféré à la citadelle de Turin eU quand il en sortit, il demeura banni du territoire français, quelques efforts que fissent ses nombreux amis pour obtenir sa grâce ^. H ne rentra qu'en i8i4^ et mourut en 1828, chanoine et vicaire général de Lyon.
Voilà un exemple d'inébranlable fermeté dans la résistance aux lois de la Révolution, et tout un diocèse se soumit docilement à l'autorité intransigeante du vicaire général. Le culte public demeure pratiquement aboli pendant huit ans ; le ministère sacerdotal