CAPTIVITÉ DU PAPE
Sienne ; mais il était encore trop près de ses anciens états ; on l'avait conduit à la Chartreuse de Florence, où il passa dix mois (3 juin 1798-28 mars 1799). Au printemps de 1799, l'Itsilic était menacée d'une invasion ; le Directoire eut lieu de craindre qu'une surprise livrât le Pape aux Autrichiens, et, au point de vue des intérêts de l'Église, cette prétendue délivrance n'aurait eu rien de désirable: les Français gardaient le Pape comme un otage, mais affectaient de l'ignorer et ne lui demandaient rien ; entre les mains de la Cour de Vienne, Pie VI était exposé à des assauts bien plus dangereux : on aurait essayé de lui arracher à force d'égards des concessions ou des manifestations que le Chef de l'Église avait le devoir de refuser.
Toujours est-il que, par Bologne, Parme, Plaisance, Alexandrie, Pie VI fut amené à Turin où il ne parvint qu'après un voyage de 24 jours. 11 paraissait à bout de forces : depuis longtemps il avait perdu l'usage de ses jambes et ne disait plus la messe ; encore aurait-il pu communier, mais il ne pouvait plus rester à jeun, et il avait refusé de prendre pour lui-même une dispense qu'il pouvait accorder à d'autres; il était donc privé de la fortifiante consolation de la sainte Eucharistie. Tout ce qu'il avait encore d'énergie physique et de lucidité intellectuelle, il l'employait à donner des réponses, aussi fermes que limpides, aux consultations que lui soumettaient les quelques prélats dont la présence était tolérée auprès de lui.
Deux jours après son entrée à Turin, il fallut se remettre en route, et, porté à bras d'homme, le Pape traversa les Alpes pour arriver au bout de quatre jours