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MORT DE PIE VI

à Briançon, première ville du territoire français. Il y séjourna deux mois, mais Briançon était menacé par avant-gardes des alliés qui étaient à Turin. Le climat alpestre était d'ailleurs en toute saison préjudiciable i un vieillard habitué à la douce température de l'Italie centrale. Un ordre du Directoire, du lo juin, prescrivit donc le transfert du Pape à Valence. Par un surcroît de précautions, on le sépara de sa suite-; on craignait qu'un long convoi de voitures attirât l'attention sur la personne de l'auguste prisonnier, niais le calcul fut déjoué : à Gap, à Vizille, à Grenoble, tout le long de la route, des foules respectueuses se pressaient sur le passage du Saint-Père ; elles sollicitaient humblement sa bénédiction et, en dépit des stratagèmes d'une police ombrageuse, lui montraient quels étaient les vrais sentiments du peuple de France.

La citadelle de Valence n'était-elle pas une prison assez bien gardée ? ou bien le Directoire voulait-il exhiber le Pape captif aux Parisiens ? Une nouvelle décision enjoignit aux gardiens de Pie VI de l'acheminer, le 13 août, sur Dijon. Mais cette fois les médecins s'y opposèrent et attestèrent que l'état dri malade ne lui permettait pour le moment aucun déplacement. La faiblesse augmentait en effet : le i6 août, les accidents précurseurs de la fin s'accentuèrent et dans la nuit du 38 au 39, Pie VI mourait, martyr au même titre que ses saints prédécesseurs Pontien, Marcel, Eusèbc, Jean, Silvère et Martin, que la dent des bêtes féroces et la hache des bourreaux n'avaient épargnés que pour les faire languir plus longtemps dans les lentes tortures d'un lointain exil.

lO ELECTION DE PIE VII

C'était un crime de plus de la Révolution, crime lâche et inutile 1 lâche, parce qu'il n'y a pas de gloire à vaincre celui qui ne se défend pas et à s'acharner contre un moribond ; inutile, parce que si le Pape meurt, rÉglise est immortelle.

Peu de semaines après (le 3 octobre), les cardinaux éparpillés par la persécution s'assemblaient à Venise et élisaient comme Pape le cardinal Barnabe Ghiaramonti ^.

On n'a pas assez fait remarquer que la tenue paisible du conclave de Venise eût été impossible quelques mois avant aussi bien que quelques mois après. La Haute-Italie était avant Novi et fut après Marengo un champ de bataille où les mouvements des armées eussent enlevé toute sécurité aux délibérations sagement temporisatrices du Sacré-Collège. Parfois, quand le ciel est embrumé, un vent subit se lève et, tout d'un coup, comme derrière un rideau qui s'ouvre, l'azur apparaît resplendissant ; puis des nuages sombres montent sur l'horizon et éteignent de nouveau les rayons du soleil. C'est dans une de ces éclaircies du ciel politique que put se réunir le conclave et pourquoi n'aurions-nous pas le droit de voir là une mystérieuse attention de la Providence ?

■ I. Le Conclave ne se termina que le i/i mars i8oo, par suite des manœuvres de la diplomatie autrichienne qui prétendait imposer an Sacré Collège un Pape qui fut entièrement à sa dévotion. Le Conclave avait pour secrétaire le futur cardinal Consalvi, qui, dans ses Mémoires, a donné un récit très vivant des négociations épineuses qui retardèrent l'issue jusqu'au jour où la persévérance des éminents électeurs triompha des obstacles suscités par le parti autrichien. (Édition Crétineau-Joly, Paris, i86/i, t. I,

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