‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 60 sur 286 · I. Annales CathoUqueSy V · texte numérisé non relu

I. Annales CathoUqueSy V

9â M. CORPET ET l'ÉVÊQUE INTRUS

étaient enfermés et qu'il n'avait pas la clef du meuble : — « Qu'à cela ne tienne, j'en enverrai chercher à Notre-Dame » — et, comme la messe de M- Jourdain se terminait, Royer s'en alla à la chapelle où elle venait d'être dite et commença son sermon en prenant pour sujet la vie de saint Basile, dont on célébrait ce jour-là la fête d'après le calendrier parisien.

Ainsi, pendant plusieurs mois, il s'imposa tous les vendredis; à lo heures, il arrivait accompagné d'un clerc qui portait ses ornements et il fallut le subir. Au Carême, on mit la prédication du vendredi précisément à lo heures et M. Lingois, qui était très apprécié comme orateur, fut chargé de prendre la parole ; il réussit à disperser les quelques obstinées qui formaient encore l'auditoire de Tévêque *.

Royer avait essayé de lutter par l'inertie ; mais ses intentions n'étaient peut-être pas aussi pacifiques qu'elles voulaient en avoir l'air. Ce à quoi il visait, c'était à pousser Corpet à bout, à l'obliger à faire un éclat et à l'expulser de l'église. Il aurait eu là un beau prétexte pour revenir, tenant à la main la loi sur la liberté des cultes et escorté de gendarmes ; iJ se plaindrait devant les tribunaux d'avoir été injurié, maltraité, diffamé; il obtiendrait contre ses adversaires une condamnation sévère et se ferait ainsi reconnaître comme seul usager légitime de Saint-Germain. M. Corpet avait vu le piège ; évitant toute discussion, il avait ré})ondu à la douceur par la douceur ; il avait subi la présence de l'intrus en pensant qu'un jour

I. Annales Catholiques VI, 75-78. — Arch, Nat., F' 3829, i^ prairial.

M. COftPET ET LES COWSTITUTIOlfIfELS g3

OU l'autre, Roycr comprendrait que son obstination le rendait ridicule. Royer le sentit à la fîn et disparut.

Quant aux évêques « réunis », ils se donnèrent aussi en spectacle en prenant le ton tragique et en jouant l'indignation. Chaque livraison des Annales de la Religion contint à partir de cette date des articles remplis des accusations les plus furibondes^. A les entendre, si Corpet est devenu curé en 1791, c'est à la suite de manœuvres machiavéliques ; il a commencé par pousser son curé, M. Ringard, à refuser le serment, pensant que le jour où le curé serait dépossédé, ce serait lui, le premier vicaire, qui serait élu à sa place, ce qui se vérifia. En 1793, il a lâchement apostasie afin de pouvoir conserver sa pension et, oublieux de ses devoirs, il a occupé pendant deux ans un emploi de commis à la Poste aux lettres ; si^ en 1795, il a « paru faire une pénitence publique », c'était pour recouvrer sa place lucrative de curé ; c'était non par zèle sacerdotal, mais uniquement par amour de l'argent, et sa rétractation c'est encore une affaire d'argent, parce qu'il voyait baptiser, marier et enterrer ses paroissiens à Saint-Roch, à Saint-Leu ou à Saint-Eustache. Il a été en tout un homme d'argent, vendant les sacrements, mariant à beaux deniers comptants les divorcés, les hérétiques et les incrédules notoires. « De telles pertes enrichissent l'église * ! »

Mais, s'il en était ainsi, pourquoi tant se plaindre >

1. Annales de la Religion^ XII, 188, 29G, 353, /iGi ; XIII, 98.

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