POLÉMIQUES ACERBES
par une autre brochure intitulée : Pas un mot qui ne soit une vérité. Les constitutionnels lui répliquèrent par un pamphlet ordurier portant le même titre, avec le soustitre : Notice sur M. Corpef et ses dignes associés,.., daté de prairial an IX ^ et qui renouvelle toutes les imputations de la précédente publication, sans d'ail* leurs en apporter la preuve. M. de Malaret y est aussi mis en cause ; il est désigné sous le nom de Maladret, comme ailleurs sous le nom de « Paillasse » ou celui de « Père Passe-tout », à cause de l'indulgence dont nous savons qu'il usait à l'égard des prêtres repentants.
Vient ensuite le chapitre des « complices » de M. Corpet : M. Renouard est un ancien chanoine de Vincennes : que peut-on attendre d'un chanoine > (( Après une assistance purement physique à un (( office précipitamment chanté en latin, langue (( que les uns et les autres ne comprenaient guère, « l'oisiveté les surchargeait (p. 7-8). » Oui, l'oisiveté est, paraît-il, le péché mignon des chanoines ; on n'a jamais cessé de le répéter et on le répète encore : cela doit être vrai puisque tout le monde le dit. « Mais « qui ne sait que l'oisiveté fut dans tous les temps la (( mère de tous les vices ? » (p. 8). M. Renouard, étant chanoine, donc oisif, était débauché, coureur de spectacles, ivrogne, dépourvu de tous principes, et, ce qui résume et explique tout, il avait été élevé chez les Jésuites I
M. Marteaux a un nom qui « n'est pas d'un augure
1. In- 16, de 16 p., je dois la connaissance de ce factiim et du précèdent à l'obligeance bien connue de M. Gazier.
POLÉMIQUES AGBBBES 97
favorable n, et, en effet, ayant été attaqué par un des administrateurs, il avait défendu son sentiment en tombante coups de poings sur son contradicteur : « son « nom est celui d'un outil ou instrument purement (( passif, qui n'agit point et ne saurait agir par lui- « même ; c'est le vrai caractère de cet individu, vrai « automate, homme nul, absolument nul dans toute « la force du terme, sans aucune espèce de talent » (p. lo).
M. Jourdain, encore un chanoine, mais de la collégiale du Saint-Sépulcre à Paris, incapable, paresseux et gourmand ; la preuve, c'est qu'il se fait apporter son déjeuner à la sacristie, même les jours de jeûne (p. II).
A M. Lingois on ne peut reprocher l'absence de talents ; il est docteur de Sorbonne et a longtemps professé dans l'Université, mais quelle absence de doctrine ! « Il a afTecté le langage des disciples de <( Port-Royal, mais il ne connaissait ni les vrais prin- « cipes de la foi, ni les maximes de la saine morale » (p. 11-12). « Il est dissimulé, astucieux et sa u réu- « nion » « n'est qu'une fourberie de plus. »
M. Souclet a été curé constitutionnel de Villetaneuse et a supporté avec courage la déportation, maïs, ancien chartreux, « il n'est qu'un pieux ignorant » (p. i3).
Cette galerie de portraits n'a pas la prétention de rappeler la délicatesse de touche de celle du Misanthrope et l'auteur anonyme n'eut pas été bien venu à la signer du nom de Gélimène. Disons cependant que ces prêtres si brutalement déchirés n'étaient pas les
<)8 rétablisseme:«t du séminaire
individus pervers ou imbéciles qu'on nous a présentés. En 1802, M. Corpet fut Tun des douze premiers chanoines de Notre-Dame et il appartint au Chapitre pendant 36 ans. Quand une cruelle infirmité, une surdité complète, l'obligea à renoncer au ministère du confessionnal, auquel il s'était voué, il demeura jusqu'à la fin l'homme de prière que doit être un chanoine et mourut le 16 juillet 1828 en laissant une mémoire justement honorée.
Ses collaborateurs continuent à desservir la paroisse sous M. de Jerphanion. M. Jourdain mourut peu après le Concordat, mais MM. Renouard (mort en 1807) et Marteaux (mort en 184 1) remplirent l'un après l'autre l'office de premier vicaire. M. Lingois devint en i8o5 vicaire général de Metz ; M. Souclet avait en effet plus de vertu que de talent ; il vécut dans l'ombre que recherchait sa modestie et mourut seulement en i836, à l'âge de 88 ans.
En septembre 1800, M. Émery avait pu rétablir à Paris l'œuvre plus nécessaire que jamais du Séminaire. Son logement de la rue d'Enfer était surveillé de trop près par la police pour qu'il en fît le siège d'une réunion que les mal intentionnés auraient «u bientôt fait de qualifier de séditieuse. Demander au Gouvernement la restitution du Séminaire, il n'y avait pas à y penser : la maison était affectée au logement de femmes dont les maris étaient sous les drapeaux et on commençait déjà à parler de démolir le vieil édifice pour élargir la place située devant l'église. M. Émery loua donc rue Saint-Jacques, presque en
RETABLrSSEME?iT DU SEMINAIRE QQ
face de l'église Saint-Michel ^ une partie de la maison, dite de la Vache Noire, où avait résidé Mademoiselle de Soyccourt avant de pouvoir s'établir aux Carmes.
Le Supérieur était M. Duclaux, qui présidait les exercices communs, et, dans la lecture spirituelle de chaque jour, donnait aux élèves les avis qui forment la base de l'initia lion sacerdotale.
Les séminaristes furent d*abord tous logés avec M. Duclaux, puis quand leur nombre augmenta, il fallut établir des colonies d'élèves dans quelques maisons avoisinantes, mais tous devaient se trouver réunis à la chapelle à 6 heures du matin, Pendant les récréations qui ne pouvaient se prendre dans un local étroit et sans air, ils s'en allaient par petites bandes et vôlus de l'habit laïque se promener sur le boulevard Montparnasse.
Les directeurs n'habitaient pas dans la maison ; M. Boyer était professeur de philosophie ; pendant la Terreur, il avait été recueilli par sa famille, dans le Rouergue, mais il était rentré à Paris à l'appel de M. Émery ; M. Frayssinous, cousin de M. Boyer, et Sulpicien comme lui, enseignait la théologie dogmatique ; M. Montagne faisait le cours de morale 2 ; il fut suppléé pendant quelque temps par un ancien directeur du Séminaire d'Orléans, M. Fournier, prédicateur très renommé, dont nous ne tarderons pas à connaître
1. Celle église, autrefois chapelle de la Visitation, vient d'etro démolie quand le vaste enclos dos Dames de Saint-Michel a été loti ; sur son emplacement passe une rue qui va de la rue Saint- Jacques à la rue d'Ulm.